CHAPITRE IV
Diagnostic.
L’acroparesthésie, lorsqu'elle est franche et bien caractérisée ne ressemble à aucune autre maladie et ne saurait donner lieu à aucune erreur de diagnostic.
Mais pour les formes les moins accusées de la maladie, il est un certain nombre d’affections des mains avec lesquelles la confusion est possible.
Nous sommes même persuadé que c’est à des confusions de ce genre qu’il faut attribuer le peu de documents que l’on trouve sur l’acroparesthésie, celle-ci ayant été souvent méconnue. Aussi allons-nous considérer certaines affections des mains pour les comparer à l’acroparesthésie essentielle et montrer leurs caractères différentiels.
Tout d’abord, on ne confondra pas la teinte violacée que présente quelquefois les extrémités digitales des in dividus atteints d’acroparesthésieavecla cyanose des maladies du cœur qui est générale et s'accompagne de souffles cardiaques, dedyspnée et d’œdème desmembres inférieurs
La douleur qui survient quelquefois aux extrémités
digitales dans l’acroparesthésie peut faire songer aux névrites périphériques de l’ataxie locomotrice, mais l'intégrité des réflexes, l’absence d’incoordination des mouvements et de troubles oculaires permettent dans la plupart des cas d’écarter cette hypothèse.
- La névrite a frigore, la sciatique, présentent des caractères tellement typiques que la confusion est pour ainsi dire impossible ; dans ces cas, en effet, la douleur est localisée à un territoire nerveux déterminé ; elle est exacerbée par la pression et la chaleur ; dans l’acroparesthésie, on observe des phénomènes inverses : la douleur est diffuse, et les malades se frottent ou plongent leurs mains dans l’eau pour calmer leur souffrance.
Quant aux névrites dues à l'alcoolisme ou à des intoxications par le plomb, le mercure, l’arsenic, etc., elles s’accompagnent généralement de symptômes particuliers qui permettent d'en déterminer la nature. C’est ainsi que dans la névrite alcoolique, on observe des tremblements de doigts, des vomissements glaireux, le matin, et dans la névrite saturnique des coliques, le liseret de Burdou et une décoloration anormale des téguments.
Il suffit de signaler quels sontles symptômes de l’acrodynie pour ladifférencier del’acroparesthésie.L'acrodynie,qui s’est montrée sous forme épidémique en 1828 et 1830, et qui depuis n’a plus été constatée qu’à l’état sporadique est caractérisée par des troubles gastro-intestinaux : vomissements, diarrhée, œdème des membres, de la rougeur et des érythèmes suivis de desquamation, tout autant de phénomènes qui font défaut dans l’acroparesthésie essentielle.
L’ergotisme gangreneux, ordinairement symétrique, qui
se montre sous forme épidémique sur les populations misérables, mérite à peine d’attirer notre attention au point de vue du diagnostic.
Le rhumatisme, lorsqu'il est localisé aux extrémités est parfois beaucoup plus difficile à différencier. Dans le rhumatisme chronique surtout, on peut observer des phénomènes d’engourdissement, mais ces phénomènes coexistent avec des lésions des articulations, des nodosités, et n’ont pas la même marche que dans l’acroparesthésie, où ils surviennent par accès pendant la nuit, pour disparaître quelquefois dans la journée.
L’érytromélalgie de Weiss Mitchell, par sa douleur brûlante, par son siège qui occupe les membres inférieurs, son gonflement cougestif, sa coloration rosée et comme flegmoneuse, son élévation de température parfois si notable, ne saurait donner lieu à aucune erreur de diagnostic.
L’asphyxie locale ou gangrène symétrique des extrémités est caractérisée, comme l’indiquent les dénominations,
par la symétrie des symptômes, la teinte cyanosée de la peau et l'apparition des escarres et des cicatrices dans les dernières périodes de la maladie ; l’acroparesthésie, au contraire, ne présente pas de troubles de nutrition de tissus ; la cyanose des doigts n’est jamais aussi accusée, et les: symptômes sont diffus quand ils ne sont pas unilatéraux.
Enfin, certaines maladies, telles que le mal de Bright, le diabète et quelques névroses, comme l’hystérie, l’épilepsie, etc., peuvent présenter des phénomènes qui en imposent pour de l’acroparesthésie. Mais, dans ces cas, l’analyse des urines et les phénomènes particuliers à ces affections vous mettent généralement sur la voie du
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diagnostic. Nous devons faire remarquer toutefois que dans certains cas en peut observer l'existence de l’acroparesthésie idiopathique et d’une des affections mention nées ci-dessus chez le même sujet, comme en témoignent quelques-unes des observations que nous avons repro duites précédemment; mais nous pensons que, dans ces cas, il s’agit d’une simple coïncidence, et que ces affections ont pu jouer tout au plus le rôle de causes prédisposantes.
En résumé, le diagnostic de l’acroparesthésie est en général facile ; il se fait surtout par élimination et en se basant sur la marche de la maladie qui, comme nous l’avons vu, est progressive, survient avec son maximum d'intensité, particulièrement la nuit, ou le matin, au réveil, et présente des périodes de rémission et même d’in termittence, qui coïncident généralement avec les chan gements de saison et de température.