‹ Contribution à l'étude de l'adéno-lipomatose: à prédominance cervicaleChapitre 16 sur 19 · OBSERVATIONS · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS

Observation I (Personnelle).

Ce malade a été vu pour la première fois 1l y a environ ans, au Dispensaire de Saint-Joseph, par M. le D'

Mayet qui fit sur son cas une communication dans le numéro du Bulletin médical du 23 mars 1907 (p. 249). Nous avons revu depuis ce malade à plusieurs reprises.

Nous emprunterons à la 1" observation et nous y aJou-

terons les nouvelles données acquises depuis et celles

qui alors n'avaient pas été jugées utiles d’être consignées.

B .., Joseph, actuellement âgé de 60 ans, est gardien de chan-

tier. Le visage décharné à la teinte terreuse, le dos voûté, la démarche pénible, la respiration sifflante, légérement dyspnéique, traduisent d'emblée un mauvais état général.

« ]l est porteur au niveau de la nuque de deux grosses tumeurs allongées dans le sens vertical, dont l'extrémité supérieure ne dépasse pas la ligne qui unit les deux bases des apophyses mastoïdes, les bords internes sont situés de chaque côté de la ligne des apophyses épineuses. Ils sont séparés par un sillon profond dont l'extrémité inférieure, peu nette, se perd dans la région inférieure et postérieure du cou et dont le bord externe déborde la branche montante du maxillaire. »

« Au-dessous de ces tumeurs symétriques, il en existait une autre correspondant environ à l'apophyse épineuse de la septième cervicale, tumeur médiane, ovoïde, dont les deux pôles latéraux venaient former une saillie au niveau des deux bords latéraux

du cou, »

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Ces tumeurs, depuis*deux ans, n'ont pas varié de volume, nous dit le malade.

On trouve également au niveau du triangle de Scarpa deux masses lipomateuses qui, elles, ont sensiblement augmenté de volume depuis la première observation en se développant dans le sens vertical, elles offrent actuellement l'aspect de deux petits reins dont les hiles se regarderaient.

I y a deux ans il existait déjà deux masses axillaires et une dans la région sus-épitrocléenne : elles sont restées semblables, mais il faut leur ajouter une masse au niveau du sillon deltoïdo-pectoral et une autre dans le sillon deltoïdo-bicipital et qui sont nées depuis.

A signaler depuis peu la formation de masses transversalement allongées, au nombre de trois superposées depuis le bord supérieur du sacrum jusqu’à la 12° vertèbre dorsale, allant, se confondant sur les côtes avec le pannicule, mais nettement séparées en hauteur les unes des autres.

La première tumeur apparut il y a 12 ans à la région rétromastoidienne gauche, quatre mois après apparaissait à droite une tumeur semblable : le malade fut frappé par la dureté qu’elles présentèrent aussitôt leur apparition. |

C’est surtout depuis # ans que la poussée lipomateuse fut sensible sans cependant qu'il y ait eu pendant ces 15 derniers mois une évolution notable.

Fils d’emphysémateux, notre malade souffre depuis l’âge de 20 ans de cette affection compliquée, depuis une dizaine d'années, de crises d'asthme fréquentes : le 20 février 190$, quand nous le vimes la première fois pour notre compte, il était atteint d'une bronchite généralisée qui nécessita son hospitalisation qui dura environ 410 jours. Pendant ce temps nous eûmes le loisir de linterroger minutieusement. Il nous confirma dans ce que nous savions déjà qu'il n'était ni alcoolique, ni spécifique, ni rhumatisant. Il était alors assez difficile de rechercher par l’auscultation les signes d'adénopathie trachéo-bronchique qui avait été diagnostiquée en 1907 : la poitrine était remplie de râles sibilants et ronflants. — Cœur fatigué sans lésion orificielle.

Les matités hépatique et splénique étaient toujours normales.

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Aucun trouble nerveux sensitif ou moteur.

La formule globulaire indique un certain avenir (3,500 gl. rouges, ° 9,000 gl. blancs) avec légère leucocytose.

Mais le fait intéressant déjà signalé et resté fidèle à lui était celui-ci.

