DIFFÉRENTS ANESTHÉSIQUES LOCAUX
Dipinum est opus sedare dolorem.
(HiPPOGRATE.)
Dans l’histoire de la médecine, l’un des chapitres les plus intéressants est celui qui relate les efforts de l’homme pour calmer ou diminuer la douleur. 11 faut remonter très avant dans les annales de la chirurgie pour y retrouver la genèse de l’anesthésie en général. Aussi anciens que les essais d’insensibiliser le patient par l’absorption d’extraits de plantes narcotiques sont les essais d’anesthésier localement les plaies et les régions sur lesquelles on voulait intervenir.
Les Égyptiens atténuaient les douleurs des malades en appliquant sur leurs téguments de la graisse ou de la peau de crocodile desséchée et pulvérisée. Les guerriers et les chirurgiens de l’époque homérique, Hélène elle-même, savaient employer des préparations végétales qui tendaient à calmer la douleur. La compression des troncs nerveux à l’aide de pelotes et de bandages remonte également à la plus haute antiquité : on diminuait ainsi la sensibilité d’un membre qu’on voulait amputer en même temps qu'on réduisait notablement la perte de sang pendant l'opération. Puis l’opium, le haschisch, la mandragore, l’alcool et d’autres substances encore furent employés afin d'obtenir une certaine anesthésie.
Ce fut au milieu du xvit siècle que Thomas Bartholimus eut l’idée d’employer le froid pour éliminer la sensibilité locale. Ce procédé lui avait été suggéré par son maitre, l’anatomiste napolitain Marco Aurelio Severino. Trois siècles plus tard, cette idée fut reprise par J. Hunter, qui constatait que les oreilles des lapins devenaient insensibles après leur avoir fait subir l’action du froid pendant un certain temps. Larrey, le médecin chef de l’armée napoléonienne, raconte que les amputations qu'il fit sur le champ de bataille d’'Eylau, en février 1807, étaient indolores. Le thermomètre accusait alors 190 au-dessous de zéro. Un autre médecin militaire de la même
époque, Moricheau-Beaupré, rappelle les effets sédatifs du froid pendant la campagne de Russie.
En 1789, le chimiste Humphrey Davy découvrit l'effet anesthésiant du protoxyde d’azote. Le dentiste Horace Wells Pessaya systématiquement en 1844, sans grand succès ni retentissement. Cependant l’anesthésie générale était née, et, les découvertes aidant, elle allait faire de rapides progrès.
En 1846, l’éther sulfurique fut introduit dans la pratique par Jackson et Morton. Son usage se répandit rapidement dans le monde. Le chloroforme découvert par Soubeyran et essayé en 1847 par Flourens et J.-J. Simpson eut le même succès, et les partisans de Pun ou de l’autre de ces agents commencèrent sur leurs mérites respectifs une discussion qui se prolonge encore.
Mais déjà les expérimentateurs se rendent compte que l’anesthésie générale n’est pas un mode d’anesthésie exempt d’accidents. Quoique les perfectionnements de la technique, l'emploi de masques et de mélanges titrés aient diminué considérablement les risques, il n’en reste pas moins vrai que le problème du shock, les nausées succédant à l’anesthésie, les complications pulmonaires et surtout les lésions dégénératives des organes d’élimination restent des dangers dont on est obligé de tenir compte.
Plus nombreux et plus graves sont les inconvénients, que l’on peut appeler moraux, de l’anesthésie générale : la perte de connaissance qui impressionne désagréablement le malade ; la présence d’un aide plus ou moins expérimenté qui gêne parfois l’acte du chirurgien (c’est le cas dans les interventions de la face) et auquel celuici est forcé de laisser une part de responsabilité qui est parfois la plus grande.
Aussi comprend-on que l’anesthésie locale ait joui dès son apparition et continue encore de jouir d’une vogue bien méritée.
Cocaïne.
La cocaïne est extraite des feuilles d’un arbuste : l’Erythroxylon coca où cocalier. C’est un alcaloïde « éther méthylique de l'acide cocayl-benzovl-oxypropionique », qu’on désigne sous le nom de eméthyl-benzoyl-ecgonine ». Wackenroder, en 1852, et Gædeke, en 1854, isolérent un produit cristallisé qu'ils prirent à tort pour la substance active du cocalier : celle-ci ne fut découverte qu’en 1857 par Maclagan. En 1859, Nieman la retrouve de son côté et la signale