‹ Contribution à l'étude de l'alcoolisme en BretagneChapitre 16 sur 26 · ALCOOLISME AIGU · texte numérisé non relu

ALCOOLISME AIGU

Il est heureusement très rare qu'à la suite d’une ivresse passagère volontaire ou accidentelle se produise l'état grave que l’on désigne sous le nom d’alcoolisme aigü ou de delirium tremens fébrile, forme grave du délire alcoolique et qui se termine souvent d’une manière fatale.

Il se présente sous deux formes : l’une où le délire est le symptôme principal, l’autre surtout caractérisée par l'intensité des phénomènes concomitants.

Le délire en général très intense n’est nullement en rapport avec l'intensité de la maladie, parfois il est d'une bénignité trompeuse.

Ce délire consiste en hallucinations changeantes, le plus souvent pénibles et qui ont rapport à la profession de l'individu ou bien ce sont des préoccupations morales extraordinaires, le tout exprimé en phrases hachées, incohérentes, entrecoupées de mots inintelligibles. Lesujet a tellement d’idées à exprimer, idées d’or-

dres les plus divers qu’il ne parvient pas à les traduire

rod

en langage parlé ; il n’a pas le temps en dépit de son extrême volubilité.

L'agitation est incessante ; elle intéresse le corps tout entier, le maladese jetant à droite, à gauche, vers l’endroit supposé d'où lui parviennentses perceptions, imaginaires. La peau est chaude et couverte de sueur, la langue est sèche, le visage rouge, l'œilinjecté. Le pouls accéléré, tantôt est plein et fort et tantôt déprimé. Et la température qui présente un intérêt considérable pour le pronostic oscille entre 39° et 40°. Deux ou trois jours se passent dans cet état. Si la température baisse et que la défervescence coïncide avec une amélioration des autres symptômes, le pronostic est bon.

Si la température au lieu de s’abaisser se maintient à 40°, monte à 41° et que des phénomènes d’adynamie surviennent, le pronostic est des plus graves ; à brève échéance la mort se produira.

C'est ce genre d’alcoolisme aigu, paroxystique même, que les romanciers naturalistes ont décrit, que les auteurs dramatiques ont mis à la scène. Tel le Coupeau de l’Assommoir d'Emile Zola qui termine sa longue odyssée d’ivrogne par une crise d’alcoolisme aigu, mais qui, contrairement à la réalité, raconte son rêve alors que l’alcoolique vit son rève, ses hallucinations,sansles faire connaître à ceux qui l'entourent autrement que par ses

gestes et ses exclamations.

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ALCOOLISME SUBAIGU

L’alcoolisme subaigu se manifeste sous forme de délire onirique sur fonds plus ou moins marqué de confusion mentale.

Altération du sommeil et rèves ; «dans le jour l’alcoolique paraît en état de rêverie »,comme l’a dit Lasègue.

Les hallucinations de la vue sont communes et ont généralement trait à la profession ou bien ont un caractère terrifiant (visions d'animaux, d'incendies, de mort, etc).

Les hallucinations auditives sont moindres et réduites à des phrases chuchotées, des bruits de pas, des cris étouffés, etc.

La phraséologie de l’alcoolique est saccadée, diffuse, incohérente. Francotte de Liège a établi que les délirants toxiques en général ou alcooliques en particulier sont dans un véritable état second, durant lequel ils sont susceptibles d’automatisme somnambulique, allant jusqu’à la fugue dont la conscience et la mémoire se perdent, circonstance importante au point de vue médico-légal. Parfois, le malade tombe dans une forme délirante plus caractérisée, c’est alors qu'apparaissent les idées de persécution, de jalousie, d’auto-accusation, d’auto-dénonciation.

Le malade est maintenant sur la voie des interprétations délirantes et du véritable délire systématisé.

Sous ces influences diverses naissent les impulsions

au suicide, à l’homicide, à l’incendie.

en 00

Alors on peut trouver chez le sujet commesymptômes principaux : céphalée, tremblement et crampes, fourmillements, dyspepsie, analgésie ou hyperesthésie indi. quant les troubles de la sensibilité générale ; enfin apparaissent souvent les accidents convulsifs (hystérie, épilepsie).

Le trait dominant de ce tableau nosologique, c’est la durée faible (quelques jours) de ces troubles. Le malade se calme, tout s’efface peu à peu et il demeure à peine parfois une légère obnubilation avec amnésie de l'accès proprement dit. Un malade interné comme aliéné est alors, aux termes de la loi de juin 1838, guéri et en état de sortir. Mais il n’est pas corrigé. « Qui a bu, boira » dit l’adage et les rechutes sont fatales et fréquentes.

Il faut des mois et des années d'abstention alcoolique et, comme le fait à juste titre remarquer Krafft-Ebing, la réglementation par la loi de mesures spéciales aux buveurs de profession serait amplement justifiée.

M. Jaquet a publié en 1897 une monographie de l’alcoolisme où nous relevons les données statistiques suivantes : k

Sur 2.932 détenus à la prison de Sainte-Pélagie à Paris, Marambal a trouvé 2.109 victimes de l’intempérance ou 72 0/0.

Sur 1.898 condamnés pour vol, escroquerie, abus de ‘ confiance, viol, etc., 1.346 ou 70 0/0 étaient alcooliques.

Sur 415 condamnés pour violences, coups et blessures, meurtre, etc., 366 ou 88 0/0 étaient alcooliques.

Sur 308 cas de réclusion pour attentats aux mœurs,

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