T1TRE I
Dans la première catégorie nous pouvons admettre avec l’éducation morale l’ensemble desmoyens employés par la société pour réfréner l’abus des spiritueux, soit par la répression légale des délinquants, soit par les droits prohibitifs constituant la restriction du droit de vente et de consommation.
Nous avons mis en relief au cours de cette étude la dangereuse propagande faite par le débitant et le fabricant en faveur des produits de consommation alcoolique.
Il est tropjuste de mener une campagne antagoniste.
L'école doit dès l’enfance enseigner à l'enfant le dan-
ger présenté par l’ivrognerie. Nous sommes loin de
We * l’époque où le Spartiate offrait à la risée de l'enfant l’esclave ivre. Les débauches de la décadence grecque et latine ont été flétries par les philosophes les plus réputés ; les satiriques ont fait passer à la postérité les noms des ivrognes fameux. Le Christianisme a repris la lutte ; l’islamisme plus tard y a joint sa prohibition du vin et desliqueurs. Malheureusement les découvertes chimiques n’ont pu qu'accentuer le mal en vulgarisant
les procédés de fabrication. Si François I“ a puni des galères et de mutilations
cruelles les ivrognes, si certains États voisins ont châtié sévèrement l'ivresse, « En France, comme le dit G. Tourdes (Médecine légale de l'alcoolisme, in Dict. de Dechambre), nous n'avons pas aujourd’hui de répression légale de l'ivresse. Peut-être serait-il utile que la loi frappât l'ivresse qui cause un scandale public, car elle n’atteint que les conséquences de la faute. La discipline militaire et navale, les règlements des établissements industriels et commerciaux, des administrations diverses peuvent jusqu'à un certain point mettre un frein aux abus alcooliques. Mais que de mailles et combien larges, à ce filet prohibitif.
C'est l’éducation de la masse qui est à faire.
La famille tout d’abord par ses conseils, ses exemples surtout, l’école par ses enseignements et ses leçons de choses, plus tard les cours d'adultes, puis les conférences régimentaires doivent préparer l’homme à redouter dans l'alcool un dangereux ennemi.
Cet enseignement, bien qu’exercé dans un autre mi-
lieu, ne doit pas manquer à la femme car il faut recon-
ares naître en gémissant que le sexe faible est souvent tenté par les spiritueux. L’affiche murale, le livre à la portée des âges, depuis les contes enfantins jusqu'aux romans épicés de l’auteur en renom peuvent contribuer au bon
combat.
Au point de vue juridique.
Le Droit Canon, les lois d'Allemagne, la constitution de Marie-Thérèse ont admis l’atténuation de la faute du fait de l'ivresse.
En Italie, en Espagne, en Portugal, en Hollande il en est de même.
La loi anglaise est muette à cet égard.
La loi française n’admet pas l'excuse légale de livresse. « Il n’y a ni crime ni délit, lorsque le prévenu était en état de démence au moment de l’action... » dit l’article 64 du Code pénal.
Cette expression générale de « démence » désigne tout état dans lequel la connaissance, le jugement, la volonté sont suspendus. En somme c'est l’aliénation mentale, durable ou temporaire, primitive ou secon- -daire, le délire aussi bien que la folie. Les actes commis sous l'influence des toxines typhiques, des poisons comme la morphine, le datura, le haschich, la belladone trouvent leur excuse. On a pensé que l’alcool-poison pouvait être assimilé dans ses effets.
Briand et Chaudé disent que si la volonté du législateur eût été de placer l'ivresse sur la même ligne que la démence et de la placer au rang des excuses, il l’eût
LL pee
mentionnée comme il a mentionné la démence et la provocation ; son silence révèle la volonté formelle de lui refuser ce caractère : « Le jury nese pose pas la ques-
tion d'ivresse. »
De nombreux arrêts de la Cour de cassation ont main-
tenu cette manière de voir. Mais, dans un procès récent à Rennes, un acquittement surprenant au premier abord a été obtenu en se basant à propos d’une affaire de meurtre sur la démence passagère et l’abstraction de la volonté coupable du meurtrier (doctrine de Chauveau et Faustin Hélie). Le Jury a le droit de reconnaitre l’existence de circonstances atténuantes sans les préciser ; l’ivresse peut trouver place parmi les motifs tacites de cette déclaration.
