‹ Contribution à l'étude de l'action de la thyroxine et des substances antagonistes dans la métamorphose expérimentale des batraciens anouresChapitre 14 sur 42 · LISE · texte numérisé non relu

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Avec les larves âgées de deux jours (voir le tableau n° 2, figures 26 à 39), il ne se produit de métamorphose que parmi les animaux vivant dans l’eau ordinaire et seulement dans le lot des témoins et dans les deux lots les moins thyroxinés (1 pour 50 et 1 pour 75 millions).

Dans les milieux privés de chaux et dans l’eau distillée aucun animal n'arrive jusqu’à la métamorphose, même parmi les animaux de contrôle. Ces derniers ont présenté, dans l’eau distillée, un aspect tout particulier. Dès le second jour, leurs téguments se gonflèrent, leurs nageoires caudales se coudèrent, formant avec le corps un angle de 900. Le 5e jour ils avaient repris un aspect qui aurait été normal sans une diminution de leur taille, qui était nettement inférieure à celle des animaux de contrôle vivant dans l’eau ordinaire, mais, le 16e jour, leur aspect se modifia de nouveau, ils se s’ali-

mentèrent plus, maigrirent, Le 23e jour il n’en restait plus que 5 et le 40€ jour plus que 3 dont 1 seul avait conservé un aspect à peu près normal et qui, d’ailleurs, mourut peu après. Dans les milieux thyroxinés, tout était terminé dès Le 8€ jour par la mort de tous les animaux.

On ne peut donc, avec des animaux de cet âge, obtenir des métamorphoses dans les milieux privés de sels de chaux. Les têtards n’ont pas encore de réserves calciques suffisantes el sont immédiatement éprouvés par l’hypotonie du milieu qui a une action décisive en aggravant les conditions déjà difficiles créées par la thyroxine, ainsi que nous l'avons vu au chapitre précédent.

Il n’en est plus de même pour les têtards pris au stade B. Ceux-ci sont moins affectés par l’hypotonie. Cependant on constate deux faits :

1° un relard dans les métamorphoses des animaux témoins vivant dans ces milieux, vis-à-vis des animaux témoins vivant dans l’eau ordinaire.

29 au contraire, une accélération de la métamorphose des animaux vivant dans les milieux thyroxinés et privés de chaux, vis-à-vis de la métamorphose des animaux vivant dans l’eau ordinaire, thyroxiné d’une manière équivalente.

Les têtards pris au stade D n’accusent plus, dans les lots témoins des trois milieux, de différence entre les temps de métamorphose ou, du moins, n’accusent plus que des écarts négligeables.

Ces résultats forment un contraste avec ceux obtenus avec les têtards pris au stade B et dont le temps de métamorphose des animaux de contrôle des lots privés de chaux était en retard de 21 jours sur les témoins vivant dans l’eau ordinaire. Mais, dans les milieux privés de chaux, la métamorphose est toujours accélérée vis-à-vis des animaux vivant dans l’eau ordinaire et thyroxinés dans une proportion équivalente. L'écart est cependant. moins prononcé en fonction du stade de développement plus avancé des animaux.

Donc, contrairement aux affirmations de KosMiN et RESNITSCHENKO la présence des sels en dissolution dans le milieu d'élevage me paraît avoir une certaine importance pour la métamorphose expérimentale des Batraciens, et les résultats des deux auteurs russes m’apparaissent inexplicables, d’autant que Mme RoNDEAU-LUZEAU avait antérieurement montré l’action des sels sur les œufs de grenouille.

Ces auteurs ont opéré avec des têtards de Rana arvalis, où grenouille oxyrrhine, espèce abondante en Europe centrale mais rare en France (Bou- LENGER). Cette espèce se rapproche, par l’aspect extérieur et par les mesures, de Rana esculenta. Cependant elle est classée parmi les grenouilles rousses et je ne pense pas que la différence d’espèce puisse être la cause de résultats aussi contradictoires que ceux obtenus par ces deux auteurs et moi-même.

On pourrait tout au plus supposer que les eaux des environs de Moscou sont pauvres en sels de chaux et que, l’hérédité aidant, les têtards issus de grenouilles vivant dans ces eaux puissent, jusqu'à un certain point, s’en passer.

Je persiste néanmoins à croire qu'il s’agit là d’un phénomène général, On

6 le calcium exerce sur le métabolisme. Cette influence doit être maxima pendant la croissance, période pendant laquelle le métabolisme est intense, surtout chez des animaux à transformations rapides qui impliquent des remaniements cellulaires importants. or KEISER, en analysant les cendres de têtards pris à divers âges, a trouvé que le potassium dominait jusqu’à l'apparition des membres inférieurs et que, par la suite, le calcium devenait de plus en plus prépondérant. |

La mort des jeunes larves dans les milieux hypotoniques non thyroxinés est une première preuve de l’action des sels.

