CHAPITRE IV
RÉSULTATS DE L'ANESTHÉSIE OBiENUE
1° Marche des phénomènes aresthésiques.
Le début de l'anesthésie complète est variable avec le siége de l'injection. A près l'injection au point dorso- lombaire, l'anesthésie est relativement lente à se produire ; ordinairement elle n’est parfaite qu’au bout d'un laps de temps qui varie de 5 à 10 minutes. Cette lenteur relative est dûe pour M. Jonnesco au peu de diffusibilité de la solution, fait dû à sa densité plus grande que celle du liquide céphalo-rachidien.
Après l'injection dorsale supérieure, l’anesthésie est parfaite au bout de 3 à 5 minutes, rarement plus, ceci s'expliquent, toujours d'aprés M. JoNNESCo, par la diffusibilité plus grande de la solution,à densité moindre que celle
du liquide céphalo rachidien.
Sur les soixante-neuf observations de rachistrychnostovaïnisation que nous avons réunies, on note 0 fois l’absence d'anesthésie ou son insuffisance telle qu'il a fallu recourir à l’anesthésie par inhalation.
Nous notons neuf fois l'existence d'une anesthésie
incomplète, mais suffisante toutefois pour avoir pu permettre de terminer l'intérvention dans de bonnes conditions, sur ces neuf anesthésies incomplètes, deux cas sont relatifs à l’'ablation de tumeur du sein ; dans l’un, la ponction fut faite entre la 7° et 8° dorsale et on n'utilisa pas la position de Trendelenburg ; dans l'autre la ponction fut faite vers le 8 ou 9° espace et le malade mis en trendelenburg pendant 3minutes. Dans ce cas la technique préconisée par M.Jonnesco ne fut donc pas rigoureusement appliquée et l'insuccès obtenu n'est donc que relatif.
Restent donc cinquante-cinq cas sur soixante-neuf dans lesquels l'anesthésie fut complète soit une proportion de quatre-vingt cas pour cent environ. Il est à noter que l'anesthésie est en général beaucoup plus complète pour la paroi et. pour les muscles que pour les viscères. Ceux-ci en effet conservent le plus souvent une sensibilité obtuse incompléte, mais qui semble se réveiller et se manifester surtout à l'occasion des tractions opérées sur ces divers viscères. Ce phénomène semble dù à une action moins complète de la solution anesthésiante sur le système nerveux sympathique.
En somme, on peut dire que dans 20 0/0 des cas l’anesthésie est resté insuffisante. Cette proportion assez considérable d'échecs semble devoir constituer une assez grosse critique à adresser à la méthode de M. JonxeEsco. Mais nous nous empressons d'ajouter que dans la majorité de ces cas, les échecs nous semblent devoir être imputés à des erreurs ou à des défauts de technique.
La rachistrychnostovaïnisation d’ailleurs est encore une
méthode anesthésique trop nouvelle pour qu'on-ne puisse
espérer la perfectionner encore et obtenir en l'employant de meilleurs résultats.
Nousne pouvons terminer l'exposé de ces constatations sans essayer d'interpréter les cas où il y a absence totale d'anesthésie. La question de l'idiosyncrasie qui est mise en avant par divers auteurs ne nous semble pas expliquer suffisamment ces faits. S'il est facile de concevoir que certains sujets soient plus ou moins sensibles à l’action de la stovaïne, soit de par leur constitution organique, soit en raison d'une intoxication chronique comme léthylisme en particulier, il n'en reste pas moins qu'il est inadmisible que chez certains individus, la stovaïne reste absolument sans action et qu'aprés l'injection rachidienne d'une dose moyenne ou même élevée de la solution habituelle, on ne constate chez eux aucune trace d'anesthésie. ‘Il faut donc invoquer pour expliquer ces faits une autre pathogénie.A vec M. Jonnesco nous croyons qu'il faut penser avant tout à la possibilité d'un défaut de tehnique. Le moindre mouvement du malade, la ponction faite et l'écoulement du liquide céphalo rachidien ayant été constaté, peut suffire à provoquer un déplacement de la pointe de l'aiguille suffisant pour la faire sortir du sac arachnoïdien, ce qui aura pour conséquence de laisser passer la solution anesthésique en dehors de sac. D'autre part, alors même que le malade ne fait aucun mouvement, il est possible que le biseau de l'aiguille, surtout lorsqu'il est un peu long se trouve en partie à l'intérieur du sac arachnoïdien, en partie en dehors de lui, cette disposition pouvant toutefois permettre l'écoulement du liquide, et en particulier son écoulement goutte à goutte.