« Lorsqu'on examinait le pôle supérieur des deux tumeurs symétriques de la nuque, on était frappé immédiatement par ce

Fi. 4 (')

fait qu’à ce niveau le relief de la ligne courbe supérieure de l'occipital donnait la sensation de deux énormes exostoses saillantes de plus d’un centimètre, larges de trois ou quatre et dont la radiographie a nettement confirmé l'existence et a permis d'apprécier plus exactement encore le volume : ces deux masses lipomateuses étaient en quelque sorte appendues à ces exostoses et lorsqu'on essayait d’abaisser ces tumeurs, on sentait très nettement une corde fibreuse se tendre entre la masse du lipome et le sommet de l’exostose. »

(1) Ces schémas sont dus à l’obligeance de notre ami le D' Direr.

Comme au niveau des autres tumeurs la peau était là parfaitement mobile sur la tumeur, abondamment fournie de poils et de cheveux et ne présentant en somme aucune anomalie.

En terminant, nous signalerons que le malade est venu nous voir il y a environ dix jours avec tous les signes d’une paralysie radiale droite évidemment produite par la compression exercée par la masse lipomateuse située dans le sillon deltoïdo-bicipital.

Il est soumis à l’électrisation faradique, et nous attendons les résultats de ce traitement, espérant que ce traitement local nous donnera plus de satisfaction que tous les traitements généraux qui ont complètement échoué.

Observation II (Personnelle).

Sch..., Edouard, âgé de 57 ans, sommellier, se présente le 25 janvier 1908, à l'hôpital Saint-Joseph. Pouvant à peine se soutenir, il est en proie à une violente dyspnée, il répond avec peine et à voix basse aux questions qu'on Jui pose. Il est dans un état de dépression physique complète : le pouls dur et bondissant bat à 130 avec de fréquents à-coups : en résumé, l'impression première que l'on a à la vuc de ce malade qui demande à entrer à l'hôpital, c’est qu'il n'y tardera pas à mourir.

La teinte absolument jaune paille des téguments caractéristique de la cachexie cancéreuse ferait immédiatement penser à cette affection si l'on n'avait l'esprit tout aussitôt porté sur le volume considérable du cou.

La tête au facies profondément émacié semble fichée directement sur le tronc. Le cou, par son énorme volume s'étalant sur les épaules, et faisant un énorme bourrelet autour du maxillaire et de l’occiput a, en effet, perdu tout contour.

Un examen rapide des autres parties du corps nous montre que nous sommes en présence d'un adéno-lipomateux.

Nous donnons à ce malade l’hospitalisation qu'il réclame et nous lexaminons à loisir dans le service de M. le D° Leroux où il a été versé,

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Une énorme masse lipomateuse descendant du milieu de la face postérieure du maxillaire couvre toute la région hvyoïdienne, s’étale sur les côtés et atteint presque la fourchette sternale. Toute une série de petites masses de consistance molle, semblant bien à la palpation nettement lipomateuse, entoure cette masse médiane grosse comme le poing. Elles sont réparties symétriquement sur la branche montante du maxillaire, sous la branche horizontale du piveau de son angle, au-dessus et au-dessous du tiers moyen de la clavicule, au niveau de l'articulation sterno- elaviculaire : nous comptons ainsi Onze messes lipomateuses à la région antérieure du cou dont une médiane et les autres symétriques et variant du volume d’un noix à celui d’un œuf.

À la nuque deux masses symétriques dans les sillons rétromastoïdiens, de consistance un peu ferme, mais sans adhérence à l’occipital et en dessous naissant sur la ligne médiane et descendant pour s’étaler dans les fosses sus-épineuses une énorme masse dont l'aspect sous un volume plus considérable se rapproche de celui de la masse antérieure et médiane, la circonférence du cou, la tête en rectitude, passant à 4 travers de doigts au-dessous de la protubérance et 3 travers de doigt au-dessous du maxillaire, est de 58 centimètres. É

Une tumeur du volume d’un marron à la face interne et à la face externe du creux axtllaire droit et gauche et deux tumeurs symétriques de mêmes dimensions au niveau du condyle huméral interne.

Rien aux membres inférieurs, mais à noter tout particulièrement l'existence de masses lipomateuses assez considérables, séparées les unes des autres par des sillons très nets, mais mal limitées sur les côtés, s'étendant transversalement à la région lombaire et dorsale inférieure et de chaque côté des premières vertèbres dorsales.

En avant au niveau des muscles grands droits à leur tiers supérieur deux masses symétriques morphologiquement semblables aux masses dorsales. Les reins sont augmentés de volume nettement adipeux.

La peau glisse librement sur toutes ces formations ; elle n’a subi aucune modification.

