IV, TISSUS DÉRIVÉS DE L'ENDODERME
1. Le tissu thyroïdien. — L'opinion de COURRIER, à laquelle se sont ralliés ARON et FLORENTIN, est que les caractères histologiques de la glande thyroïde au repos sont : grandes vésicules, épilhélium très aplati, colloïde chromophile; alors que, dans la glandeen activité, les vésicules seraient peu volumineuses, l’épithélium cylindrique el élevé, la colloïde chromophobe. Il y aurait, dans la glande en activité, des îlots pleins, c’est-à-dire des amas de cellules à gros noyaux, pauvres en protoplasma ; ces amas, suivant GARNIER, seraient des vésicules vidées de leur colloïde, et prêtes à en sécréter de nouveau. Ces deux auteurs ont lancé la notion des « îlots pleins », phase de sécrétion, et des « vésicules pleines », phase de rétention. Dans la phase de rétention, les
cellules sont aplaties, refoulées par la colloïde, et dans la phase de rétention, les cellules redeviennent hautes. L’hypertrophie serait done un indice de l’activité de la glande.
La thyroïde du têtard de 30 jours (stade C) présente des vésicules nombreuses et de petite taille, à cellules hautes, dont les noyaux sont chargés de chromatine. Les amas cellulaires sont nombreux, la colloïde est chromophile.
L'animal de même âge, métamorphosé par la thyroxine (1/25.000.000€), montre une thyroïde à vésicules peu nombreuses et également de petite taille, à cellules uniformément basses dont les noyaux sont chargés de chromatine. Il existe quelques amas cellulaires. On distingue des gouttes de colloïde chromophobe surchargeant, sur les bords des vésicules, la colloïde chromophile.
Si l'animal métamorphosé a été prisà unstade plus avancé, les images sont à peu près les mêmes. Les vésicules ne sont pas nombreuses et de taille moyenne, remplie de colloïde chromophile surchargée de colloïde chromophobe. Dans toutes les vésicules, les cellules sont basses, avec un protoplasma en cordon, autour des noyaux volumineux, peu serrés et peu chargés de chromatine. :
La thyroïde de l’animal pris au stade C, mais thyroïdisé, montre des vésicules nombreuses, dont plusieurs très dilatées, à cellules très aplaties, alors que, dans les petites vésicules, les cellules sont hautes. Dans une de ces dernières, la colloïde est chromophobe ; dans Loutes les autres vésicules, grandes ou petites, la colloïde est chromophile. Les amas sont rares et les noyanx sont, en général, peu chargés en chromatine. Les vésicules de cette thyroïde sont moins serrées que celles de l’animal normal.
Chez ce dernier, on trouve des vésicules nombreuses, dont plusieurs sont de grandes dimensions. Dans ces dernières, les cellules sont aplaties en cordon autour des noyaux qui sont peu chargés en chromatine, Dans les petites vésicules, au contraire, les cellules sont hautes et bordent la colloïde. On voit quelques amas cellulaires.
La thyroïde du têtard normal, encore éloigné de la métamorphose, est petite, tandis que la thyroïde de l'animal métamorphosé normalement, de même que celle de l'animal thyroïdisé, ne montrent des cellules hautes que dans les petites vésicules, dans les grandes, les cellules sont toujours basses.
La thyroïde des animaux thyroxinés est non seulement réduite, mais aucune des vésicules, petites ou grandes, ne ‘montre d’hyperplasie, de sorte que l’on peut penser que la glande se trouve non au repos, mais en état d’hypofonctionnement. Or, JENSEN a observé chez les jeunes têtards ayant absorbé de la thyroïde de mammifères, des altérations remarquables du corps thyroïde qui peuvent amener, dit-il, la destruction de l'organe. De leur côté, WaTRIN et FLORENTIN ont constaté, chez le cobaye thyroxiné, des effets semblables, des cellules pâles, bordant des vésicules remplies
de colloïde compacte, aucune régénération cellulaire et absence de cellules interstitielles, effets que COURRIER avait observés sur des chats et des chiens longtemps soumis au régime thyroïdien.
