LA: SCOPOLAMINE-EN ANESTHESIE
La scopolamine, après avoir élé employée en médecine, où elle a eu peu de partisans, est rapidement tombée dans l'oubli.
Ce n'est qu'en 1900 que Schnerlerlin la fit estrer dans le domaine chirurgical, où 11 l'employa comme anesthésique général. Elle fut successivement expérimentée par Korff, Bumke, Blos et Witzel, qui furent ses seuls partisans.
Trois ans plus tard, sous l'impulsion de Korff, la méthode se propagea en Allemagne el fit beaucoup d'adeptes, parmi lesquels Hartog, Flataus Wild, Bloch, Volkman, Israël, Ziffer, Von Stenbüche. En 1904 les: propriétés chimiques et physiques de la scopolamine furent étudiées par Kollitsch dans sa thèse sur les alcaloïdes des solanées vireuses, soutenue à Paris.
Le mois de décembre 1904 marque l'entrée de la méthode en France, où elle fut essayée pour la première fois par MM. Desjardins et Terrier, qui communiquèrent leurs résultats à la Société de chirurgie de Paris.
D'autres chirurgiens français entreprirent des expérimentalions ; ce sont MM. Walther, Defontaine (du Creusot), Mo- nod,.
Enfin, au mois de mai dernier, notre maître M. le docteur
Sabadint commença Fessat de la scopolamine à l'hôpital ei-
AL: 0e 5 VS YVES PE
vil de Mustapha (Alger). Le 13 octobre nous entreprimes avec M.:le docteur Cochez une nouvelle série d'expériences.
Les cas publiés jusqu'à présent sont les suivants
Cas allemands.
—Korff, 200 cas : Blos, 105 cas : Flataui, 30 cas ; Witzel, 3 cas : Wild, 7 cas : Stolz, 5 cas : Grewesen, 69 cas : Hartog, 93 cas ; Volkman, 20 cas : Bloch, 300 cas : [Sraël, 332 cas: Ziffer, 64 cas.
Cas français. — Desjardins et Terrier, 53 cas ; Walther, l2 cas ; Defontaines, 30 cas : Monod, 5 cas : Sabadini (Alger), 20scas": Cochez (Alger), 5-cas.
Nous savons, d'autre part, que plusieurs essais d'anesthésie scopo-morphinique ont été faits dans plusieurs hôpitaux de
France el suivis de bons résultats.
Technique. = Les procédés d'anesthésie par la scopolamine, de même que les solutions employées, varient avec les chirurgiens qui les préconisent.
La technique consiste à faire une, deux ou trois injections hypodermiques de la solution à employer selon les divers procédés.
L'injection se fait sous la peau aseplisée, à l'aide d'une seringue de Pravaz slérilisée, comme cela a heu pour les injections de morphine ou de cacodylate de soude.
C'est là un des avantages de la méthode : la simplicité de la technique.
La solution à employer doit êlre fraichement préparée, car les solutions anciennes allérées, provoquent des vomIsse-
ments.
Technique d'Israël. — Israël effectue une Imiection souscutanée de 8/10 de milligramme de scopolamine et de deux centigrammes de chlorhydrate de morphine, deux heures
avant l'intervention.
lechnique de Dirk. Dirk fait deux injections
Première injection, de 12 nuligr. de bromhydrate de scopolomine : L'centigr, 2 de chlorhydrale äe morphine deux heures avant lopéralon.
Seconde injection de 1/2 millier. de bromhydrate de scopolaine : ! centigr. seulement de morphine faite une heure après la première injection : soit en tout un milligramme de scopolamine el deux centigrammes et demi de chlorhvrate
de morphine.
Fechnique de Zijjfer. Ce chirurgien emploie une solution contenant un centigramme de morphine et un demi-milligramme de bromhvarale de scopoiamine par cenluimètre cube. I fai en lout lrois injections de un centimètre cube chaque.
La première injeclion, ? heures un quart avant l'opération : la deuxième, L'heure un quart avant lopéralion : la troisième, un quart d'heure avant lopéralion : soil un milligramme el demi de bromhvdrate de scopolamine et trois centigrammes
de chlorhydrate de morphine.
lechnique de Korjf. — Korff ullise Ta solution suivante qui représente les doses movennes pour l'adulte et qui pourront être modifiées suivant l’âge, les dispositions nerveuses el
Pactivité cardiaque.
Bromhydrate de scopolamine ......:..... O6 re Chlorhydrat de morphine ren ere Crenes Fan disShléer 4m RAR Se Re I0gor
Korif fait {rois mjections de cette solution à l’aide d'une seringue de Pravaz.