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Nous pouvons à grand’peine obtenir du malade les renseignements suivants sur son histoire pathologique.

Il n'a aucun antécédent héréditaire ou collatéral. I n'a lui-même jamais été malade : il a une fille et un garçon bien portants et n’a jamais eu d'accidents spécifiques. Mais c’est un alcoolique non douteux : tout autre alcool à part, 1l prend depuis longtemps 4 litres de vin par jour.

C'est en 1882 qu'apparaissent les premiers lipomes : le premier de tous au milieu de la nuque faisait saillie hors du col était d'un très fâcheux effet pour la profession du malade, alors sommellier dans un grand restaurant.

En 1883, ablation de la tumeur par Pean.

En 1885, toute une série de lipomes naissent dans la partie supérieure du cou, à la fois des deux côtés, d'autres masses se montrent en même temps dans les régions rétro-mastoïdiennes. Au milieu de toutes ces masses le lipome, opéré par Pean, semblait récidiver. ;

Le malade était alors obligé de porter des faux-cols de 55 cent.

En 1889, le malade se fait opérer par Nélaton, qui lui enlève toute la masse cervicale antérieure et les deux lipomes occipitaux.

Deux ow trois ans après, les tumeurs lentement, mais progressiment récidivent.

D'ailleurs, l'évolution de toutes ces néoformations a toujours été très lente, passant pour la plupart longtemps inaperçues du malade.

Cependant on peut diviser cette évolution en trois phases :

Une première poussée en 1882 à la nuque ;

Une deuxième poussée en 1885 tout autour du cou, à l'aisselle et au bras :

Une troisième poussée en 1892 avec récidive des tumeurs enlevées précédemment et apparition des masses lombaires et dorsales.

ya un an le malade commença à avoir un peu de dysphagie, puis il eut de très fréquents vomissements : huit mois après ces premiers symptômes qui allèrent en s'aceusant, il ne pouvait plus prendre que des panades, enfin, depuis huit jours, on ne le nourrit plus que par le rectum.

Il y a un mois, la voix a subitement changé : elle est devenue

rauque. Nous faisons ‘examiner le malade par le D° Chatellier qui trouve une paralvsie de la corde vocale droite.

À l’auscultation, obseurité respiratoire des deux côtés, mais surtout à droite avec quelques râles disséminés et de la matité à la base. :

Dysphagie, compression du recurrent droit, compression bronchique, c'était plus qu’il n’en fallait pour affirmer l’existence d’une tumeur du médiastin.

Fic. 2.

Avec beaucoup de précautions, car l’état du malade allait en s'aggravant d'heure en heure, on le soumet à un examen radioscopique rapide qui permet néanmoins de constater au niveau de la poignée du sternum l'existence d’une ombre uniforme débordant l'os de chaque côté, mais surtout à droite et n'étant pourvu d'aucun mouvement pulsatil.

Cet examen radioscopique nous confirma dans l'idée que nous avions eue, aussitôt fait le diagnostic de tumeurs du médiastin, d’une adéno-lipomatose trachéo-bronchique.

Le cœur ne présentait pas de lésions orificielles, le foie débor -

dait à peine de deux travers de doigt les fausses côtes, la rate était normale.

Aucun trouble de sensibilité ou de motilité.

Trois jours après son admission, le malade meurt.

Avec l'autorisation de la famille, nous procédons à l'’autopsie et quelle n’est pas notre surprise de trouver :

Un énorme néoplasme de l'æsophage situé au niveau de la 2° et 3e dorsale, avec sténose totale du conduit, rupture de celui-ci dans la plèvre droite où nous trouvons 1,200 gr. de pus.

Les ganglions trachéo-bronchiques hypertrophiés, ayant subi la dégénérescence cancéreuse, forme un amas assez considérable.

Le foie en dégénérescence graisseuse présente sur la face supérieure toute une zone de périhépatite avec une collection sousphrénique.

Rate un peu diffluente, à peine augmentée de volume

Rien à signaler dans les autres viscères à part quelques plaques d’athérome à l'aorte.

Les masses lipomateuses disséquées et examinées histologiquement montrent qu'elles sont constituées par du lipome pur.

L'os occipital délicatement ruginé ne présente aucune exostose : le périoste est normal.

La formule leucocytaire ayant certainement été modifiée par l'affection dont est mort le malade, n'aurait eu aucun intérêt à être connue,

Observation III (Personnelle).

