‹ Contribution à l'étude de l'action de la thyroxine et des substances antagonistes dans la métamorphose expérimentale des batraciens anouresChapitre 40 sur 42 · CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES

Dans ce travail je m'étais proposé un triple but :

1° Préciser dans quelles conditions il fallait se placer pour obtenir des résultats probants dans la métamorphose expérimentale des Batraciens Anoures provoquée par la thyroxine.

29 Démontrer l'efficacité de certains antagonistes de la thyroxine dans les mêmes conditions expérimentales.

30 Donner un aperçu d'ensemble de l’action de la thyroxine et de l’extrait total du corps thyroïde sur les différents tissus des animaux métamorphosés artificiellement, en les comparant aux différents tissus des têtards normaux et des petites grenouilles métamorphosées naturellement.

Ce triple but, je crois l'avoir atteint.

Le principal des quatre facteurs examinés dans la première partie me paraît être l’âge. En effet, dans la relation des expériences, c’est ce facteur qui est le plus souvent invoqué pour expliquer certains résultats différentiels et c’est encore lui qui est invoqué pour rendre compte de l’aspect, quelque peu différent, des tissus d'animaux traités par des doses équivalentes de thyroxine.

Il est certain que l'idéal pour l’utilisation des larves de Batraciens Anoures et surtout des têtards de Rana lemporaria et de Rana agilis, serait de pouvoir échelonner l’éclosion des pontes, de manière à toujours opérer avec des animaux pris aux stades de croissance les plus favorables pour l’expérimentation.

Pour obtenir ce résultat, il existe deux méthodes : la première est celle qui consiste à soumettre les pontes à des températures différentes en descendant l'échelle thermométrique. La seconde est l'injection d'extrait du lobe antérieur de l’hypophyse de mammifères essayée par Mie Kiriy Ponse en 1936 et tout récemment confirmée par METTEN en 1941 1, mais dont la publication n’est parvenue à ma connaissance qu'à la fin de 1944 par suite des événements de guerre.

La première de ces méthodes risque à mon avis de provoquer certaines

1. En réalité, METTEN, qui n’a fait que reprendre les expériences de RuGn, n'injecte pas d'extraits anté-hypophysaires de mammifères, mais le broyat d’hypophyses excisées sur des Batraciens de même espèce,

perturbations physiologiques chez les larves et de rendre ainsi les sujets moins robustes ou anormaux, ce qui pourrait singulièrement diminuer la valeur des expériences faites avec eux.

Quand à la seconde elle offre, comme premier inconvénient, d’obliger à une mise au point précise pour chaque espèce utilisée et, comme deuxième inconvénient, de nécessiter une fécondation artificielle, si,comme le fait craindre Me Pons, on n'obtient pas chez les mâles la descente complète du sperme dans les vésicules séminales. En supposant l'opération réussie, il faudrait encore suspecter la vitalité des larves ainsi obtenues en dehors des condicions normales.

Le facteur dose est également très important et demande à être étroitement lié à celui de l’âge.

Aux jeunes têtards, j'entends ceux des trois premiers stades, il faudra donner äes doses beaucoup plus faibles qu'aux têtards plus âgés, surtout à ceux parvenus au stade F.

On pourra, dans tous les cas, obtenir, ainsi que je l’ai montré, avec de jeunes Lêtards, toute une gamme de métamorphoses en employant des doses progressivement croissantes "de Lhyroxine, sans se préoccuper de la loi du tout ou rien qui, en l’occurrence, ne joue pas.

Le degre hydrotimétrique élevé du milieu sera, surtout si on opère avec de jeunes larves, un indice favorable, puisque le calcium qui en est en grande partie responsable, modérera l’action des doses élevées de thyroxine, et évitera l'apparition d’une mortalité considérable parmi les animaux trailés avec ces doses.

Enfin, il faudra tenir compte de l'influence du rythme saisonnier quand on Opérera pendant les mois qui correspondent, dans la nature, à la vie ralentie des larves.

Parmi les substances antagonistes de la thyroxine dont j'ai montré les effets, l'hormone mâle synthétique me paraît être la plus efficace. Son emploï est aisé et son efficacité ne joue pas dans des limites trop précises, comme c'est le cas pour la diiodotyrosine, qui a encore contre elle son extrême instabilité thermique, mais qui, néanmoins, est un antagoniste vrai de la thyroxine et reconnu comme tel.

