CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES
L'alcoolisme tel qu’on l’observe en Ille-et-Vilaine relève à la fois de conditions générales et que l’on rencontre partout, et de conditions spéciales dues aux usages locaux, même aux préjugés qui revêtent un certain caractère particulier du fait de la mentalité des habitants du département. En première ligne nous citerons les abus causés par le privilège des bouilleurs de cru. Il n’est guère de commune importante où l’on n’en rencontre plusieurs et à la table du paysan comme à celle de l’ouvrier rural figure à la place d'honneur la bouteille d'alcool fabriqué avec le marc des pommes qui ont servi à faire le cidre ou avec ce même cidre devenu trop vieux et désagréable à boire « parce qu'il est dur ». |
La loi autorise la distillation familiale de 20 litres tirés de la récolte sans payer de droits ; c’est une quantité exagérée vu le nombre restreint des membres d'une mème famille. Les familles nombreuses deviennent assez rares partout et souvent les 20 litres annuels se répartissent entre quatre personnes. Nous
arrivons à une quantité de à litres pour chacun sans
cprinà
compter les suppléments ; il faudrait être bien naïf pour croire que ces 20 litres accordés, que ce privilège n’ouvre pas les portes toutes grandes à la fraude d'autant plus que les droits sont élevés pour l'alcool déclaré ; vraiment la tentation est trop forte et le privilège, même restreint à ces 20 litres au lieu de 40 (ce qui n'est.qu'une demi-mesure) présente tous les inconvé- nients de la libre fabrication sans avoir l’avantage de remplir les caisses du fise, le contrôle étant des plus malaisés. On dépasse la quantité permise trop souvent et comme le bonheur ne rend pas égoïste, on fait part de l’aubaine à ses amis pour faire disparaitre le sur* plus de ce que l’on a fabriqué.
Pourquoi maintenir ce privilège ? Au nomde la liberté que chacun a d'employer à ce que bon lui semble les produits qu’il a récoltés ? Mais alors pourquoi le monopole des tabacs, le monopole des allumettes, le monopole des matières explosives ? Tout le monde peut cultiver le tabac, fabriquer des allumettes et des matières explosives sans le contrôle de l’Etat, la culture ou leur fabrication n’en seront certainement pas moins bonnes. Quant à la santé ou à la sécurité publique tant de fois invoquées pour établir et maintenir ces monopoles, il est permis de se demander pourquoi ces raisons jugées très bonnes et très valables pour le tabac, les allumettes et les matières explosives cesseraient de l'être quand il s’agit de l'alcool dont la consommation toujours croissante nuit à la santé publique et à l'ordre social, fait dont la constatation est devenue banale tant
il est notoire,
Aux produits fabriqués par les bouilleurs de eru vient s'ajouter l'alcool industriel dont le bas prix le met à la portée de toutes les bourses et qui avec les moyens de communications et de transports faciles que nous possédons maintenant vient remplacer l'alcool des bouilleurs de cru les années où la récolte des pommes est particulièrement mauvaise ce qui empêche un relèvement des prix des boissons spiritueuses et permet de continuer l’intoxication si biencommencée avec l’al- Poul des bouilleurs de cru.
L'alcool consommé est fourni par les céréales, la betterave, etc...
En 1850 la France importait 5.555 hectolitres. © En 1898 nous avons fait venir de l'étranger 133.980 hectolitres évalués en alcool pur.
En 1850 les liqueurs importées se chiffraient par 99 hectolitres.
Et en 1898 elles s'élèvent à 1.370 hectolitres.
Parallèlement nos exportations ont considérablement diminué de 284.071 hectolitres en 1850, nous descendons à 25.783 en 1898.
Comparativement l'Allemagne qui produisait 3 millions 058.025 hectolitres en 1887, a élevé seulement sa production à 3.287.890 hectolitres en 1898 (1).
Que dire des cabarets qui jalonnent nos routes départementales et dont le nombre vasans cesse grandissant? Voit-on une maisonse bâtir au bord d’un chemin
en pleine campagne, il y a deux chances sur trois pour