B...., Edmond, âgé de 54 ans, garçon limonadier, se présente au Dispensaire de Saint-Joseph le 1 février 1908 et demande qu'on le soulage de cet état de fatigue, de faiblesse générale qui lui rend très pénible les moindres travaux. Il se plaint aussi du volume anormal de son cou dont la difformité l’a obligé à quitter ses fonctions de garçon serveur pour devenir plongeur. Il était depuis 25 ans habitué à son premier emploi et la nécessité de l'abandonner l’a très péniblement affecté,

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En effet, on constate à la face antérieure du cou une masse lipomateuse prenant naissance sur la ligne médiane rétro-maxillaire et offrant l’aspect d’un cœur renversé du volume d’une orange ; de chaque côté de la fourchette sternale, venant presque se rejoindre sur la ligne médiane, on trouve deux tumeurs symétriques s'étendant jusqu'au tiers externe de la clavicule qu’elles recouvrent en partie : ces deux masses sont séparées de la masse médiane qu’elles enclavent par un sillon très net.

Deux autres petites masses à l'angle du maxillaire inférieur et deux autres encore à la région deltoïdienne.

En arrière il existe deux masses rétro-mastoïdiennes et une masse sous-occipitale, médiane, assez semblable à celle de la face antérieure.

Deux tumeurs dans chacun des creux axillaires, une à la face interne, l’autre à la face externe.

Une petite masse lipomateuse au niveau du condyle huméral interne et deux autres dans le triangle de Scarpa simulant une hernie inguinale double de moyenne dimension.

A signaler l'existence au niveau des 11e, 12° vertèbres dorsales et des 2°, 3° et 4° lombaires de masses lipomateuses se perdant sur les côtes dans le tissu adipeux sous-cutané, mais nettement séparées l’une de l’autre par de profonds sillons et formant trois masses distinctes ayant chacune la largeur d’environ quatre travers de doigts.

Ces tumeurs sont parfaitement symétriques, elles sont indolores, assez facilement mobilisables, n’adhérant pas à la peau qui est restée normale et varient de la grosseur d’une noix à celle d’une pomme.

Les tumeurs rétro-mastoïdiennes attirent tout particulièrement notre attention : elles semblent soudées au plan osseux sous-jacent, leur consistance est très ferme par endroit, surtout à la périphérie, elles sont presque immobilisables. Nous croyons être en droit de penser que nous sommes en présence de lipomes périostiques.

Grâce à l’obligeance de M. Infroit, radiographe, des hôpitaux, nous avons pu constater qu'il n’y avait au niveau des tumeurs sur les plaques radiographiques aucune trace de prolifération osseuse,

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Le malade a perdu ses parents, le père serait mort d’un cancer de l'estomac, la mère, d’un cancer du rein. Îl ne signale rien du côté des collatéraux.

Il n'eut que la fièvre typhoïde à 10 ans et depuis s’est toujours bien porté.

Il n'est pas spécifique, mais peut être soupçonné d’alcoolisme.

FiG. 3.

Nous l’auscultons avec beaucoup d’attention sans pouvoir trouver aucune lésion pulmonaire ou cardiaque.

Les matités hépatiques et spléniques sont normales.

L'examen des urines reste sans intérêt.

Nous ne trouvons aucun trouble nérveux.

Nous le soumettons au régime arsenical, mais le malade, après être venu nous revoir quelque temps après, quitte Paris.

La seconde fois que nous l'avons vu, nous n'avons constaté aucune modification dans le tableau clinique qu'il présentait la première fois.

Observation IV (Personnelle).

M. .,J., âgé de 52 ans, terrassier, se présente le 22 décembre 1907 à la consultation de Saint-Joseph. C’est un homme de haute taille 19,75) mais à l'aspect malingre quelque peu cachectique. Les conjonctives sont légèrement subictériques. La figure est osseuse, les pommettes saillantes. Aussi est-on tout de suite frappé par les dimensions considérables du cou qui déborde franchement et enclave ce facies amaigri.

A la face antérieure du cou on trouve une masse lipomateuse allongée dans le sens transversal, allant se perdre de chaque côté sur les branches montantes du maxillaire inférieur. En haut, elle fait corps avec la ligne du menton et en bas elle descend quand la tête est en extension forcée jusqu’à deux grands travers de doigts de la fourchette sternale. De chaque côté du cou sur une ligne tombant de l'angle de la mâchoire et à environ trois travers de doigt de celui-ci, 1l existe une autre tumeur, de même au niveau de chacune des articulations sterno-claviculaire.