Le sulfate de zinc est aussi un antagoniste vrai qui produit à peu près les mêmes effets que le calcium, mais plus prononcés.

Il est à remarquer qu’à partir d’une certaine dose de thyroxine, les antagonistes n’ont plus d'effet, quels qu'ils soient.

À part les sérums antithyroïdiens, dont les effets sont fonction de la production d'anticorps, les autres substances antagonistes de la thyroxine que j'ai passées en revue, ne me paraissent être que des curiosités de laboratoire, dont l'étude, au reste, est loin d’être inutile, car elle permettra peut-être, aux chercheurs qui reprendraient cette question avec toute l'ampleur qu’elle mérite, de découvrir le déterminisme physico-chimique qui est à la base des effets produits par ces divers corps, organes Où substances.

La revue histologique des animaux traités par la (hyroxine, d’une part, de l’animal traité par l'extrait total de corps thyroïde, d'autre part, comparativement avec l’examen des tissus des têtards normaux et de l'animal mélamorphosé naturellement, m'a permis d'apporter, dans ce domaine, quelques précisions.

Il est certain, par exemple, que les globes oculaires des têtards traités s’hypertrophient au moins autant, sinon davantage que le cerveau (ainsi d’ailleurs que la cornée), ce que SCHULZE n'avait passignalé ; que les os longs, comme l'avait vu Romtiïs pour l’humérus et comme je l'ai montré pour le fémur ont, sous l'influence du régime thyroxinien et surtout-thyroïdien, une croissance atypique ; que l’éosinophilie persiste, après la métamorphose, dans les reins des animaux ayant subi la métamorphose artificielle ; que les muscles des animaux traités réagissent également en s’hypertrophiant et en présentant, dans certains cas, une nette évolution des noyaux de leurs fibres.

J’ai observé, comme ErTxin, que chez les jeunes têtards la thyroïde n’intervient pas lors de la métamorphose expérimentale, ce qui permet à la thyroxine apportée de l'extérieur de jouer son rôle et de déclancher réellement les processus de la métamorphose, tandis qu'aux stades de prémétamorphose (c’est-à-dire aux stades F et G de KozLmaAnN), la thyroxine importée reste inactive, la métamorphose étant alors sous la dépendance exclusive de la thyroïde de l'animal, ce qui explique les résultats presque négatifs enreeistres par divers auteurs et par moi-même, avec des Lêtards parvenus à cet âge.

Indépendamment des précisions que j'ai apportées, j’ai mis en lumière des faits nouveaux et donné des interprétations nouvelles de faits déjà observés.

Parmiles faits nouveaux je citerai en premier lieu l'influence du rythme saisonnier dans la métamorphose expérimentale qui était passée jusqu'ici inaperçue. En second lieu, l’action antagoniste maxima de la diodotyrosine vis-à-vis de la thyroxine dans les conditions d'égalité de dose et de teneur en iode avec celle-ci et enfin l’antagonistme du propionate de testostérone et de sulfate de zinc vis-à-vis de la thyroxine.

Je crois avoir donné, un redressant lerreur commise par SCHUYZE, une interprétation rationnelle de l’exophtalmic qui se produit souvent dans la métamorphose expérimentale et une interprétation correcte de l’éosinophilie persistante présentée par les reins des animaux ayant subi la métamorphose expérimentale.

Je n’ai pu donner une explication satisfaisante de l’action si particulière de la Diiodotyrosine dans les conditions étroitement déterminées dont j'ai parlé. D’excellents chimistes, notamment M. Brooks, de l’Institut Pasteur, n’ont pu me donner une interprétation valable de ce phénomène et j'en ai été réduit à formuler des hypothèses. Ce problème, ainsi que celui de l’action de l'hormone mâle, me paraissent devoir exiger, même de la part de spécialistes avertis, une étude très approfondie,

rl

Je pense que, quelqueimparfait qu’il soit, ce modeste travail, qui représente tout de même des années de recherches accomplies aans des conditions souvent difficiles, aura néanmoins le mérite d’avoir jeté quelques lueurs sur un ensemble de problèmes aussi intéressants qu'’ardus.

J'espère avoir le temps d’éclaircir les parties que j’ai dû laisser dans l’ombre et qui deviendront ainsi le point de départ de mes recherches ultérieures.

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