CHAPITRE II
Symptomatologie
La maladie décrite pour la première fois par le profes- . seur Schultze sous le nom d’acroparesthésie n’était pas inconnue en Allemagne ; mais elle avait été décrite sous des titres différant avec les auteurs. La dénomination de Schultze nous a paru préférable, car elle a le double avantage de ne rien faire préjuger sur la nature de l’affection et de rappeler immédiatement deux de ses plus importants symptômes. Nous disons même que cette dénomination tend aussi par sa brièveté à donner une certaine autonomie à l'affection ; tant il est vrai de dire qu’une maladie n’a une existence propre qu’autant qu’elle a une étiquette qui permet de l’individualiser.
Pouvons-nous avancer que cette maladie est autonome ? Nous croyons pouvoir répondre aftirmativement : les observations que nous reproduisons plus loin présentent un ensemble de symptômes communs si constant qu’il est difficile de nepas y voir une affection autonome. Sans doute
— RA — toutes ces observations ne sont pas identiques : dans les unes certains symptômes font défaut, dans d’autres des symptômes nouveaux se manifestent et dans d’autres enfin on voit les mêmes symptômes différer par leur marche, leur intensité, leur mode de début et leur siège. Mais n'est-ce pas là l’histoire de la plupart des maladies ? Ne sait-on pas que pour une même maladie il existe presque autant de variétés que de sujets et que ces variétés ne dépendent souvent que du tempérament etdelasusceptibilitédesindividus ? Néanmoins, malgré ces nuances, un clinicien consommé sait toujours recounaître l’affection qu’il recherche simplement par l'existence d’un nombre très restreint de symptômes. Nous pensons que pour notre affection les mêmes considérations peuvent être faites et que ces différences dans les observations ne constituent que des variétés d’une même espèce morbide. D’ailleurs que faut-il pour qu’une affection mérite une place à part dans la case nosologique? Il faut et il suffit, croyons-nous, qu'elle ne puisse par ses lésions, son étiologie, ses symptômes, sa marche, être rattachée à aucune autre maladie. Or, telles semblent être les conditions de l'affection que nous allons décrire.
La maladie est localisée aux extrémités eta pour type l’engourdissement des membres supérieurs ; c’est là en effet qu’elle se montre de préférence et qu’elle présente les caractères les plus nets et les plus tranchés.
Ellese présente généralement chez des sujets arrivés à la période moyenne de la vie où à un âge plus avancé. On ne l’a jamais observée dans l'enfance. Elle atteint les femmes de préférence ; parmi celles-ci elle frappe particulièrement les servantes, les laveuses ou les couturières.
Elle survient ordinairement à la suite de fatigues exces-
os
sives ou sous l’influence de l’action du froid; les travaux manuels délicats, tels que la couture et le tricotage, l’eau froide, sont les causes le plus souvent incriminées ; c’est ce qui explique pourquoi cette affection est plus fréquente chez les femmes, et particulièrement chez les couturières et les laveuses.
Enfin, dans certains cas, il est difficile sinon impossible de déterminer la cause qui a pu provoquer son apparition.
La maladie se traduit surtout par des phénomènes subjectifs qui sont décrits par les malades de différentes manières:
Les uns ne se plaignent que de fourmillement s’accompagnant d'une certaine raideur des extrémités ou d’une douleur sourde très bien supportable. Cette sensation d’engourdissement est un des symptômes les plus importants de laffection. Il précède ordinairement tous les autres et n’est peut-être pas sans relation avec le développement des phénomènes ultérieurs.
Il débute ordinairement à la main, aux doigts et de là il s'étend peu à peu à la totalité de la main, et peut même gagner l'avant- bras, le bras, l'épaule et monter jusqu'aux lèvres ; dans quelques cas les membres inférieurs sont aussi envahis. En général cependant il reste limité à la main, ou même à une portion de la main et ne s’étend pas hors de ces limites. À
D’autres accusent une souffrance affectant les caractères d’une brûlure, de piqûres d’épingles, de broiement des extrémités; il semble parfois au malade que ses doigts sont enlevés, comme morts.
En même temps que ces phénomenes, un certain nombre
de malades, observés notamment par Nothnagel, éprouvaient une sensation désagréable de froid dont l’intensité était proportionnelle à celle des autres symptômes.
À côté de ces phénomènes subjectifs existent souvent des symptômes objectifs divers consistant en des troubles vaso-moteurs, des perturbations de la sensibilité et de la température.
Les troubles vaso-moteurs notés particulièrement dans les observations de Nothnage et d’Ornerod se traduisent tantôt par une pâleur. anormale de la peau qui devient « blanche comme de la craie » ; tantôt par un gonflement avec dilatation des veines des extrémités. Dans d’autres cas, comme en témoignent les observations de Schultze et du D’ Léon Laque qui ont une grande ressemblance entre elles et de nombreux points communs avec celles de Nothnagel, on ne constate aucune modification anormale de la peau des extrémités si ce n’est parfois une teinte légèrement violacée plus ou moins appréciable.
Quant aux troubles de la sensibilité ils sont également variables suivant les observations. Tandis que Schultze et le D' Léon Laquer ne signalent que peu ou pas de modif cations de la sensibilité si ce n’est dans quelques casrares où ils avaient noté de l’hyperesthésie et de l’hyperalgésie; Nothnagel, au contraire, a remarqué une diminution notable de la sensibilité chez presque tous les sujets qu'il a observés.
Enfin on peut constater aussi un abaissement de le température des extrémités pouvant varier d’1 à 2 degrés centigrades et coïncidant ordinairement avec le spasme des vaisseaux.
Tous ces phénomenes présentent ordinairement une