Ces dernières formations lipomateuses ont environ la grosseur d’une pomme d’api.

A la nuque il existe deux grosses masses du volume d’une mandarine, aussi parfaitement symétriques que celles de la face antérieure du cou et situées chacune dans le sillon rétro-mastoidien.

Bien que de consistance beaucoup plus ferme elles sont assez bien mobilisables et il n’y a aucune raison de croire que l’oecipital participe à ces néoplasies. |

Nous rencontrons encore deux masses axillaires situées à la face interne et venant en avant se perdre sous le mamelon légèrement adipeux ; dans le triangle de Scarpa de chaque côté une masse transversale de la grosseur du poing et donnant à première vue l'impression d’une grosse hernie inguinale double.

Au milieu de ces masses on ne sent aucun ganglion hypertrophié, elles ne sont pas adhérentes à la peau qui conserve partout son

aspect normal.

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Le début de cette adéno-lipomatose remonte à six ans. C’est par le côté droit de la nuque qu’il se fit : depuis les masses lipomateuses se sont successivement développées, se montrant d'abord à la région rétro-mastoidienne gauche, puis à la face antérieure du cou, médiane, puis latérale à l'aine et en dernier lieu à l’aisselle.

Les antécédents du malade tant héréditaires que collatéraux n'apportent aucun élément à l'histoire pathogénique de son affection.

Quant à lui, il a toujours joui d’une santé parfaite. Depuis deux ans, néanmoins, ses forces ont peu à peu disparu : aujourd'hui le moindre effort lui parait énorme ; il est continuellement fatigué et il est obligé de n’accepter que les petites tâches. Son appétit a diminué ; il n’accuse pourtant pas de fièvre,

Un long et attentif examen des poumons ne trahit aucun lésion. La cœur a un rythme et des souffles normaux. Le foie n’est pas hypertrophié, la rate paraitrait plutôt sensiblement augmentée de volumes.

Rien de particulier dans les urines.

L'examen du sang indique une légère anémie (gl. bl., 8,000, gl. rouge, 4,000,000).

Aucun trouble de la sensibilité objective ou subjective : aucun trouble moteur ; l'intelligence semble moyenne. Le malade est seulement dans un certain état de dépression due à l'asthénie progressivement croissante depuis deux ans et qui l’oblige à arrêter presque tout travail.

Il fut soumis au traitement arsenical (piqûre de cacodylate), puis au traitement ioduré pendant environ six semaines. L'insuccès fut complet d’ailleurs.

Bien que rien dans son histoire n'autorise à songer à une insuffisance thyroïdienne, nous l’aurions, par conscience, soumis à la thyroïdothérapie, mais sur ces entrefaites le malade disparut et malgré nos efforts nous ne pûmes parvenir à le retrouver.

Ce fut le premier malade atteint d'adéno-lipomatose à prédominance cervicale que nous eûmes à examiner et à ce moment nous n'avons pas encore l'idée bien arrêtée de ce travail ; aussi regrettons-nous de ne pouvoir joindre le schema des tumeurs de ce

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malade à ceux que nous eûmes soin de prendre pour nos trois autres observations.

Observation V (Résumée). — Hueuier, Bull. Soc. chirurgie, 17 mars 1855. — C..., J.-H., âgé de 56 ans, paveur, ne présente dans ses antécédents personnels et familiaux, rien qui soit digne d'intérêt.

IL'est porteur de 43 lipomes dont 40 sont pairs et symétriques. Ils sont situés à la face antéro-latérale du cou, aux régions parotidiennes et mastoïdiennes, à la région sus-claviculaire, à l'angle inférieur de l'omoplate, de chaque côté de l'épine vertébrale, à l'hypogastre, à la partie supérieure du sacrum, à la partie externe du tiers supérieur de la cuisse.

Le début de cette lipomatose remonte à 7 ans et le malade l'attribue à une chute qu'il aurait faite alors.

Observation VI (Résumée). — DaLcHé, Bull. Soc. méd. H6p., 1897, p. 1169. — LÉ e maçon, 49 ans. Pas d'antécédents héréditaires. Etat mental ne permettant pas de tenir grand compte des renseignements donnés.

