‹ Contribution à l'étude de l'adéno-lipomatose: à prédominance cervicaleChapitre 13 sur 19 · MARCHE, TERMINAISON ET TRAITEMENT · texte numérisé non relu

MARCHE, TERMINAISON ET TRAITEMENT

L'adéno-lipomatose débute insidieusement à la région cervicale el presque toujours en particulier au niveau de la nuque. |

Les tumeurs évoluent lentement sans déterminer aucune douleur et ce n’est que lorsqu'elles ont acquis un volume suffisamment appréciable que le malade s'aperçoit de leur présence.

Aussi n’a-t-on jamais de données parfaitement exactes sur leur date d'apparition.

Néanmoins, c’est généralement à la région rétro-mastoïdienne que se montre la première tumeur, soit à droite, soit à gauche, rarement des deux côtés à la fois. |

En même temps, d'autres apparaissent à la région cervicale antérieure : le cou grossit ; le malade ne peut plus boutonner son faux-col.

Ces tumeurs peuvent rester longtemps localisées uniquement à la région cervicale, mais souvent il ne tarde pas à en apparaître d’autres à l'épaule, au triangle de Scarpa, à l'aisselle, et, d’après nos observations, en dernier lieu, à la région dorso-lombaire et à l'épigastre.

Le développement de ces masses lipomateuses se fait souvent selon une lente mais constante progression et peut durer quelques mois seulement, mais le plus souvent cinq ou dix ans.

Ces tumeurs restent alors en un état stationnaire, mais qu'il ne faut pas affirmer être définitif puisqu'on a ‘vu celles-ci, après un arrêt de développement de 10, 20, 30 ans, être le siège de nouvelles et brusques poussées qui les faisaient rapidement doubler ou même tripler de volume.

Nous avons constaté que le développement des tumeurs de notre malade de l'observation IT s'était fait ainsi en trois poussées successives.

Mais jamais l’on n'a observé une regression bien notable dans l’évolution de ces tumeurs et c'est ce qui nous faisait dire dans notre historique que le cas de Brodie publié en 1846 et dans lequel les tumeurs avaient presque complètement disparu ne devait pas rentrer dans la classe des adéno-lipomaloses.

Même lorsque la malade, et nous en avons une preuve frappante dans notre observation II, est atteint d’une affection cachectisante comme la tuberculose, le cancer, l’albuminurie, etc., les masses lipomateuses conservent leur volume, montrant ainsi leur indépendance dans les variations de l'équilibre vital dues aux troubles de nutriüon et « leur individualité propre sur le terrain où on les voit évoluer ».

Leur dimension varie en général du volume d’une nox à celui d’un œuf, d’une orange ; mais elles peuvent acquérir parfois un volume beaucoup plus considérable, telles celles que nous avons mesuré à la région cervicale du malade de notre observation IE, telles aussi celles que nous avons rencontrées à la région sacro-lombaire et épigastrique.

Quand elles acquièrent un volume considérable elles

peuvent être, suivant aussi leur situation, la cause d’accidents de compression périphérique soit nerveuse ou vasculaire ou de compression médiastinale, Nous avons vu que cette variété était plus fréquente. C’est le seul accident à prévoir dans celte affection qui n'est encore une fois qu'une difformité.

Nous n'avons pas fait un chapitre spécial pour discuter le traitement, nous en dirons ici les quelques mots qui sont à dire. |

On trouvera dans la thèse de Bonnefond (Paris) une étude aussi approfondie que les données actuelles peuvent le permettre sur le traitement. |

Il conclut en n’admettant que le traitement chirurgical, et encore quand des phénomènes de compression limposent. En effet, les récidives sont à craindre.

Pour notre comple nous avons vu récidiver notre malade de l'obs. II après les interventions faites par Péan et Nelaton à la région cervicale.

Bouju (thèse Paris) a observé aussi des cas de récidive, également Pfestel-Mozoglu.

