‹ Contribution à l'étude de l'accouchement provoqué méthodiquement rapideChapitre 7 sur 20 · AO · texte numérisé non relu

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un village non loin de Douai pour voir une femme qui avait des convulsions. A son arrivée, on lui dit que la femme était morte. Il l’examine avec soin, s'assure minutieusement qu'il n’y a plus aucun signe de vie. À ce moment on n’auscultait pas encore ; il ne put donc rechercher si l'enfant était mort ou vivant. Mais en pratiquant le toucher il trouve une dilatation presque complète, alors l’idée lui vient de faire laccouchement, et ils parvient à extraire un enfant de belle apparence, mais inanimèé. On le frictionne vigoureusement avec de l’eau-de-vie, on l'entoure de linges chauds; on ne disposait alors que de ces moyens peu efficaces. Voyant tous ses Soins inutiles, Rigaudeau s’en va prendre un peu de rèpos. Mais quel n’est pas son étonnement, quand on vient lui dire beaucoup plus tard que l'enfant a fait un petit mouvement des lèvres. Il accourt et peut le ranimer. Quelques heures après, on vient le prévenir que la femme, qu’il avait crue morte, était ressuscitée (Tarnier. Loc. cilato).

L'observation de Rigaudeau eut un certain retentisse-

ment, et en 1796, Baudelocque conseillait de substituer à

l'opération césarienne post morlem laccouchement par

les voies naturelles, lorsque le col était dilatè ou dilatable. Telle est aussi l’opinion de Capuron (1811) Gardien (1824), Velpeau (1835), etc.

Mais ainsi que le voulait Baudelocque, on ne devait

recourir à l'accouchement accéléré par les voies natu-

relles, substitué à opération cèsarienne post-mortem que

lorsque le travail était commencé, le col étant dilatèé ou

dilatable.

La re

Duparque le premier, en 1823, proposa de faire l’ac— couchement forcé dans le cas de mort de la mére, le travail n'étant pas commencé, le col ayant conservé toute sa longueur.

Costa, en 1827, pousse plus loin les choses, il demande à l’Acadèmie de Médecine : « S'il n’y a pas lieu de terminer l’accouchement toutes les fois que la grossesse est compliquée d’une maladie qui menace prochainement la vie de la mère, en supposant que le fœtus soit viable » (Charpentier. Tr. d’acc., tome II, p. 326).

En 1832, Heymann, dans un travail publié à Coblence sur l’accouchement chez les mortes, défend la pratique de Duparque, mais c’est surtout à Rizzoli que revient Jhonneur d’avoir préconisé cette méthode dans un mémoire très important intitulé : « De laccouchement artificiel instantané par les voies naturelles, en remplacement de l'opération césarienne, chez les femmes mourantes ou décèdées dans un élal de grossesse avancée ». Rizzoli conseille dune façon absolue l’accouchement forcé, alors même que le col n’est ni dilaté ni dilatable ; il va même jusqu’à conseiller, si cela est nécessaire, de pratiquer le débridement pour permettre Pintroduction de la main et l’extraction du fœtus.

Accepté avec enthousiasme en Italie (ce qui a fait donner à ce procédé opératoire, le mom de méthode de Rizzoli ou méthode italienne), Yaccouchement forcè chez les agonisantes ne fut accepté qu'avec de grandes rèserves en France et en Allemagne, C’est ainsi que Siebold, Nœgele, Velpeau, Chailly, Cazeaux, partisans jusqu’à un certain point de l'extraction du fœtus dans le cas où le

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travail est commencé, s’en tiennent à lopération cèsarienne chez les agonisantes, lorsque le col n’est ni dilaté,

ni dilatable.

En Italie, au contraire, les observations se multiplient. Cest ainsi que Pellegrini Giuseppe, en 1844, rapporte deux observations d'accouchement forcé, au cours de l’apoplexie cérébrale qui furent suivies d’un plein succès. Puis ce sont les observations de Golinelli (1843 et 1861), Rivani (1850), Talinucci, et cela chez des femmes agonisantes, soit par suite de maladies de cœur, d’éclampsie, d’hémorrhagie cérébrale, etc.

Esterle, dans un mémoire publié en 1861, rapporte quatre cas, avec quatre enfants vivants, Chez des femmes mortes ; aussi se montre-t-il un défenseur ardent de

ce procédé.

Les années suivantes voient encore, en Italie, surgir un certain nombre d'observations de ce genre, et en 1863, Belluzzi attire lPattention sur ce fait que pour que la méthode réussisse, il faut que le bassin soit normal. Dans un cas de rétrècissement du bassin, en effet, après avoir tentè l’accouchement par les voies naturelles, il

dut en revenir à la césarienne et l'enfant succomba.

En France, malgré de nouvelles observations de Duparque, Devilliers, l'accouchement forcè chez des agonisantes ne rencontrait que peu d’adhèrents, cependant en 1861, le professeur Depaul conseillait l'accouchement par les voies naturelles, de préférence à la césarienne, alors mème qu'on serait obligé de recourir à l’accouchement forcé; il ajoute que dans les cas où on ne pourrait pas

pa, 7 Re dilater suffisamment le col, il faudrait avoir recours au débridement.

Nous voyons que dans toutes ces circonstances, c’est presque toujours à l’accouchement forcé qu'on a eu recours, C’est Ce qui explique peut-être comment ce modus faciendi n'a pas eu tout le succès qu’il aurait pu avoir, étant donné que la presque totalité des accoucheurs redoutent, à Juste titre, l'accouchement forcë.