La thyroxine agit donc sur le corps thyroïde des têtards d'autant plus qu'ils ont été pris plus jeunes. Le régime thyroïdien ne paraît pas agir tout à fait de la même manière, bien que son action soit néanmoins indéniable. Dans un cas comme dans l’autre, la thyroïde des animaux traités se trouve mise en état d’'hypofonctionnement.
2. Le tube digestif. — L'examen histologique de l'intestin des têtards métamorphosés expérimentalement a été fait par DRaGoïuet FAURÉ FRé- MIET et par W. SCHULZE.
Voici les conclusions des deux premiers auteurs : « L’épithélium intestinal montre une dégénérescence pigmentaire, avec vacuolisation des cellules qui tombent dans la lumière. Cette muqueuse est remplacée par un épithélium de nouvelle formation, montrant une grande activité mitotique. »
Si le têtard a détruit ses réserves vitellines et que son métabolisme augmente par suite du régime thyroïdien, il détruit ses propres tissus, mais ces Lissus, détruits par autolyse, sont ceux qui disparaîtraient au cours de la métamorphose.
Les conclusions de SCHULZE sont que, chez les têtards thyréoprivés, il y à, après implantation de fragments de corps thyroïde, une différenciation de l’épithélium intestinal et une hypertrophie du foie et des reins, ce que j'ai personnellement constaté.
CHamPy a fait, du remaniement du tissu intestinal, l’un des premiers signes visibles de la mise en train de la métamorphose.
Pour l'examen histologique du tube digestif, j'ai préféré prendre comme type l’épithélium œsophagien, dont les coupes sont plus nettes et toujours bien dans l'axe, ce qui se présente rarement dans les coupes des anses intestinales.
L'æsophage du têtard de 30 jours(stade C) présente un épithélium simple, constitué par de grandes cellules à gros noyaux, très chargés de chromatine autour d’un nucléole volumineux. Le plateau ciliaire est visible.
Chez l'animal de même âge, thyroxiné, l’épithélium est tout à fait stratifié avec des cellules nombreuses et sériées. Le plateau ciliaire est presque normal. Les mitoses sont rares.
Les figures mitotiques sont au éontraire très rombreuses dans l’épithélium de l’animal pris au stade C-Det thyroxiné à la dose forte de 1/4.000.000e. L’épithélium est stratifié, les cellules sécrétrices apparaissent, la ciliation est plus importante, il y a des signes de différenciation accélérée.
Chez l’animal pris au stade D et thyroxiné, on retrouve à peu près les images présentées par le têtard du stade C. Les cellules sont seulement plus hautes. Les figures mitotiques sont de plus en plus rares.
Chez l'animal thyroïdise, on trouve un épithélium stratifié à cellules petites
el hautes. En raison de la rapidité de la métamorphose (8 jour à des figures mitotiques plus nombreuses. TR NUE T
Enfin, l’œsophage de l'animal normal après sa métamorphose, montre un épithélium stratifié à hautes cellules sériées, à plateau ciliaire très développé, dans lequel on n’observe aucune figure de mitose.
L’épithélium du tube digestif est très sensible à l’action du régime thyroxinien comme à celle du régime thyroïdien. Il se différencie rapidement. Il y a autolyse d’une part, et, d'autre part, activité mitotique dont l’intensité est fonction de la rapidité de la métamorphose et liée, par conséquent, au dosage de l’agent accélérateur.
Les cellules épithéliales de nouvelles formations sont plus ou moins hautes, plus ou moins serrées, toujours en fonction de la dose de l'agent accélérateur et aussi de l’âge des sujets.
3, Le tissu hépatique. — DraGoïu et FAURÉ-FRÉMIET ont remarqué que le foie des jeune têtards ayant jeûné et nourris ensuite exclusivement avec de la thyroïde, montre des tubes épithéliaux amincis, des vaisseaux dilatés, des phagocytes remplis de fragments et de résidus de filaments musculaires, dus à une autolyse provoquée par des échanges actifs. De nombreuses cellules hépatiques présentent l'aspect typique d’une activité normale.
