‹ Contribution à l'étude de l'anatomie pathologique de la démence précoceChapitre 23 sur 30 · DÉDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES · texte numérisé non relu

DÉDUCTIONS THÉRAPEUTIQUES

Nous avons vu que la destruction des prolongements cellulaires du neurone était un fait considérable dans l’ensemble des lésions de la démence précoce. Sans diseuter la valeur des différentes théories sur la connexion des cellules nerveuses, nous ferons remarquer que la destruction de ces prolongements détruit toute liaison entre les neurones et crée l'autonomie cellulaire. Plus les fonctions de l'écorce sont délicates, plus l'abondance des épines des prolongements dendritiques est grande, et plus ces prolongements sont multiples et flexueux ; leur nombre s'accroît en proportion des fonctions de l'écorce. Dans la démence, qui est l’affaiblissement continu et finalement la perte des facultés intellectuelles, «ces arborisations et ces épines vont en s'amoindrissant et se détruisent suivant une loi correspondante de régres-

EN sion avant le corps cellulaire, de telle sorte que la démence est en évolution parallèle avec la destruction de ces mêmes dendrites dont l'abondance et la multiplicité de connexions avaient marqué le développement progressif des facullés supérieures » (Klippel).

Peut-on croire que les lésions soient curables lorsque le neurone est isolé des autres neurones par suite de la destruction de ses prolongements, déformé, altéré dans sa struclure, transformé en un mot en cadavre cellulaire, eltend à s’altérer davantage d’une façon continue ? Peut-on espérer rendre la vie à ce cadavre ? ou du moins enrayer la progression des lésions? Beaucoup d'auteurs pourtant croient à la curabilité de la démence précoce. On peut nous objecter que les cas de guérison signalés ont été observés sur des malades qui n'avaient pas atteint la période de démence profonde, et chez lesquels, par conséquent, les lésions du neurone n'auraient pas été complètes. L'on est en droit de se demander si ces guérisons méritent vraiment ce nom.

Les rémissions sont fréquentes dans la démence précoce el parfois fort longues, il est facile de prendre une rémission pour une guérison. Mais, en admettant que celle-ci soit possible, l’on ne peut nier qu’elle soit incomplète. Peut-on admettre qu'il ÿ a guérison dans le cas où l'état psychique du sujet s'est amélioré, où les symplômes bruyants ont disparu ? Dans ces prétendus cas de guérison, le capilal intellectuel du malade n'est plus ce qu’il était avant la maladie, et même il ne peut non seulement s’accroitre, mais être récupéré. Le déficit psychique est d'autant plus frappant que le malade a été d’un niveau intellectuel élevé. Il est devenu indifférent, il perd son amour-propre, la notion du bien et du mal: en un mot, son affeclivité est réduite. Il est devenuirri-

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table, excitable, sa volonté est diminuée. Ces guérisons relatives sont rares et fréquemment suivies de récidives aboutissant finalement à la démence profonde. Ces cas peuvent être expliqués par un arrêt dans l’évolution des lésions encore peu marquées dont le début est encore relativement récent et dont l'évolution dépend d'une auto-intoxication qui, pour une cause ou pour une autre fauto-intoxication de la puberté, etc.), a pu régresser avant la destruction complète des prolongements cellulaires.

La démence précoce est de toutes les psychoses curables celle qui comporte, réduite à elle-même, l’amélioration la moins complète. Aussi admettrons-nous que l’on peut constater seulement dans cette psychose de grandes améliorations dans l'état d'un sujet, suivies d’un état de déficit psychique considérable.

Si l'on fait entrer avec certains auteurs les psychoses Loxi-infectieuses à forme catatonique, hébéphrénique ou paranoïde dans le cadre de la démence précoce, l'on aurait quelque chance de constater des guérisons comportant toujours, il est vrai, un certain déficit psychique, mais pouvant légitimer ce terme de guérison.

Ces améliorations dénotent un arrêt parfois extrèmement long dans l'évolution des lésions de la démence précoce ; mais la nature elle-même de ces altérations ne peut admettre l'idée de régression, par suite, de guérison, à moins de donner à ce terme un sens extrèmement large.

L'on peut, malgré tout, essayer d'enrayer l’action de la cause pathogène. C’est en songeant à l'existence d’une auto-intoxication glandulaire que l’on a essayé l’opothérapie. Si la démence précoce est due à des troubles des glandes à sécrétion interne et des glandes génitales, l'on

PA AS peut arriver à enrayer l’évolution des lésions. Mais l’opothérapie a une action très inégale; ce mode de traitement peut être actif, inutile ou nuisible, car il est facile de faire fausse route.

C'est sans résultat bien appréciable que l'on a essayé les sérums antistreptococciques et antistaphylococciques; l’on n'a pas retiré non plus tous les avantages que l'on attendait de l'emploi du nucléinate de soude, mode de traitement dont les résultats ont été extrémement variables.

Dans les cas de démence précoce où les symptômes cliniques sont peu alarmants, on peut obtenir quelques avantages à soutenir le système nerveux par l’hydrothérapie judicieusement employée, par le fer, l’arsenic, les phosphates, en employant comme antiseptique général la quinine. Le traitement symptomatique peut avoir quelque utilité.

Si l’on peut espérer enrayer l'évolution des altérations de la démence précoce, l’on peut songer à les prévenir. Le traitement préventif de la démence précoce est celui de toutes les psychoses. On doit tâcher de remédier à l’état de résistance fonctionnelle moindre du cerveau des tarés dans leur ascendance. Ce traitement préventif consiste à appliquer les règles de l'hygiène et d’une éducation raisonnable. 1l est certain que les prédisposés doivent être bien plus surveillés que les enfants normaux. L'hygiène scolaire doit être particulièrement rigoureuse. Il faudrait éviter de fatiguer l'esprit des enfants, ne pas leur imposer un travail au-dessus de leurs forces, ne pas les « pousser » par vanité. Si au moment de l’évolution pubérale un enfant présente du malaise, de la fatigue à apprendre, on évitera la transformation possible d'un trouble fonctionnel en trouble organique, en

SE y 1t MER faisant pratiquer le repos intellectuel. Il faudrait donner à l'adolescent le milieu le plus approprié à sa constitution, et surtout ne pas combattre l'épuisement intellectuel par des exercices faligants et ne pas pratiquer l'hydrothérapie à contretemps. La jeunesse étant l’âge des passions vives, on doit apprendre aux adolescents à refréner leur colère, à résister aux tentations (masturbation, alcool, tabac); on tächera de modérer l'orgueil, de ménager la sensibilité et de ne pas donner, à ce sujet, aux enfants nerveux ou peureux des leçons trop fortes et trop précoces. En un mot, on doit tâcher de faire franchir la redoutable étape de la puberté avec Île moins de risques possible. On ne devra pas hésiter à pratiquer le changement de milieu, l'éloignement de la famille. On devra éviter le service militaire aux tarés.

Il faut surveiller l’anémie de la puberté, la convalescence des maladies de l'enfance et de la jeunesse. Bref, on doit toujours pratiquer un {railemeni préventif moral avec adjonction de toniques et de reconstituants.

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