A fait à # ans une maladie grave à forme hémorrhagique. A été interné il y a 4 ans à Ville-Evrard pendant 2 mois et demi. A toujours été triste. Pas d'attaque de nerfs.

Non syphilitique, mais alcoolique.

Entre en 1897 à la Pitié pour faiblesse de tous les muscles lobligeant à cesser son travail. Îl présente une rétraction de l'aponé- ‘vrose palmaire.

Sensibilité intacte. {ntelligence très bornée.

Il a perdu la mémoire, bégaye légèrement, est apathique, absorbé, fort craintif.

Adipose localisée suivant deux bandes symétriques correspondant aux muscles grands droits et venant se perdre en haut, dans les régions marmmaires plus volumineuses que normalement.

Tumeurs symétriques à la région parotidienne, sous-thyroidienne,

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oùelle simule un goitre total, à la région sus-claviculaire, à fa nuque, aux plis du coude, aux aines.

Ces tumeurs rétro-oceipitales et parotidiennes sont dures et élastiques, les autres souples et fluctuantes. À la palpation, pas de sensation de noyaux ni de ganglions.

Symétrie et mobilité parfaites.

Aucun trouble viscéral. Pas de leucocythémie.

Testicules petits, fonction génitale diminuée.

En résumé : coexistence de troubles cérébraux.

Absence dans le médiastin et Vaisselle, régions ganglionnaires de tumeurs que l’on rencontre par contre au niveau du pli du coude où il n’existe pas de ganglions.

Observation VI (bis) (résumée). — THIBIERGE, Bull. Soc. méd., 4er avril 1899. — Même malade que celui de l'observation précédente.

Sensible augmentation des masses lipomateuses depuis 2 ans. 1] est toujours dans le même état d’asfhénie musculaire (pas d’athrophie).

Anémie plus prononcée.

A signaler l'existence de goitreux dans sa famille à rapprocher de l'apparence très réduite de son corps thyroïde, de son état de dépression, de la lenteur de son idéation. C’est un individu ayant probablement une insuffisance thyroïdienne pouvant servir d’élément à la théorie de Madelung.

On ne peut cependant ne pas mettre au second plan les troubles nerveux qu'il présente et qui restent en faveur de la théorie nerveuse.

Observation VII (résumée). — Launois et BENSAUDE. Bull. Soc, méd. H6p., 1% avril 1898. — Mathias K..., 32 ans, maréchalferrant, offrant de particulier dans ses antécédents familiaux l'alcoolisme de son père et l'obésité d'une de ses sœurs, est un alcoolique invétéré. À la suite d’une violente colère, selon lui, il porte depuis cinq ans ees tumeurs lipomateuses, réparties de la

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façon suivante : une médiane à la région sous-maxillaire (la première en date), formant une tuméfaction diffuse, deux symétriques à la région pré-auriculaire, à la nuque, au creux inguinal. Au niveau de la face supéro-interne des cuisses s'échappant des masses lipomateuses on remarque un cordon dur, saillant, parallèle à la saphène interne et qui, probablement, est un tronc lymphatique à parois hypertrophiées. Par une palpation attentive on retrouve d’ailleurs des grappes ganglionnaires hypertrophiées. La peau ne présente aucune altération. Des masses graisseuses ne se retrouvent dans aucune autre partie du corps et le pannicule adipeux est normalement développé.

Examen des viscères : la toux fréquente, une légère dypsnée, le murmure respiratoire affaibli à droite permettent de soupçonner une certaine hypertrophie des ganglions du médiastin.

Le foie déborde légèrement les fausses côtes. La rate est hypertrophiée. Anémie du second degré. Les globules blancs sont augmentés du double avec réduction des globules blancs de la {re variété.

L'état général est loin d’être satisfaisant : diminution considérable des forces, état d’asthénie complet rendant impossible toute fatigue, tout travail. Le facies rappelle celui des leucocythémiques. Lé malade a perdu 28 kilos en six mois. Il n’a pas de fièvre.

Observation VII] (Résumée). — Quéry, Th. Paris, 1901-1902.— X..., âgé de 30 ans, cuisinier, entre à l'hôpital Laënnec, en 1901. Le début de la maladie date de 5 ans. Il v aurait eu, au dire du malade, régression complète de son affection qui, sans phénomènes douloureux, a pris dans les derniers temps une marche très rapide.

Tumeurs du cou : deux occupent la fosse rétro-mastoïdienne : elles ont la grosseur d’une pomme, deux autres moins volumineuses sont situées en-dessous au niveau de l’apophyse de la 7 cervicale.

