CHAPITRE PREMIER
La famille des Solanées fournit à la matière médicale un certain nombre de plantes douées de propriétés physiologiques el thérapeutiques très voisines. Ces propriétés sont dues à la présence d'un certain nombre d’alcaloïdes jouissant de la propriété de déterminer la mvydriase. Ce sont les solanées mydriatiques.
Le nombre des alcaloïdes mydriatiques était, 11 y a quelques années, plus considérable : qu'aujourd'hui. Chaque plante fournissant, outre l'atropine et l’hyosciamine, un ou plusieurs alcaloïdes particuhers : les feuilles et les racines de belladone fournissaient Fatropine et l’hyosciamine : la Jusquiame donnait en outre de ces deux alcaloïdes, l'hyoscine ; du datura on extravait la daturme ; de la mandragore, la mandragorine : du duboisia, la duboisine : enfin, de différents scopolia, l'atropine, l'hyosciamine et la scopolamine.
Les travaux de ces dernières années ont démontré
Que la daturine est un mélange d'hyosciamine et d’atropine : que la mandragorine élait identique à lhyosciamine que la duboisine, enfin, qui était vendue à des prix exorbitants, comme d'ailleurs la daturine et la mandragorine, était un mélange encore plus complexe d'hyosciamine, d'hyoscime, . de pseudohyosciamine.
Quant à la scopolamine, tandis que quelques auteurs l’iden- Hifient à l'hyoscine, d'autres, et parmi eux Merck et Gérard, lui accordent une individualité propre. |
Pour augmenter encore la confusion qui n'a pas manqué de s'établir entre ces différents alcaloïdes jouissant de pro- - priétés physiologiques el mème chimiques si voisines, les produits commerciaux sont presque loujours très impurs, il arrive même souvent que l'alcaloïde dont le produit porte le nom, ne représente qu'une faible portion de la masse totale. En outre, ils ne sont jamais accompagnés de l'indication de la plante qui ies à lournis.
De cette confusion, il résulte que des incertitudes, souvent même des erreurs, ont entaché l’expérimentalion de ces alcaloïdes. à
Nous croyons donc devoir établir avec quelque précision l'identité du produit qui a servi de base à nos recherches nous utiliserons dans ce but les travaux de MM. Merck et Gérard (1). -
Sous le nom d'hyoseiamine amorphe on trouve dans le commerce un mélange d'alcaloïdes duquel Ladenburg à isolé une substance qu'il nomme hyoseine et à laquelle il as-. signe la formule CF H°* AZ O5. |
L'hyoscine de Ladenburg serait donc un isomère de latropine et de lhyoséiamime.
De son côté Schmidt avait extrait du scopolia atropoides une substance jouissant de propriétés mydriatiques, qu'il avait nommée scopolamine. I} ui attribuait la formule CHHAPEA7-ON
O. Hesse, reprenant ces travaux, vint affirmer l'identité de l'hyoscine extraite de la jusquiame par Ladenburg et de la scopolamine extraite du scopolia atropoïdes par Schmidt.
Pour éviter toute confusion, Merck nomme hvoscine l'a’. calcide fourni par la jusquiame et réserve le nom de scopolamine à celui que donnent certains scopola.
(1) Pharmaceutical journal (4, p. 41, 1897)
OR
D ailleurs, c'est inutilement que cet auteur a recherché un ‘alcaloiée répondant à la formule C1" H% Az O: et jouissant des propriétés physiologiques attribuées par Ladenburg à son hyoscine ; el cependant des quantités considérables de matières premières ont été traitées dans ce but, portant sur de nombreuses solanées, belladone, jusquiame, duboisia, datura, scopolia.
Il n’en a pas davantage trouvé trace dans les résidus de la préparation de l’atropine de 100.000 kgs de racine de belladone.
Ces résultats négatifs permettent de conclure que l'hyoscine de Ladenburg n'existe pas en tant qu'espèce chimique. Le produit jouissant des propriétés signalées par Ladenburg répond à la formule C7 H* Az Of: c'est la scopolamine de Schmidt et l’hyoscine de O. Hesse.
Y a-t-il identité entre ces deux substances ? En réalité dans les deux cas on se lrouve encore en présence d'un mélange de deux alcaloïdes.