En 1873. Aveling (London obsl. transacl., p. 240), rapporte 44 cas d'enfants nès spontanément après la mort de leur mère, et en 1877, Reimann, dans les Arch. für gynæk. rapporte 64 cas analogues; comme dans un certain nombre d’entre eux les enfants étaient nès vivants, ces deux auteurs concluent qu’il faut essayer l'extraction par les voies naturelles de préférence à la césarienne chez les mortes.

De nouveaux travaux de Belluzzi, de Heymann, Hyernau sur cette question, viennent s'ajouter à ceux que nous avons déjà cites et en 1878,le D' Thévenot dans un mémoire fort intéressant publié dans les Ann. de gynécologie, rapporte 15 cas d'accouchement force ou provoquè. Voici du reste comment cet auteur s'exprime, dans son travail intitulé : « De l’accouchement artificiel par les voies naturelles substiluë à l'opération cèsarienne : »

« Les accoucheurs italiens sont même allés plus loin « puisqu'ils ont conseillé de faire l’accouchement forcé « pendant l’agonie. Ce sont surtout Giuseppe, Pellagrini, « Esterlè, Belluzzi, Gœtano Moretti, qui attirérent l’atten-

« tion sur cette intervention délicate. Il existe 15 cas d’ac-

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couchement forcè ou provoqué pendant l’agonie, treize fois les enfants naquirent vivants.

« Au point de vue clinique il est très important de savoir quels sont les troubles morbides auxquels succombérent les mères et qui font courir à l’enfant le plus de risques. Il semble que dans la phthisie pulmonaire, les congestions et les hémorrhagies cérébrales, l’empoisonnent par l’oxyde de carbone, l’enfant conserve pen-— dant les heures d’agonie de la mère une vitalité suffisante pour qu’on puisse espèrer l’extraire vivant; il semble, au contraire, que les pyrexies, la pneumonie, le rhumatisme articulaire aigu, compromettent beaucoup plus rapidement la vie du fœtus. Il faudrait donc dans ces circonstances intervenir plus tôt. Même pour la mère la terminaison peut-être favorable. En tout cas elle ne précipite pas la mort, même elle a paru dans certains cas amener une amélioration notable. Enfin détail important la délivrance n’a pas été suivie d’hémorrhagie. «Au point de vue légal cette intervention a aussi une grande importance, car si l’on n’est pas autorisé à faire l’opération césarienne parce que le diagnostic de l’agonie est difficile comme celui de la mort apparente, on peut par l’accouchement forcé sauvegarder la vie de l’enfant autrement presque fatalement compromise. Dans ces cas les parentsne pourront jamais intenter au mèdecin un procès d’homicide involontaire ».

En résumé, voici les résultats auxquels arrive Thève-

not :

15 accouchements forcès praliqués chez des femmes

agonisantes.

= Dj

13 enfants sont nés vivants, mais 6 seulement ont sur vecu.

5 mères ont été sauvées.

9 ont élé soulagées.

Aussi Thèvenot conclut-il qu’il FAUT pratiquer l’accouchement forcé chez les femmes agonisantes dans l’intérèt de la mère et dans l'intérêt de l’enfant. De plus il déclare que ce mode d'intervention n’est pas dangereux, car chez les femmes ayant succombè les lésions utèrines trouvées à l’autopsie étaient insignifiantes.

Depuis de nouveaux faits sont encore venus se joindre à ceux que nous avons rapportés et ajouter leur témoignage en faveur de l’accouchement provoquë chez les agonisantes. C’est ainsi que parmiles contemporains Mangiagalli (Sur les modifications les plus récentes dans la section césarienne. Milan,1884), Korschet Koppe, dans deux mémoires parus successivement dans le Centralblatt f. gynæk. en 1886 et 1887 se dèclarent partisans de ce procédé.

Voici comment Charpentier s'exprime à ce sujet dans sont Trailèé d'accouchement : « De lavis de tous les « accoucheurs l'accouchement forcé est une opéralion « désastreuse et qui ne doit être employé que comme « ressource ullime.

« Nous croyons donc qu’il faut étre très réservé sur

celle pratique et en ce qui a trait à l’éclampsie en

particulier, nous rejetons celle manière de faire.

« Quant aux autres indications, phlisie, affections « du cœur, etc., nous les acceptons volontiers, tout en « recomimandant de ne pas agir trop tôt, pour ne pas BOTTIAU 4

« augmenter par une hâte trop grande le dénoueinent « fatal.

« La femme morte, faire l'opération césarienne ou « intervenir par les voies naturelles, au ‘choix de « l’accoucheur. »

Charpentier. Traité d’acc. 1890, t. IT, p. 926 et 927.

Auvard admet l'accouchement accéléré, à titre exceptionnel, pendant la vie de la femme, mais le prèfère à l'opération césarienne si la femme a succombe.

Enfin en 1892, Dührsen se montre résolument partisan de lPaccouchement forcé, même dans l'éclampsie.

L’éclampsie dit Dührsen, cesse dans 93.75 0/0 des cas où l’on évacue l'utérus.

La mortalité est moins considérable quand on intervient que lorsqu'on laisse l’accouchement se faire spontanément : aussi l'évacuation de l’utérus est-elle indiquée à tous les stades de la grossesse. |

La terminaison rapide de laccouchement, par la méthode des incisions du col et du périnée, a permis à Duhrsen d'extraire 80 enfants sur 100. Quant à la mére, sa vie n’est pas plus en danger par l’accouchement forcé que par l'accouchement spontané (Arch. Hay. BE XLII et XLIII, 1892).

La même année 1892, presqu’à la même époque, ont paru deux mémoires sur l'accouchement forcé, l’un en Italie, de M. Rosario Vitanza, l’autre en France de M. Varnier, dans la Revue pratique d’obstétrique et de pœdiatrie.

Rosario Vitanza préconise l'accouchement forcè chez les agonisantes à l’aide de petites incisions sur le col,

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