Ajoutons en outre le danger de cicatrices vicieuses. Récidive fréquente, mauvaise cicatrisation amenant plus de gène pour le malade que la tumeur elle-même. C’est assez, en effet, pour éloigner toute idée d'intervention dans une affection qui n'occasionne aucune douleur, aucun trouble fonctionnel.

Le traitement médical n'est pas encore connu.

L'arsenic (Olga Astaouroff, thèse Paris), l'iodure et la thyroïdothérapie, défendue ces dernières années encore par Max Rothmann n'ont donné aucun résultat appré-

ciable.

L'électrothérapie semble agir dans la lipomatose discrète. Darbez (thèse Paris) relate une observation d'Onimus qui aurait obtenu, employant des courants conlüinus de 30 à 40 éléments. Remak, chez une malade atteinte de paralysie du bras consécutive à une fracture de l’humérus, la disparition d'une dizaine de petits lipomes répartis sur ce membre.

Même résultat obtenu chez une de nos malades atteinte de lipomatose discrèle.

Mas le cas d'Onimus qui était un cas de lipomatose circonscrite de même que le nôtre ne peut rentrer dans la catégorie des adéno-lipomateux et chez ceux-ce1 qui ont élé soumis à l’électrothérapie les résultats furent nuls.

ÉTIOLOGIE ET PATHOGÉNIE

Avant d'aborder l'étude pathogénique proprement

dite, nous examinerons rapidement les causes prédispo- - santes de l’adéno-lipomatose symétrique.

Le sexe masculin est beaucoup plus ‘souvent atteint que le féminin et « cette prédilection pour le sexe masculhn est d'autant plus remarquable que les lipomes vrais sont plus fréquents chez la femme {Launois) ». C’est à l’âge mûr que les adéno-lipomes apparaissent.

. L’alcoolisme est un facteur très important dans le développement de cette affection : on le rencontre dans 30 cas pour cent.

Très souvent on a découvert chez le malade la coexistence d’autres états morbides tels que la syphihis, le cancer, l’albuminurie, la tuberculose, le rhumatisme chronique.

En somme, l'étude étiologique ne nous offre rien qui

- puisse éclairer l’origine de cette affection.

Nous allons donc aborder franchement l'étude pathogénique, reprenant-une à une les théories que nous avons déjà signalées dans notre historique en nous efforçant de rappeler rapidement et de façon précise les faits qui avaient attiré l'observation des cliniciens et desquels ils déduirent les différentes théories émises sur la nature de la maladie, Nous dirons ce qu'il faut garder et rejeter de

rue

toutes ces considérations pathogéniques et nous bätirons là-dessus l’idée personnelle que nous nous sommes faite de cette affection.

Nous rappellerons à titre historique la fhéorie de Hunter qui fait du hpome un produit de sécrétion due à un système glandulaire spécial et celle de Morgagni (épist. 50-22) qui veut que le relâchement de la peau en certains endroits y permette une accumulation de graisse.

Virchow et Leclerc (thèse Paris) trouvent dans Les fraumalismes l'explication du développement des Hipomes. Virchow prétend que les frottements, les pressions conünues déterminent une irritation du tissu graisseux souscutané qui alors prolifère. Cette origine est reconnue depuis longtemps exacte. « Les traumatismes ont une influence et on voit les lipomes se développer parfois sur le front aux points ou pressent le chapeau et le képi : les forts de la Halle, les soldats en fournissent des cas nombreux, et, Broca, qui signale ce fait, avait pu se citer comme un exemple. Au niveau des épaules, les bretelles du sac chez un fantassin, et, chez les cavaliers, la pression sur la selle au niveau des cuisses déterminent la production des lHipomes: on connaît l'observation d'un religieux chez lequel 1l en vint au genou à la suite de longues heures de prière (Reclus). »

Mais ceci n'est pas suflisant pour expliquer la symétrie et la localisation en des régions qui ne sont pas des points de contact, bien que dans l'observation IX, le professeur Reclus songe vaguement à la possibilité du développement des deux tumeurs symétriques du cou sous l’action traumatisante d’une bricolle.

Page 1