Schmidt et O. Hesse, poursuivant parallèlement leurs travaux, arrivent tous deux à reconnaître que les produits commerciaux livrés sous le nom de scopolamine et d’hyoscine ont un pouvoir rotatoire variable. Scopolamine d’une part et hyoscine d'autre part, sont mélangées à des quantités variables d’un autre alcaloïde inactif sur la lumière polarisée ; mais, tandis que O. Hesse extrait l’atroscine de l’hyoscine, de la jusquiame, Schmidt retire de la scopolamine du scopolia une deuxième scopolamine inactive. |
L'atroscine est-elle identique à la scopolamine inactive ? La question ne paraît pas encore résolue d’une façon définitive, car les opinions des physiologistes et des autorités médicales sont partagées.
Suivant le docteur Kônigshofer, l’atroscine possède même pouvoir mydriatique que l’atropine et la scopolamine active ;
mais pour la paralysie de l'accomimodalion, l'atroseine a une action plus prompte et plus durable.
Au contraire, les docteurs Uithoff et Axenfeld prétendent que les expériences physiologiques entreprises comparativement avec un sel de scopolamine à pouvoir rotatoire élevé (a, — 25°43) el un sel à pouvoir rotaloire faible (4, — 662) beaucoup plus riche par conséquent en scopolamine inactive sur la lumière polarisée, ils n'ont trouvé aucune différence dans les effets physiologiques produits.
Il faudrait done en conclure, qu'au moins physiclogiquement, atroscine et scopolamine inactive ne sont pas identiques.
Et de plus, lhyoscine pure retirée de la jusquiame par Merck est différente de la scopolaminé pure extraite par le même auteur de 10.000 kgs de racines de scopolia atropoides car la première a toujours un pouvoir rotatoire presque iInvariable compris entre — 24° et — 25°, tandis que la seconde a comme pouvoir rotatoire — 13°.
Dans les études physiologiques entreprises à propos de la scopolamine, on a beaucoup trop négligé ces considérations. Quant à nous, nous avons employé uniquement la stopolamine pure de la maison Merck, extraite du scopolia atropoïdes, ayant pout pouvoir rotatoire —- 13° et répondant à la formule CH Of.
Cette scopolamine ne peut être confondue avec la scopolme glucoside qui se trouve dans le scopolia hladnikiana, à côté de l'hyosciamine, de l’atropine et de la scopolamine ; pas plus qu'avec le produit de dédoublement de ce glucoside, la scopolétine.
La scopolamine a été rencontrée, non seulement dans le scopolia atropoïdes, mais encore dans Île scopolia japonica, étudié en Angleterre par Langaard. Elle fait défaut dans le
ot scopolia carniolica (travaux de MM. Dunstan et Chasson,
Ramson, elc..:).
Préparalion de la scopolamine. (Procédé O. Hesse) (1) -- Industriellement la scopolamine est extraite du scopolia atropoiïdes dans lequel elle accompagne l'hyosciamine et l’atroscine. ‘
La racine pulvérisée est humectée au moyen d’une solution de CO K2. On enlève les alcaloïdes au moyen de léther bouillant et la solution éthérée agitée avec HCI dilué, pour former les sels d'alcaloïdes correspondants. Ceux-ci passent dans la solution aqueuse. On remet en liberté les bases alcaloïdes au moyen du chloroforme ; on distille ce chloroforme el on fait cristalliser le résidu dans léther. Il se dépose d’abord surtout de Fhyosciamine, tandis que latroscine et la scopolamine se concentrent dans les eaux mères. On fait passer celles-ci à l'état de bromhydrale, en ajoutant HBr jusqu’à neulr'alité.
La solution de bromhydrate oblenue est brunâtre. On la décolore au moyen du noir animal, on la concentre par évaporalion à un.très faible volume et on fait cristalliser au voisinage de 0°. L'atroscine cristallise la première. On achève la purification en répèlant les cristallisations.
La scopolamine se présente en cristaux transparents peu solubles dans l’eau, très solubles dans l’éther, l'alcool, le chlorolorme et dans les acides étendus. Elle fond à 59° en un liquide qui ne cristallise pas par relrodissement.
Exposée à l'air sec, elle se transforme en une masse vitreuse non cristallisable.
Traitée par l’eau de baryte, elle se dédouble en acide atropique et en une base, la scopoline.
(4) Apotheker Zeitung. 6 X, p. 187.