Contribution à l'étude de l'acide chromique, des chromates et de quelques composés du chrome (physiologie, thérapeutique et toxicologie)
C’est à mon excellent maître et ami, le docteur E. Magitot, que je dois, en partie, l’idée de ce travail; qu’il reçoive donc ici mes remercîments. Ses nombreuses observations l’ont, en effet, amené à préférer l’acide chromique à tous les autres caustiques, dans le traitement de certaines affections de la bouche, et c’est à l’action thérapeutique de ce corps que je me proposais tout d’abord de limiter cette étude ; mais en lisant ce que les différents auteurs ont écrit sur ce sujet, j’ai été frappé de la discordance des opinions. Pour les uns, caustique
puissant, toujours efficace, l’acide chromique est d’un maniement facile et sans danger ; pour les autres, les accidents les plus graves accompagnent son emploi, et plusieurs cas de mort auraient été attribués à sa pénétration dans l’organisme à la suite de cautérisations sur de larges surfaces.
Les faits ne sauraient être contradictoires, et pour expliquer ces divergences entre les chirurgiens, j’ai entrepris quelques recherches chimiques et physiologiques : je me suis d’abord demandé si l’acide chromique employé par les uns et par les autres était toujours identique, s’il n’était pas possible de trouver dans les impuretés qui accompagneraient ce corps, la raison des terribles accidents qui l’ont fait proscrire de la pratique de certains chirurgiens; en secondlieu, j’ai cherché si en dehors de son action caustique, l’acide chromique absorbé aurait une action sur l’organisme, en un mot si le chrome ôtait un poison. Cette étude chimique de l’acide chromique et ces recherches physiologiques et toxicologiques sur le chrome constituent la partie originale de ce travail, qui est divisé en trois parties.
La première comprend : l’historique, les propriétés physiques et chimiques de l’acide chromique; j’insiste sur la préparation de l’acide chimiquement pur, celui-là seul dont on devrait faire usage en médecine. Dans ce premier chapitre, j’expose aussi les résultats que m’a donnés l’analyse des différents échantillons d’acide chromique que l’on trouve habituellement en pharmacie.
La seconde partie traite de l’action physiologique
et thérapeutique de l’acide chromique et de certains chromâtes, des chromâtes de potasse en particulier.
Dans la troisième enfin, j’expose quelques considérations sur l’action toxicologique de quelques composés du chrome.