PRÉFACE
L’acroparesthésie est certainement une affection rare et le nombre restreint des observations publiées en est une preuve. Elle l’est peut-être moins cependant qu’on ne pourrait le croire au premier abord, et nous sommes persuadé qu’il en sera de cette affection comme de beaucoup d'autres maladies non décrites : une fois reconnus, les faits se multiplient et deviennent plus communs qu’on ne le pensait. Nous ne saurions mieux citer comme exemple de ce fait général, que l’axphyxie locale et la gangrène | symétrique des extrémités décrites pour la première fois par M. Maurice Raynaud en 1862.
Frappé de cette rareté et du petit nombre de documents que possédait sur cette question la littérature française, relativement à la littérature médicale allemande
et anglaise, M. le D' Destot qui en avait observé
A. Ce à 1
deux cas dans sa clientèle privée et qui savait que M. le professeur agrégé Devic possédait également des observations se rapportant à la question que nous voulons étudier, nous suggéra l’idée d’en faire le sujet de notre thèse. Telles sont les conditions dans lesquelles nous avons accepté ce travail.
Nous devons avouer, crainte d’être taxé de téméraire, que nous avons d’abord hésité à l’entreprendre à cause des difficultés et des nombreux points obscurs que comporte le sujet. Il demanderait, pour être traité convenablement, une expérience plus grande et une voix plus autorisée que la nôtre. Nous nous sommes néanmoins décidé, persant qu’en bornant notre ambition nous pourrions en tirer parti. Nous n’avons pas la prétention, en effet, de traiter la question magistralement et d'apporter des idées personnelles qui pourraient éclairer d’un jour nouveau le sujet. Notre but est plus modeste et mieux approprié à nos faibles moyens. Nous voulons seulement, avec les documents que nous avons pu réunir, faire une étude générale et aussi complète que possible de l’acroparesthésie idiopathique. Nous serons néanmoins heureux si nous pouvons, par notre travail, contribuer à combler une lacune de la littérature médicale française et à vulgariser l'étude d’une question qui nous a paru intéressante, à un double point de vue par sa rareté et son importance. L'historique que nous donnons au chapitre suivant dit
assez combien cette affection est peu fréquente, en nous
M SV montrant le petit nombre de mémoires et d'observations, que l’on rencontre dans les différentes littératures médicales, et en particulier dans la littérature médicale française; et lorsqu'on connaîtra sa description et qu’on saura que les malades atteints de cette affection sont parfois obligés, sous une apparence de bonne santé, de suspendre leur travail et d’endurer pendant des mois et des années des souffrances plus ou moins vives, on ne sera pas moins porté à croire que cette affection, est digne de toute l’attention du neurologiste, du clinicien et du médecin-légiste. Le neurologiste peut en effet, dans l’étude de cette affection, exercer sa sagacité à rechercher sa pathogénie qui actuellement paraît être encore peu connue ; le clinicien, se fondant sur les données pathogéniques fournies par le névrologiste, pourra instituer un traitement rationnel qui peut-être amènera une amélioration ou même une guérison de ces pauvres malheureux à l'égard desquels la thérapeutique est restée si souvent impuissante jusqu'ici. Il n'importe pas moins au médecin légiste de bien connaître cette affection : car il pourra facilement, s’il en ignore l'existence, considérer comme un simulateur, un ouvrier qui viendra lui demander un certificat et le lui refuser sous prétexte qu’il n’a aucune lésion apparente, et que son état général paraît excellent.
Nous avons emprunté les documents en majeure partie
aux littératures médicales allemande et anglaise qui nous
ont paru le plus richement dotées sous ce rapport ; quant à la littérature médicale française, nous n’avons pu y consulter qu’un seul mémoire se rapportant à notre sujet ; c’est un article que M. Ballet a publié sous le titre: « Acroparesthésie », dans la Semaine médicale de 1895. Comme plan, nous avons adopté le suivant: dans le premier chapitre qui a trait à l’historique, nous indiquons les différents travaux qui se rattachent plus ou moins directement à notre sujet et nous donnons, chemin faisant, le résumé de quelques-uns d’entre eux.
Dans le deuxième chapitre, nous nous occupons de l’étiologie et nous faisons ressortir les causes sinon déter minantes du moins occasionnelles qui nous ont paru les plus fréquentes.
Le troisième chapitre qui est consacré à la symptomatologie est l’objet de toute notre attention. Nous tâchons à bien faire ressortir les caractères communs qui relient les différentes observations entre elles, et les symptômes particuliers qui semblent en constituer des variétés d’une même affection. Cette symptomatologie est suivie de trois groupes d'observations que nous avons empruntés aux mémoires de Nothnagel, d’Ormerod et de Pierre Moohr et de quelques observations isolées que nous devons à l’obligeance de notre maître, M. le professeur agrégé Device, et de M. le D' Destot.
Dans un quatrième chapitre, nous indiquons les carac-
tères qui permettent de faire le diagnostic de l’acropa-
resthésie idiopathique et nous exposons en quelques mots, pour les comparer, les maladies qui par un examen incomplet ou mal éclairé pourraient être confondues avec les formes les moins prononcées de l’affection qui nous occupe.
Dans le cinquième chapitre, nous exposons la pathogénie et nous indiquons les hypothèses qui ont été émises à ce sujet par un certain nombre d’auteurs.
Nous décrivons dans le sixième chapitre la marche et la durée de l’affection.
Le pronostic et le traitement sont l’objet du sixième chapitre.
Enfin, de l’ensemble de ces faits nous déduisons des conclusions qui, nous l’espérons, mériteront d’être prises en considération.
Mais avant d'entrer en matière, qu’il nous soit permis de remercier publiquement M. le professeur agrégé Devic et M. le D' Destot qui ont bien voulu nous confier le soin de ce travail et pour lequel ils nous ont prodigué leur temps et leurs conseils.
Nous prions M. le professeur Lépine d’agréer l’hommage de notre profonde reconnaissance pour l’honneur qu’il nous à fait en acceptant la présidence de notre thèse. Nous n’oublierons pas non plus que c’est dans son service et ses leçons, qu’il faisait avec autant de compétence que de simplicité, que nous avons puisé nos principales notions sur les maladies nerveuses ; son enseignement nous ser-
vira de guide dans notre carrière médicale.
Nous tenons à remercier bien sincèrement notre camarade et ami Bonnaimé qui, par sa connaissance appro- - fondie des langues allemande et anglaise, a facilité nos recherches et nous a été d’un précieux concours pour la traduction des mémoires et des observations.
Enfin, avant de nous éloigner de nos maîtres de la Faculté et des hôpitaux, nous sommes heureux de pouvoir leur exprimer publiquement toute notre gratitude pour
les leçons qu’ils nous ont toujours si libéralement données.
DE
L’'ACROPARESTHESIE