Le foie du têtard normal montre de nombreuses cellules à gros noyau chargés de grains de chromatine, autour d’un volumineux nucléole, Ces cellules sont également chargées d’enclaves d’allure lipoïdique. Le pigment est disséminé en fins granules et il y en a quelques-uns de l’importance de deux ou trois noyaux au plus. Les tubes épithéliaux sont à parois assez épaisses. Les vaisseaux présentent un endothélium de type larvaire.
Chez l'animal de même âge (stade C), mais thyroxiné, le foie n’est pas hypertrophié, les mailles des cellules sont larges et remplies d’enclaves. Les noyaux encore gros, sont assez chargés en chromatine. L’endothélium des vaisseaux présente encore un aspect larvaire. Les tubes épithéliaux sont épais et le pigment assez abondant. Les lobules sont en formation.
Chez l’animal un peu plus âgé (stade D) et thyroxiné à une dose équivalente, les cellules sont également larges, mais les noyaux sont plus clairs. Le pigment est abondant, tant en granules qu’en amas.
L'animal thyroïdisé montre un foie très hypertrophié. Les cellules, très grandes, sont à larges mailles et en activité. Les vaisseaux sont dilatés et l’on voit, dans leur lumière, des débris de tissus, des globules rouges et des phagocytes. Les lobules sont en formation, les tubes épithéliaux sont amincis et le pigment est rare, aussi bien en gr anules qu’en amas.
Le foie du têtard parvenu au stade C-D thyroxiné à 1/4.000.000€ présente l'aspect larvaire de l’endothélium des vaisseaux déjà observé. Dans la lumière de ces vaisseaux on remarque, avec des globules rouges ét des pha-
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socytes, de nombreux débris tissulaires. Le pigment n’est pas abondant, les Jobules ne sont pas formés et il y a hypertrophie de l'organe.
Chez l'animal normal, les noyaux cellulaires sont moins volumineux, plus clairs et les cellules sont en pleine activité. Les lobules sont formés, les amas pigmentaires sont plus nombreux el volumineux. L’endothélium des parois vasculaires est normal. Les tubes épithéliaux sont plus gros et leurs parois plus minces.
On ne constate l’hypertrophie du foie que chez l’animal thyroïdisé et chez celui qui a séjourné dans un milieu fortement thyroxiné. Dans le foie de ces deux animaux seulement, on retrouve les symptômes d’hyperactivité décrits par DraGoïu et FAURÉ-FRÉMIET. Cependant, le pigment est rare dans les deux cas, surtout dans le foie du têtard thyroïdisé, qui est le plus hypertrophié des deux.
Le foie des animaux thyroxinés à des doses inférieures à 1/4.000.000® paraît normal au point de vue pigmentaire, mais présente un aspect plus ou moins atypique, suivant l’âge de l’animal au moment de l’expérience. Dans tous les cas, il y a des signes manifestes d’une accélération des processus de différenciation en ce qui concerne l’aspect des vaisseaux, des Lubes épithéliaux et la formation des lobules.
CONCLUSIONS
Dans la métamorphose expérimentale des têtards de grenouille, les tissus les plus influencés sont : le tube digestif, les reins, la peau, le foie (suivant la classification chronologique de CHAMPY) qui se différencient à un rythme accéléré. Viennent ensuite le cerveau et l'appareil oculaire qui s’hypertrophient. Les tissus osseux et musculaire sont également influencés mais ne réagissent pas de la même manière. Les muscles se développent, mais les noyaux des fibres conservent un aspect plus ou moins larvaire. Les os et en particulier les os longs, fémur et humérus, s’épaississent au lieu de s’allonger, surtout chez les têtards thyroïdisés, et l’étude histologique révèle des dissemblances par comparaison de l’aspect des tissus osseux des animaux témoins.
En somme, après un Lemps de latence plus ou moins long, en fonction de l’âge de l'animal, de la dose de thyroxine et de la composition du milieu, la croissance s’arrête et la transformation commence prématurément, d’un seul coup, et cela ne peut qu’amener des dysharmonies, car, dans la métamorphose nature le, les Lissus provenant des différents feuillets embryonnaires ne se transforment pas simultanément.