La première injection, qui comporte un Uers de la seringue, est laite deux heures et demie avant l'opération. La seconde injection d'un autre tiers de seringue est faite une heure
el demie avant Pintervention. La troisième injection égale-
ment d'un liers, est opérée une demi-heure avant l'interven- Uon. Ce qui fait en tout 0 gr, 001 milligr. de bromhydrate de scopolamine et 0 gr. 025 milligr. de chlorydrate de morphine. Lorsque la narcose est incomplète, insuffisante, Korff admi-
nistre indifféremment l'éther ou le chloroforme.
Technique de Bloch. — Bloch préconise la solution sui vante |
Bromhydrate de scopolamine, 0 gr. 0012 dimilligr.. ; chlorhydrate de morphine, 0 gr. 012 milligr. ; eau distillée, 1 CUT. 0.
Ces injections sont faites, la première quatre heures avant l'intervention, la seconde deux heures et la troisième une heure avant l'opération, ce qui permet d'obtenir une narcose complèle.
Desjardins et Terrier ont modifié ces doses lorsqu'ils ont employé ce procédé. Is formulèrent la solution suivante
Bromhydrate de scopolamine, O0 gr. 001 milligr. : chlorhydrate de morphine, 0 gr. O1 centigr. : eau distillée, E cm. et faisaient trois injections suivant le procédé de Bloch. Le malade recevait done 0 gr. 003 milligr. de scopolamine et 0,03 centigr. de morphine. |
Technique de Terrier. -— Anesthésie mixte. -— Pour vaincre la contracture des muscles de Fabdomen produite par la scopolamine, dans les cas de Taparotomie, M. Terrier modifia complètement la technique de Bloch.
La méthode qu'il préconise consiste à faire une seule inmjeclion de la solution précédente, une heure avant intervention, et à compléter l'anesthésie par l'administration du chloroftorme. fl conseille, en-outre, de ne pas emplover léther qui produit des accidents graves de l'appareil respiratoire, même en présence de la scopolamine-morphine.
Par cétprocédé, M.Terrier à oblenu des eflels heureux.
LA VODN EE
Cette technique fut un peu modifiée dernièrement par son auteur. M. Terrier fait actuellement l'injection deux heures avant l'intervention et non une heure comme 11 le faisait au début. Cette dernière manière parait supérieure à toutes les autres. La dose de chloroforme exigée par ce procédé est minine.
L'association de la chloroformisation, à une seule injection de scopo-morphine, donne une moyenne de 14 où 16 grammes de chloroforme par 100 minutes de durée de lanesthésie (Ferrer), alors que Mikulez, sur 1.000 anesthésies, au chloroforme seul, accuse 80 grammes de chloroforme par 100 minutes d'anesthésie.
Israël accuse une movenne de 9,6 pour 100 d'anesthésie sans le secours du chloroforme : Dirk, T1, 1 pour 100 : Ziffer, 21,8 pour 100 : Bloch, 25 pour 100 : pour les autres 75 pour cent, Bloch se déclare très satisfait, tant furent minimes Îles doses de chlorolforme absorbées, six à dix centimètres cubes par heure.
Voici, d'autre part, les résultats obtenus par les chirurgiens français.
M. Terrier accuse une anesthésie complète el suffisante dans 26 pour cent des cas : pour les autres 74 pour cent, il a eu recours à la chloroformisation.
M. Wallher, sur cent douze opérations variées, dont quarante laparotomies, a obtenu douze anesthésies complètes par la ScCopo-morphine : pour les autres cas il a fait administrer du chloroforme.
\. Delontaine, sur (rente anesthésies pour des opérations de nature variée, à oblenu siX anesthésies complèles, sans chloroforme, avec une seule injection. Pour les autres, 11 à employé le chloroforme, sans aucun accident.
Enfin pour les cas que nous rapportons, Ta narcose avant été insuffisante, 1 nous à suffi d'administrer de faibles doses
de chloroforme pour arriver à une anesthésie complète .
MI 0e
M. le professeur Terrier a décrit avec beaucoup de précision les diverses phases de l'anesthésie par la scopolamine. « Après la première injection, dit-il, entre vingt et trente minules, le patient s'endort ‘lout naturellement, il résiste un peu au sommeil, se frotte les yeux, baille, se retourne plusieurs fois dans son lit : interrogé, Jes réponses sont de moins en moins nelles, les paupières se lermçnt comme dans le sommeil naturel.
