OBSERVATION IV
En collaboration avec MM. Sénez et Bertrand, internes des Hôpitaux.
C. P..., né à Frontignan, 58 ans, maître d’hôtei, Entré à l'Hôpital de la Conception le 21 novembre 1908.
Antécédents héréditaires. — Mère morte à 42 ans d’un érysipèle de la face. Père mort à 70 ans d'affection indéterminée. Un frère et une sœur morts également d’affection indéterminée.
Antécédents personnels. — A l’âge de 14 ans, accès de paludisme qui dure un mois et qui ne reparaît plus. A 24 ans, blennorragie. Pas de syphilis. En 1883, attaque de rhumatisme articulaire aigu, qui oblige le malade à garder le lit durant hüit jours. Depuis cette époque, au- | cane nouvelle atteinte rhumatismale. En 1884, ictère, pro- | bablement infectieux, qui dure un mois. À 37 ans, g'as-
ré
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trite qui dure quatre ans. Sujet à s’enrhumer l’hiver. Jamais d’hémoptysies. Tabagisme. Ethylisme.
Histoire de la maladie. — Début en 1903 par une grippe à forme pulmonaire : toux, expectoration, fièvre, courbature généralisée pendant quinze jours. A cette époque, apparition d’une douleur violente au-dessous de la clavicule gauche atteignant parfois l’onloplate du même côté, et irradiant dans le membre supérieur. gauche, avec sensation de crampe et de fourmillement. Une dyspnée d’effort accompagne cette douleur. Le malade est obligé d'interrompre son travail à plusieurs reprises. En 1906, il consulte M. le docteur Francois, médecin des hôpitaux, qui le traite pour de l’aortite, et le fait entrer à l’Hôpital de la Conception au bout de quelques semaines. it
Séjour à la Conception dans le service de M. le professeur Alezais, de juin à septembre 1906. Rémission légère des symptômes : le malade reprend son travail. En octobre 1908, apparition de vertiges qui surviennent chaque jour vers dix heures du matin. Ces vertiges sont suivis d’une transpiration abondante, de nausées et d’un malaise général. Parfois, chute et perte de connaissance : les nausées sont calmées par l’ingestion d’un morceau de
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pain.
De nouveau le malade entre à l'Hôpital de la C'onception, où il est admis dans le service de M. le docteur Pagliano le 21 novembre 1908, salle Aubert, lit numéro 20. Examen du malade. — À son entrée dans le service, le malade est considéré comme un aortique : souffle diastolique d’insuffisance avec éclat du deuxième bruit aortique.
Le 4 janvier 1909, on procède à un nouvel examen mi-
La
nutieux du malade. Le repos a diminué les vertiges et les douleurs.
Pas de lacis veineux à l’inspection du thorax. On voit battre la pointe dans le sixième espace intercostal gauche, à un centimètre en dedans de la ligne mamelonnaire. Aucune voussure appréciable sur toute la surface antérieure du thorax. Mais les battements carotidiens et sousclaviers sont très marqués, et, lorsque le malade ne respire pas, on voit sa paroi thoracique gauche, au- dessous de la clavicule, animée d’un mouvement d’expansion, leque! se produit après le batt:ment des artères carotide et sous-clavière droites. Cette expansion n’est pas sas ne avec le choc de la pointe.
A la palpation, on a un choe apexien atténné. Aucun fiémissement, aucun thrill, sauf au niveau de l’espace rétro-sternal. La main qui palpe la région thoracique gauche, au-dessous de la clavicule, est soulevée par une expansion, ef perçoit en même temps un battement systolique. à
Percussion. — Augmentation de la matité aortique, qu déborde à droite le sternum de deux travers de doigt, et qui se continue à gauche, sans solution de continuité, avec une Zone de matité s’étendant en. hauteur de la elavicule à la troisième côte, et en largeur jusqu’à six ou sept centimètres en dehors du bord gauche du sternum. À gauche et en arrière, matité de la fosse sus-épineuse et du tiers supérieur de la fosse sous-épineuse. À droite, en avant et en arrière, sonorité pulmonaire normale.
Auscultation : souffle diastolique aortique maximum au niveau du troisième espace intercostal droit, sur le bord droit du sternum et se propageant de haut en bas ; ce souffle est perceptible à l’appendice xyphoïde, et inême légèrement à gauche. Précédant immédiatement ce
SP HESS
souffle, éclat clangoreux du second bruit aortique ; done, association très nette du souffle et de l’éclat diastoliques aortiques. Au niveau de la zone d’expansion dont nous avons parlé, l’oreille perçoit un claquement systolique assez intense et un souffle diastolique atténué. À l’auscultation rétro-sternale, léger souffle systolique, court et quelque peu râpeux ; pas de souffle diastolique.
À gauche, au niveau des fosses sus et sous-épineuses, on perçoit les mêmes signes qu’en avant, mais les bruits pereus sont moins intenses.