L'apport extérieur de thyroïde ou de thyroxine au moment où la secrétion thyroïdienne n’est pas déclanchée produit une différenciation brusque et atypique, que les anomalies cellulaires et notamment l'aspect larvaire des noyaux des fibres musculaires, alors que le protoplasma est normal,
illustrent d’une manière saisissante, ainsi que le retard de la différenciation du cristallin sur celle de la cornée (SCHREIRER).
Quand la sécrétion thyroïaienne est déclanchée, l'apport extérieur de thyroxine ou de thyroïde, d’après ErkIN, ne produit pas ou produit peu d'effet, mais, avant cette période, la thyroïde de l’animal laissée en place ne modifie pas les effets du traitement. C’est bien ce qui se produit en effet, mais On remarque alors, dans ces thyroïdes, des signes d’hypofonctionnement d'autant plus marqués que le têtard, est plus jeune. Cependant, l’animal thyroïdisé montre une glande développée et aussi volumineuse que l’animal normal, mais l'aspect histologique diffère, ce qui peut faire penser à une mise au repos suivant l’opinion de COURRIER et de Roméïs, ou encore à un dysfonctionnement de la glande, car, comment expliquer le développement de cette glande, alors que celle des animaux thyroxinés (même de celui du même âge) est beaucoup moins développée On trouve encore là un des effets différentiels du régime thyroïdien et du régime thyroxinien.
Chez le têtard thyroïdisé le foie est énorme, ainsi que les reins, mais l’aspect histologique de ces organes ne diffère pas sensiblement de celui des organes homologues des animaux thyÿroxinés. Cependant, l’éosinophilie est plus marquée dans les reins des animaux qui ont été soumis au régime thyroïdien total.
Ce dernier régime détermine donc des phénomènes plus amples que le régime thyroxinien. D’autré part, avec le régime thyroïdien, l’arrêt du développement est moins brutal, et, de ce fait, la taille des animaux est, toutes choses égales, généralement plus grande que celle des têtards soumis au régime thyroxinien. |
Ces différences permettent de penser que le corps thyroïde ou son extrait total ont une action plus puissante et aussi plus complexe que celle de la thyroxine, produit chimique défini. D'ailleurs, SIMONNET à montré que, pour ramener chez les myxædémateux le métabolisme au taux normal, il fallait 130 milligrammes de thyroïde contenant 0 mmg. 260 a’iode, et 10 milligrammes de thyroxine, contenant 6 mmg. 5 d'iode, ce qui revient à dire que la thyroïde, à teneur égale en iode, est 25 fois plus active que la thyroxine. |
Mes observations confirment celles de W. SCHULZE, mais en partie seulement. Ilest certain que, comme l’a dit cet auteur, les dérivés de l’'ectoderme et de l’endoderme précipitent leur transformation. Cependant, lPhypertrophie du cerveau, qui n’est pas toujours de règle, s'accompagne de lhypertrophie des globes oculaires qui avait échappée à l’auteur allemand,
11 est également certain que, parmi les dérivés du mésoderme, le tissu germinatif poursuit sa différenciation et ne subit nullement l'influence if l'agent accélérateur, quel qu’il soit, mais le tissu osseux réagil, ainsi que l’a montré Roméïs pour l’humérus et comme je lai observé moi-même pour le fémur,et le tissu musculaire ne reste pas non plus indifférent, car on remarque une hypertrophie qui, légère avec des doses faibles eb moyennes de thy-
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roxine, devient considérable avec des fortes doses. Le régime thyroïdien total détermine non seulement une grosse hypertrophie, mais encore une réaction évolutive dont la meilleure expression s'inscrit dans l'aspect des noyaux des fibres qui se rapproche de celui présenté par les homologues d’un animal parvenu au terme de la métamorphose normale. Enfin, dans presque tous les cas, on constate des anomalies dans le rapport nucléoplasmique, plus ou moins importants.
D. Cas