Le relard de la métamorphose des animaux plus âgés vivant dans les deux milieux hypotoniques non thyroxinés et l'accélération de la métamorphose des mêmes animaux vivant dans les milieux semblables, mais thyroxinés, vis-à-vis des animaux vivant dans un milieu riche en sels et surtout en sels de chaux, sont une deuxième preuve de l’action de ces sels.

Mais, plus les animaux sont âgés au moment de l’expérienee et sont à un stade de développement plus avancé, plus leurs réserves calciques augmentent et plus l'influence de l’hypotonie du milieu diminue. Gette diminution se manifeste par une réduction de l'écart entre les temps de métamorphose des animaux vivant dans les trois milieux, qu’ils soient thyroxinés ou non, les métamorphoses les plus précoces se produisant toujours dans les lots les plus thyroxinés des trois milieux.

Est-ce bien l'absence de sels, c’est-à-dire l’hypotonie du milieu qui, chez les très jeunes larves, causa la grande mortalité constatée et les déformations observées, non seulement dans les lots thyroxinés, mais aussi dans les lots non thyroxinés ?

Pour moi, cette action est démontrée par le fait que c’est seulement dans l’eau distillée que la mortalité se manifeste et non dans l’eau privée de chaux possédant, à part le calcium, les sels normalement présents dans l’eau dont je me sers habituellement pour mes expériences. Dans ce dernier milieu c’est seulement sous l'influence de la thyroxine que la mortalité apparaît.

Le gonflement des téguments qui se manifeste chez les jeunes larves aux premiers temps de leur séjour dans l’eau distillée est un signe de l’action exercée par l’hypotonie de ce milieu, car, dans un milieu hypertonique, les animaux, au contraire, céderaient de l’eau au milieu.

Des expériences complémentaires ont d’ailleurs pleinement confirmé les résultats antérieurs.

Des têtards de Rana temporaria, pris au stade B, furent partagés en deux lots : l’un fut immergé dans l’eau ordinaire et l’autre dans l’eau distillée ; ces deux milieux étant additionnés de thyroxine de manière à obtenir une dilution de 1 pour 25 millions (dose moyenne en bain continu).

Les animaux vivant dans l’eau de source se métamorphosèrent dans la proportion de 90 % en 24 jours au maximum, après un temps de latence de 8 jours, alors que ceux vivant dans l’eau distillée ne se métamorphosèrent que dans la proportion de 5 % après un temps de latence de 4 jours seulement,

connaît l'influence qt

De plus, la plupart des sujets vivant dans l’eau distillée présentèrent, avant leur mort, une déviation simple ou double de l’épine dorsale, ce qui ne s’est Jamais produit dans un milieu normal. Si je n’ai pas, dans ces nouvelles expériences, constaté de gonflement des téguments des animaux vivant dans l’eau distillée, c’est qu’ils étaient déjà suffisamment âgés pour que ce phénomène ne puisse se produire. Je rappelle que c'est avec des larves âgées de deux jours que j’ai pu observer les effets maxima produits par l’hypotonie.

Cette hypotonie du milieu a certainement exercé une fâcheuse influence sur les expériences de d’'ANGELO et de ses collaborateurs dont j'ai parlé au chapitre précédent.

Je rappelle que ce phénomène se produit chez les têtards qui n’ont pas encore de bourgeons des membres inférieurs et qui, par conséquent, sont sous l'influence du rapport K-Ca qui est en faveur du potassium, alors qu’au stade B le rapport est déjà inversé en faveur du calcium. C’est justement à partir de ce stade qu’on ne l’observe plus.

Donc, les animaux vivant dans les milieux riches en chaux supportent beaucoup mieux l’épreuve de la métamorphose expérimentale que les animaux vivant dans les milieux privés. Ces sels paraissent jouer, dans cette métamorphose, un rôle de modération et non d’inhibition, comme l’ont écrit ZoNDEK et REITER, puisque la métamorphose est tout de même accélérée dans les milieux riches en sels de chaux ; mais cette accélération est bien plus considérable dans les milieux qui en sont privés et la taille des animaux y est toujours plus réduite.

Le mécanisme de l’action modératrice reste à trouver.

Dans quelle mesure la spécificité de l'ion Ga intervient-elle ? Les phénomènes qui se passent dans un organisme aussi différencié sont trop complexes pour permettre de saisir le déterminisme d’une semblable action.

J'aurais pu mettre en valeur l’action des sels de chaux dans la métamorphose normale, mais, outre que les animaux de contrôle des différentes séries donnent déjà des indications, j'ai pensé que l’accélération considérable provoquée par la thyroxine faisait apparaître cette influence d’une manière beaucoup plus frappante.

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