‹ Contribution à l'étude de L'acroparesthésieChapitre 10 sur 41 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

OBsERVATION 1 (personnelle.)

(Recueillie sur l’indieation de M. le D° Destot, le 16 mai 1896.)

François G..., âgé de quarante-huit ans, est éclusier à l’Ile-- Barbe, Il est marié et père d’un enfant bien portant. Comme antécédents héréditaires, il n’y a rien qui mérite d'être signalé ; comme antécédents personnels, on note du rhumatisme, une sciatique, une atrophie de la jambe droite ; il n’a jamais eu d'accidents rhumatismaux dans le bras droit. En 1870, il a eu un premier érysipèle et un second en 1894, enfin un lombago en 1886. A part cela, le malade paraît avoir une santé générale bonne; il est fort, robuste et bien constitué. Nous devons ajouter que le malade est alcoolique.

Depuis trois semaines, ont apparu dans la main droite des phénomènes d’engourdissement qui surviennent particulièrement la nuit ; le matin au réveil, le malade déclare que sa main est tellement engourdie qu'il ne peut lacer ses souliers. Ces phénomènes disparaissent pendant le jour, lorsque le malade travaille fortement ; mais quand il laisse sa main au repos, le malade déclare spontanément qu’elle s'endort. Il est alors obligé, pour la ramener

à son état normal, de l’agiter violemment, ou bien encore de la soumettre à la chaleur. Sa main droite est plus chaude que la gauche et néanmoins le malade la trouve froide ; elle est aussi plus faible que celle du côté opposé. Quant à la sensibilité, 11 semble qu’il y aurait de l’hyperesthésie aux extrémités digitales ; la sensibilité au toucher et à la température paraît conservée. Les troncs nerveux paraissent douloureux ; aussi étant donné son passé alcoolique, on peut se demander s’il ne s’agirait pas d’une névrite par intoxication. Toutefois, nous devons faire remarquer que les phénomènes qu’il présente rappellent bien par leur marche, leur mode de début, les symptômes de l’acroparesthésie.

OBSERVATION II (empruntée à M. Gilbert Ballet.)

(Semaine médicale, 1895.)

Hôpital Saint-Antoine. Me X..., âgée de quarante-huit ans. Dans ses antécédents héréditaires ou personnels ne présente aucune particularité qui vaille la peine d’être signalée, sauf celle-ci : à l’âge de quarante ans, la:malade a ressenti au niveau du genou. gauche des douleurs assez vives qui l'ont obligée de garder le lit et ont nécessité l’application de vésicatoires,

C'est environ un an après cet incident qu’apparaissent les troubles sur lesquels je désire appeler votre attention et qui depuis ce moment, c'est-à-dire depuis environ sept ans, persistent avec des alternatives d'amélioration et d’aggravation, À cette époque, en effet, cette femme commença à éprouver au niveau des doigts, particulièrement à droite, mais aussi à gauche, une sensation désagréable d'engourdissement. Cette sensation avait lieu exclusivement la nuit; dès que la malade s’assoupissait, elle ressentait « des fourmies très pénibles » qui la réveillaient aussitôt, si bien que. pendant plusieurs années il lui à été pour ainsi dire impossible de dormir d’un sommeil calme et profond, Au réveil et après le lever, : toute sensation pénible disparaissait ; cependant, au bout de quelques mois, la malade gardait quelque temps après le réveil un

ee sentiment de gêne dans les doigts qui lui semblaient « gonflés comme s'ils avaient été piqués par des insectes ».

Peu de temps après le début de l'affection, cette femme éprouva aussi des sensations insolites d’engourdissement au niveau des jambes, du moins de la jambe droite; mais ces sensations n'avaient lieu que pendant le jour et seulement lorsqu'elle s’asseyait; elles disparaissaient pendant la station debout ou pendant la marche.

Vers 1891 ou 1892, c'est-à-dire trois ou quatre ans après l’apparition des premiers symptômes, il y eut une aggravation progressive et manifeste : les doigts plus engourdis la nuit restaient pendant le jour lourds comme gonflés, malhabiles et paresseux ; ils devinrent incapables de tenir l’aiguille et la malade se trouva fort génée pour les soins de son ménage, soit qu’elle eût à coudre ou à laver, Sur ces entrefaites, la langue et les lèvres se prirent le matin au réveil, mais seulement à ce moment elles étaient le siège d’une sensation d’engourdissement et de raideur.

Depuis un an, les troubles se sont plutôt amendés et bien qu’ils persistent avec les mêmes caractères ; ils sont moins accusés, moins continus surtout. La malade a des nuits calmes et pendant le jour ses doigts ont recouvré en grande partie leur agilité et leur adresse.

L’engourdissement chez cette femme n’était pas plus accusé en hiver qu’en été, et n’était pas influencé par la période menstruelle, Enfin, en dépit de la sensation de gonflement que la malade éprouve au niveau des doigts, la circulation n’y est pas troublée, la coloration de la peau et la température des extrémités ne sont pas modifiés au moment du paroxysme et les troncs nerveux ne sont pas douloureux à la pression.

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