L'âge, les habitudes antérieures, les circonstances concomitantes, le défaut de motif admissible peuvent amener l’excuse légale, mais en soi l'acte est toujours profondément immoral et condamnable.
Si l’état mental de l’alcoolique subit une modification telle qu’il tombe dans l’égarement habituel, la violence, l’affaiblissement ou le délire caractérisé, c'est l’aliénation mentale proprement dite, et un placement conforme aux prescriptions de la loi de juin 1838 met le.
malade dans-un lieu où il suit un traitement.
Trrre Il
Ce traitement lui-mème peut être constitué de divers
éléments dont la clinique établira les bases.
Médicaments : Chloral.— Par droit d'ancienneté, dit Francotte (Journal de Neurologie, 1896), le chloral mérite d'occuper le premier rang dans la revue des hypnotiques. Les maniaques, les anxieux, les hallucinés, ainsi que l’a dit lé D* Trénel dans son rapport au Congrès des aliénistes et neurologistes (Bruxelles,1903) sont justiciables du chloral et c’est dans le delirium
tremens qu'il agit surtout d’une façon heureuse, il en a
été longtemps le seul médicament.
Il est établi qu'ilne se produit pas d’accoutumance au chloral ; mais il faut souvent l'employer en fractionnant la dose en deux parties, l’employer plus souvent en lavement que par la voie stomacale à cause du délabrement fréquent des voies digestives de l’alcoolisant.
Méthylal. — Nous avons trouvé dans le même ouvrage de Trénel l'indication suivante : Von Krafft-Ebing se loue beaucoup de l’emploi dans l'alcoolisme du méthylal (diméthylate de méthylène) en injection souscutanée à 1/10. Il réussirait mieux que la morphine, mais le tremblement alcoolique serait plus persistant. Mairet et Combemale ne se louent pas autant du méthylal et Marandon de Montyel déclare que l’accoutumance est rapide et que ce médicament ne vaut pas le chloral.
Sulfonal, Trional, Trétonal (classe des Sulfones). — Parmi les médicaments introduits en thérapeutique en 1885 par Kast et Baumann, le sulfonal a été bien étudié par un grand nombre d’expérimentateurs, nota mment les aliénistes Roubinovitch, Mairet, Marandon de
; De Keravel | 4
Montyel.Ce dernier considère le sulfonal comme absolumént dangereux. En tous cas chez les malades dont les reins sont en mauvais état il y a à craindre une intoxication rap'te, avec nécrose du foie, de l'intestin, du myocarde (: épine,in Semaine médicale, 1893).
Toutefois la commodité de son administration est bien nette, il est insipide parce qu’à peu près insoluble: Il a été donné mème à la dose de 7 à 8 grammes en vingt-quatre heures avec succès dans un cas grave de delirium tremens(Beebe, Journal des maladies mentales et nerveuses, 1901). Pour le trional, surtout étudié par Von Mering en 1890, il est considéré comme infiniment moins dangereux que le sulfonal. Nous n'avons pas trouvé d'indication de l'emploi du tétronal, chez les alcooliques ; cependant il agit plus rapidement que le trional et surtout le sulfonal.
La paraldéhyde, polymère de condensation de l’aldéhyde, a été introduite en thérapeutique par Cervello ; elle s’élimine rapidement par l'urine dans le traitement de l'alcoolisme aigu, mais son ingestion est parfois pénible à cause de sa saveur.