La respiration est (tranquille, on note quelques mouvements reflexes, comme ceux de porter les mains à la figure, de se gratter le nez ou la face, de se retourner dans son lit, de ramener ses couvertures si on vient à les déplacer. Après la deuxième injection, les reflexes diminuent, la respiration très calme devient moins fréquente, le pouls au contraire s'accélère. Souvent alors le patient ronfle, il dort profondément sur le dos, la bouche entr'ouverte, les bras repliés au-dessus de la tête, les poings fermés. L'expression de dormir à poings fermés lui est tout à fait applicable.
Si on vient à lui parler un peu fort, si l'on secoue le patient, il'ouvre les veux, avec l'air étonné d'un sujet dont on trouble le premier sommeil, 11 balbutie quelques mots sans suile et se rendort aussitôt.
Après la troisième injection, le sommeil est complet d'ordinaire. La troisième piqûre n'est pas senlie et n'interrompt pas le sommeil. Il v à de la vaso-dilatation de la face qui se colore un peu plus que d'habitude ; parfois quelques gouttes de sueur se font voir. La respiration diminue de fréquence, elle est profonde, l'inspiration semblant prolongée. Le pouls est plein, régulier, mais rapide, variant de 90 à 120 selon Îles sujets.
Les pupilles sont dilalées, les globes oculaires sont déviés en haut et un peu en dehors comme dans le sommeil natu-
rel.
La resolution des muscles des membres n’est pas complète, on peut sans effort leur faire exécuter tous les mouvements, mais abandonnés à eux-mêmes ils ne relombent pas brusquement et inertes sur le Bt, cetté chute se fait doucement, comme dans le sommeil normal.
Il faut cependant noter que si on secoue le sujel, si on lui parle haut et avec insistance, si l'on fait du bruit autour de lui, il s'éveille comme dans le sommeil physiologique ; mais l'anesthésie persiste, et la sensibilité au pincement, aux piqûres est absolument nulle. Celte abôlition de la sensibilité, qui persiste assez longtemps, est très curieuse à signaler.
Les patients doivent donc, à cause du réveil plus où moins facile, être transportés avec précaution, en évitant de les remuer brusquement. Il ne faut pas les pincer pour s assurer de leur sommeil, mais éviter loutes les secousses pouvant les éveiller un peu.
Avant et pendant l'epéralion, il est imdiqué de garder le silence le plus absolu.
Avant et pendant lopéralion, il arrive souvent que les sujets font quelques mouvements réflexes, surtout du côté des membres,
[ne faut pas les maintenir avec force, mais les ramener à leur position primitive, avec douceur. Quand, au début ou pendant Pintervention le sujet semble se réveiller, s'agiter, il suffit d'arrêter les manœuvres qui provoquent les reflexes pendant quelques secondes pour les voir cesser el constater que le sujel se rendort el reste immobile : souvent il ronfle de nouveau.
Enfin, 1l est bon de couvrir les veux du patient, avec une compresse de toile, 11 semble que la vue, inconsciente d'ailleurs, des personnes qui l'entourent, contribue à l'éveiller.
La vaso-dilalalion produite par la scopolamine, paraît ac-
cusée pour les léguments, elle est momdre pour les parties
AQU
prolondes de Ta plaie, el ne gêne pas souvent l'opérateur, au moins dans les opéralions ordinaires ne nécessitant pas l'emploi adjuvant du chloroforme,
L'opération faite, le patient est remis dans son lit, avec les précautions prises pour lamener sur la table d'opéra- Lion.
IL continue à dormir aussi paisiblement qu'avant l'interven- Hion, La durée du Sommeil varie entre quatre et cinq heures : quant au réveil, il est très calme : le patient ouvre les veux semble étonné de se trouver couché, demande à boire et souvent se rendort pour quelques heures.
S'il est définitivement réveitlé, il s'élire, se frotte les yeux, demande à manger, et semble très: étonné quand on lui dit qu'il a été opéré.
Aucun de nos opérés n'a eu de morphine pour dormir la nuit qui suivit l'opération.
Mais, fait remarquable, l'anesthésie persiste alors que les fonchions cérébrales sont redevenues" imtactes et aucun des opérés ne s'est plaint de la lésion br'aumatique -pendant les vingt-quatre premières heures. La nuit qui suit Fintervention est donc très Bonne el sans douleurs.
Le lendemain, le pouls el la tempéralure sont revenus à la normale. La mydriase persisterait Vingt-quatre où quarantehuit heures. |
Jamais de céphalée, de nausées où de vomissements.
Urines normales augmentces.
Tous les malades interrogés ne se souvenaient de rien, alors même qu'ils avaient paru témoigner quelque sensibilité pendant l'intervention, alors même que l'anesthésie avait dû
êlre poursuivie par quelques inhalalions de chloroforme, »