Dans la région sous-maxillaire demi-collier en forme de croissant embrassant le menton.

A la région fugale, de chaque côté, tumeur de la grosseur d'une noix ; tumeur du tronc et des membres : dans la fosse sus-clavicu-

laire, à la face interne des bres, à la face antéro-interne des cuisses. Région mamelonnaire et abdominale très développées.

Les tumeurs du cou présentent une consistance irrégulière, lobulée.

Examen des ganglions, des viscères, du sang, sans résultat important. |

Symptômes fonctionnels et généraux nuls.

Intégrité de la sensibilité. Intelligence normale.

Le malade est alcoolique.

Ablation des tumeurs à la cocaïne par le Prof® Reclus. Guérison.

Les tumeurs, examinées par le Proff Cornil, se sont constituées par du tissu adipeux renfermant des noyaux formés par ce même tissu condensé et fibreux. Il n’y a pas trace de ganglions.

Observation 1X. — RecLus, Bull. Soc. chirurg., mai 1905, p. 504. — X..., fort de la halle, portait une tumeur à l'épaule ponctionnée d’abord par M. Auvray, puis par moi, pour savoir s'il existait du liquide. La tumeur était crépitante. Comme il y avait des douleurs du bras gauche et de l’ædème de cette région, je me décidais à l’opérer et je trouvais une masse graisseuse qui s'enga geait sous le trapèze, s’insérait en avant à l'aponévrose profonde du trapèze et en arrière au tissu fibreux qui recouvre le sus et sousépineux, puis à l’épine de l’omoplate dont elle ne fut séparée qu'avec la plus grande difficulté. Emergeant de dessous le trapèze, la tumeur s'épanouissait dans le creux sus elaviculaire, puis rencontrant l'os, se dédoublait, une portion passant en avant, l'autre en arrière de la elavicule à laquelle elle adhérait d'une façon intime, se continuait enfin en avant et en arrière de l'aponévrose clavicoraco-axillaire à laquelle elle adhérait intimement, sous le pectoral la dissection fut très délicate et je dus réséquer une partie de l’axillaire, :

Cette tumeur rappelle les lipomes que nous décrit M. Schwartz {même séance) par son adhérence intime aux os, omoplate et elavicule et au tissu fibreux. J'ajoute que ce lipome était crépitant et provoquait des douleurs de compression et je crois qu'on peut le :

rapprocher des siens. Mais je n'oublie pas qu'à ce lipome gauche s’ajoutait un lipome droit absolument semblable et qu'en haut et en arrière de la région cervicale il y avait aussi deux lipomes. Je crois donc qu'on pourrait faire rentrer aussi ce cas dans la lipomatose symétrique à prédominance cervicale.

Quant à la pathogénie, je n'oscrai insister. Je dirai simplement que la tumeur à droite et à gauche semblait correspondre absolument à la région recouverte par les deux branches de la bricolle avec laquelle il portait des pianos. La branche gauche de la bricolle appuie plus qu’à droite et c’ést à gauche que la tumeur était plus volumineuse. ;

Observation X (Résumée). — (Gasnr et MÉNARD, Bull. Soc. méd. des hôp. de Paris, 1906, p. 47. — R..., malade non spécifique, ni tuberculeux, à l'aspect malingre, à l'intelligence faible.

Tumeurs lipomateuses, non douloureuses, symétriques, légèrement diffuses, réparties aux faces antéro-latérales du cou, à la nuque, au tronc, sur les épaules.,

Aucun trouble sensitif, ni objectif. Aucun trouble moteur, aucun trouble trophique ou sudoral aux régions où siègent les tumeurs.

Début de la maladie à un âge avancé, localisation primitive et insidieuse du cou, accroissement constant mais par saccades.

Aucune tumeur médiastinale (examen radiographique). Formule leucocytaire normale. Le malade semble: plus un dystropbique qu'un adénopathique.

Observation XI (Résumée). MM.MozLanD et PETITIEAN, Revue de médecine, t. XVII, 1907. — G. ., Fred’, 40 ans, manœuvre, entre en juin 4905, à l'hôpital de la Croix-Rousse, parce qu'il tousse et perd ses forces.

Antécédents héréditaires inconnus. Un frère atteint d’aliénation mentale, trois autres et une sœur bien portante.