Pouchet a découvert la solubilité du trional dans la paraldéhyde et cette association somnifère exalte les vertus des deux nypnotiques : chez les alcooliques, ditil, les résultats ont été excellents. On a pu utiliser le mélange en suppositoires opiacés.
| Opium. — L'opium a été recommandé dans le delirium tremens par les médecins anglais ; Ghislain aussi a trouvé en luiun véritable spécifique, l’'employant sous forme de laudanum de Sydenham (5 gr. pro die). Mais
LE
“sf une réaction s’est produite contre cette médication congestionnante, surtout suivant M. Letulle {Presse médicale, 1890). |
Morphine. — Employée surtout par Krafft-F ‘ny, Voisin, la morphine n’a pas d’avantages sur l’op; m' dans notre cas particulier et il faut toujours en redouter l’accoutumance (morphinomanie). |
Hyoscine, duboisine, scopolamine. — Ces alcaloïdes des solanées vireuses sont des substances très analogues comme composition et comme effets ; ce sont des médicaments à action brutale qu’on a employés soit de manière continue, soit de manière discontinue dans le delirium tremens. Il est préférable de s’en abstenir, vu les opinions divergentes.
On a appelé l’hyoscine « la camisole de force du cerveau, véritable restraint chimique ».
Le chanvre indien a été employé contre le delirium tremens en teinture et mieux en extrait car la teinture est nauséeuse.On a ajouté le bromure sans grand résultat.
Le bromure de potassium, suivant Laborde, s'emploie surtout comme sédatif de l'agitation. C’est surtout dans l’épilepsie et à des doses variables suivant les auteurs, avec ou sans méthode concomitante de déchloruration qu'il est employé.
Après cette succincte revue des médications, nous devons ajouter qu’il est aussi d’autres moyens usités, pour calmer les alcooliques: c’est l’alitement, c'est l'hydrothérapie.
Magnan (Congrès de Marseille, 1899) a spécialement
étudié l’alitement dans l’alcoolisme aigu ou subaigu. Il
LC 'HTRE
préconise d'éviter la vie cellulaire, d'éviter l'obscurité qui se peuple de fantômes et d’hallucinations. Il est rare qu’ainsi traité par l’alitement dans une salle commune l’alcoolisé demeure halluciné plus d’une semaine. Quant aux bains, la plupart des auteurs veulent une température qui oscille de 33° à 35° ou 36° et la durée peut être de plusieurs heures. Le bain froid a été em-. ployé par certains auteurs. (Voir art. de Rousseau dans les Annales médico-psychologiques de 1880, t. IL.) Letulle (Presse médicale, 1896, 1899 Bainsfroids dans le delirium tremens) a employé le bain à 18 ; ilya d’abord une agitation extrême, il faut maintenir l’alcoolique au bain ; tout à coup, entre six à douze minutes comme par un coup de théâtre, le délire cesse, cela tient du merveilleux. Mais la réfrigération peut parfois devenir extrême si l’on attend trop l'effet sédatif. Les rechutes de délire, la hausse de la température traitée par un nombre variable de bains cessent dans les quarante-huit heures et l’état général s'améliore. Ces procédés sont peut-être d’une grande complication et les méthodes anciennes sont toujours préférables. L’alcoolique calmé, — nousl’admettons tel — présente des modifications de la santé générale. IL faut réveiller son appétit, soigner sa dyspepsie, soulager son foie congestionné, laver ses reins. Le régime lacté, les tisanes, puis les toniques amers non alcooliques seront indiqués. L'arsenie comme reconstituant, le quinquina devront être prescrits. Le cœur sera soutenu par les préparations à base de strychnine. L'alimentation
sera réconfortante. Les injections de sérum artificiel
2 fn de Hayem ont été employées par divers auteurs. Le D° Cullerre en 1899 a publié dans le Progrès médical un mémoire avec observations sur la transfusion séreuse
sous-cutanée dans les psychoses aiguës avec auto-intoxi-
cation. Il a obtenu des résultats dans des cas d’alcoo-
lisme. Le D' Jacquin en 1900 a publié dans les Annales médico-psychologiques une étude très documentée avec observations de cure d’alcooliques par les injections de sérum de Hayem. Faure de Lyon (Thèse 1900), Buvat(Thèse, 1901), Warbasse(Semaine médicale 1901) rapportent un cas de guérison rapide d’un sujet atteint de delirium tremens et réduit à la dernière ex: trémité, par le sérum artificiel. Il est parfois utile d’y ajouter de la caféine. Le lavage du sang pratiqué, larga manu, raffermit l'organisme en le débarrassant du poi-
son-alcool.
Z061 4 19729 ua ayquent) LA
AHLNISAV