Il en résulte qu'en pratiquant l'injection dans ces
conditions, une partie de la solution pénètre bien dans le sac arachnoïdien, tandis qu’une autre partie plus ou moins importante diffuse au dehors. Ces faits très plausibles nous paraissentexpliquer d’une façon beaucoup plus tangible que l'hypothése de l'idiosyncrasie les cas où aprés une injection: a paru se faire normalement, on est très étonné de constater l'absence de phénomènes anesthésiques. Il y a lieu dans ces cas de pratiquerune nouvelle ponction et de préférence
à un niveau différent.
M. le D' HazMAGRAND propose pour obvier à cet inci-
dent possible d'avoir toujours recours à la manœuvre
suivante : la ponction faite et l'écoulement du liquide
cépbalo-rachidien ayant été constaté, il adapte à l'aiguille
la seringue chargée de la solution anesthésiante et avant
de pousser l'injection, il aspire pour faire pénétrer dans le corps de la seringue une petite quantité de liquide céphalorachidien et s'assurer ainsi que la pointe de l'aiguille est toujours en bonne place. Mais dans le cas de la 2° hypothèse que nous avons envisagée, celle où le biseau de l'aiguille est à cheval sur l'une des parois du sac qu'il embroche, l'épreuve ci-dessus pourra rester positive et le chirurgien injectera hors du sac une partie plus ou moins
importante de la solution anesthésiante.
Les phénomènes par lesquels l'anestésie s'installe, sont assez diversement décrits et interprêtés par les malades, suivant les variations de leur constitution ‘psychique. Mais nous empruntons une partie de la description qui va
suivre à l'intéressante auto-observation publiée par le
D: ArexanDRe Fzaïcou, de Jassy (Roumanie) (4), qui le
23 septembre 1909, sous anesthésie par la rachistrychnostovaine pratiquée par la méthode de M. JonNesco, s'opèra lui-même, avecun remarquable sans-froid, d'une hernie inguinale gauche et assisté d'un seul aide, sut mener à bonne fin cette audacieuse auto opération.
Les malades rachianesthésies commencent par accuser en général, dès { minute après l'injection, une sensation agréable et étrange, difficile à analyser, qui se propage du bassin vers les membres inférieurs. Ils sentent qu'ils ne sentent plus, pourrait-on dire. Cette sensation agréable ne saurait mieux étre comparée, d'après le D'Fzaïcou, qu à une sensation de repos, de relâchement musculaire. Les malades accusent encore une sensation de fourmillement, qui traduit le début des phénomènes parétiques, accompagnée d'une sensation de chaleur, surtout au niveau des pieds et en particulier à la plante. L'engourdissement progresse du haut vers le bas, ce qui est parfaitement logique, puis la sensation de chaleur fait place à une sensation de fraicheur non désagréable.
Au bout de 3 à 4 minutes, la contraction volontaire des sphinecter et des muscles perinéaux devient difficile puis impossible. En même temps la motilité commence à disparaître au niveau des membres inférieurs qui deviennent lourds sans que pour cela le sujet pérçoivé aucune sensation douloureuse. Cet engourdissement va croissant et
est peu à peu remplacé insensiblement par l’anesthésie.
(4) ALEXANDRE FzaAïcou. Auto-observation d’une opération de hernie sous la rachistrychnostovaïinisation. Presse Médicale. 1911, n° 12, pages 105 et suivantes. sk