Aucun trouble oculo-pupillaire. Du côté des artères périphériques, on constate nettement que la systole des artères carotide et sous-clavière droites précède la svstole des carotide et sous-clavière gauches. Léger retard du pouls gauche sur le pouls droit. L’amplitude des deux pouls radiaux est semblable. Le signe d'Oliver existe.
Le 24 janvier. — Examen radioscopique. Examens antérieur et postérieur : augmentation en largeur de l’omibre médiane. Le cœur se contracte régulièrement. La partie supérieure de l’ombre médiastinale empiète à gauche sur la zone pulmonaire et transforme celle-ci dans presque toute son étendue en une zone obscure. Cette ombre, qui déborde si nettement à gauche et en haut, et dont Îles contours sont mal accusés, est animée de battements, très visibles, qui se produisent immédiatement après la systole cardiaque.
Examens latéraux et oblique droit antérieur. — Disparition, dans les diverses positions, de l’espace clair‘ qui sépare normalement la colonne vertébrale du cœur et des gros vaisseaux. (Cependant, nous devons dire ‘que dans l’examen oblique antérieur, cet espace est entièrement
transformé en une zone obscure, tandis que dans les exa-
mens latéraux, une partie seule de l’espace rétro-cardiaque, la partie antérieure, est obscure.
La radiographie est pratiquée le 26 janvier.
Elle nous permet de constater (fig. IV) cet élargissement considérable de l’ombre médiane que là radioscopie nous avait déjà montré. De plus, elle montre que la zone pulmonaire gauche est, dans presque toute son étendue occupée par une ombre, adhérente à l’ombre médiane, à contours assez mal définis. La zone pulmonaire droite est claire.
Le 29 janvier, l’examen laryngoscopique est pratiqué par M. le docteur Guérin, qui nous communique la note suivante : « Larynx bien mbbile ; cordes vocales un peu dépolies ; laryngo-pharyngite chronique. »
Le 1% février, injection de sérum ichthyocollé de 150 céntimètres cubes.
Le 5 février. — Les douleurs thoraciques, qui s'étaient calmées sous l'influence du seul repos, ont repris depuis quelques jours une certaine acuité. Aspirine à la dose de un gramme,
Le 6 février. — Le malade, très docile, accepte une seconde injection de sérum ichthyocollé de 150 cc. Les douleurs sont moins vives.
Le 9 février. — La dernière injection de sérum a amené un vaste hématome de la paroi abdominale. Deux gTrammes d’aspirine.
Le ‘12 mars. — Au moment où l’on s’apprête à faire la troisième injection de sérum ichthyocollé, le malade tombe en syncope : pâleur de la face, dilatation pupil-. laire, ralentissement du cœur (trente-six pulsations à la minute). Le malade revient rapidenient à lui sous l’influence d’injeetions de caféine et d’éther.
Le 30 mars. — Disparition des douleurs thoraciques
Figure IV
Aspect du thorax de la malade de FObservation IV. — Face postérieure à Ja plaque.
pes
et de la dyspnée. Le souffle diastolique aortique et le claquement sigmoïdien sont toujours très nets. L’expansion, au-dessous de la clavicule gauche, est plus manifeste. Le bruit du claquement systolique pereu à l’auscultation au niveau de l'expansion, prend un timbre plus sourd. À l’auscultation rétro-sternale, aucune modification. Le retard du pouls gauche sur le pouls droit paraît ne plus exister. Les signes fournis par la percussion n’ont pas varié.
Le 19 avril. — Le murmure vésiculaire est aboli au niveau de la région sous-claviculaire gauche (zone d’expansion) et en arrière dans la fosse sus-épineuse et la partie supérieure de la fosse sous- épineuse,
Le 22 avril. — Nouvelle injection de 150 ce. de sérum ichthyocollé.
Le 30 avril. — Les douleurs ont une tendance à reparaître : trois grammes d’aspirine par jour.
Le 12 mai. — Quand il essaie de se lever, le malade
éprouve des vertiges accompagnés de nausées. Le moindre effort est suivi d’une dyspnée appréciable,
Le 30 mai. — Injection de 150 ce. de sérum ichthyocollé. L’expansion thoracique est toujours aussi manifeste, mais le bruit de claquement systolique devient de plus en plus sourd. ,
Le 4 juin. — Lie malade accuse des palpitations nocturnes. Amaigrissement notable. Pas de dysphagie. Aucun trouble laryngé.
Le 9 juin. — [Injection de 150 ec. dé sérum ichthyocollé. Le 14 juin. — Le malade meurt subitement.
Le 16 juim. — Autopsie pratiquée par M. Bertrand,
interne des hôpitaux.
Plèvre gauche remiplie de sang. Léger épanchement séreux dans la plèvre droite. Le poumon gauche, réduit de