: N'a pas été malade pendant son enfance, mais a contracté, il y à 7 ans, la syphilis, a eu, il y a 3 ans, une première hémoptysie, une seconde il y a 15 mois. C’est un alcoolique.

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Depuis un an il tousse continuellement, il a perdu 14 kigr. : il présente aux sommets des lésions très nettes : l'examen des crachats est positif. Rien du côté des viscères n1 du système nerveux.

L'examen radioscopique montre dans l’hémithorax supérieur gauche une ombre absolument uniforme. Ce malade présentant des signes de compression médiastinale, on peut croire à cet endroit à la présence d’une masse lipomateuse comprimant un poumon déjà malade, il est vrai, mais faisant alors apparaître des signes pseudo-cavitaires quand les lésions sont peut-être peu importantes. Ce malade. en effet, a repris 9 kilogr. depuis son séjour à l'hôpital.

On trouve sur le tronc et les membres de nombreuses masses adipeuses diffuses et symétriques dont la {°° apparut il y 15 ans dans la région rétro-mastoïdienne droite. Elles sont prédominantes à la région cervicale et respectent les extrémités des membres. Elles sont indolores et ont la consistance du tissu graisseux avec celte particularité qu'en de nombreux points on a la sensation de petites masses lobulées pouvant faire croire à la présence, au milieu de la graisse, de ganglions.

L'examen du sang n'offre aucune particularité à signaler. On procède à l’ablation d'une des tumeurs et on en fait l'examen histologique par la méthode de coloration de M. le Prof® Renaut. Il fut impossible de déceler la présence d’aucune cellule Iymphatique. Les tumeurs étaient des lipomes purs.

Observation XII. — Un cas de lipomatose discrète (inédite, due à l’obligeance de M. le D' Mayer). — Madame S..., âgée de 54 ans, sans profession, demeurant à Paris, voit, au mois de janvier 1907, M. le D" Mayet, pour de petites tumeurs à peu près symétriquement réparties sur les membres supérieurs et surtout pour deux situées au niveau du poignet gauche et qui sont par leur volume à la fais très disgracieuses et très gènantes pour | habillage.

Il n'en existe nulle part ailleurs qu'aux membres supérieurs. Elles sont au nombre de quatorze, disposées de la façon suivante : six du: membre supérieur droit dont une à la région externe du tiers supérieur du bras, une à la région antérieure et moyenne du

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bras, une au pli du coude, trois à la région postérieure de l'avantbras, huit au membre supérieur gauche, six avant à peu près les mêmes localisations que les précédentes et eñ plus deux autres volumineuses à la région antérieure du poignet dont la malade, nous l'avons dit tantôt, vient demander la guérison.

Le volume de ces tumeurs varie entre ceux d’une cerise, d'un marron à celui, comme les tumeurs du poignet, d’une pomme d’api. Leur consistance est élastique, plus ferme pour les petites que pour les grosses. Elles sont bien limitées, n’adhérant pas à la peau qui n’a subi aucune modification : elles sont indolores tant à la pression que spontanément.

Il n’y à aucun trouble apparent de compression : la malade, néanmoins, accuse parfois de légères douleurs irradiées dans tout le membre. ,

Elles ont commencé à se développer du côté gauche alors que la malade avait environ 42-ans.

Celle-ci offre un excellent état général. A noter cependant une obésité assez marquée. Rien de saillant dans son passé pathologique ni dans ses antécédents familiaux. Ménopause à l’âge de 47 ans.

Le Dr Mayet opère les 2 tumeurs du poignet : l'examen histologique des pièces révèle qu’elles sont constituées par du lipome pur circonscrit par une enveloppe celluleuse et élastique.

Actuellement pas de récidive, cicatrication parfaite. Certaines tumeurs ont légèrement augmenté de volume.

Observation XIII ( [/n cas de lipomatose discrète) (inédite, due à l’obligeance de M. le D° Mayet). — Mademoiselle M .., 6L ans, sans profession, habitant Compiègne, est adressée au Docteur Mayet pour une série de petites tumeurs de consistance molle, complètement indolores, facilement mobilisables et siégeant surtout aux membres supérieurs. En effet, on en trouve trois au membre supérieur gauche et cinq au membre supérieur droit. Elles sont ainsi situées : à gauche, une à la face externe du bras et une à la face antérieure de l’avant-bras ; à droite, une à la face externe du bras, deux au pli du coude et deux à la face antérieure de l’avant-bras.

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