CHAPITRE VII
Formes cliniques
Suivant le siège, on peut distinguer deux grandes formes cliniques d’anévrysme sacciforme de l’aorte abdominale : l’anévrysme de la région cœliaque et l’anévrysme de la région lombaire.
L’anévrysme de la région cœliaque répond à la «zone des erreurs de diagnostic » de Huchard. Cependantilpeut être diagnostiqué grâce aux caractères cliniques des viscéralgies gastriques ou intestinales, et des douleurs 0sseuses. Les douleurs périphériques sont plus rares. Les signes physiques sont au contraire peu nets, étant donné la situation profonde du vaisseau, sauf cependant quand la tumeur tend à s’extérioriser en arrière. On observera alors une tumeur pulsatile et expansive de la région dorso-lombaire.
Dans l’anévrysme de la région lombaire les symptômes douloureux existent, mais semblent plus atténués. Les douleurs périphériques lombo-abdominales, crurales ou sciatiques dominent. Au contraire les signes physiques sont au complet. La tumeur est unilatérale, pro-
fonde, fixe, irrégulière, pulsatile et expansive.
On a pris pour type de description l’anévrysme sacciforme que l’on rencontre le plus fréquemment et qui évolue vers la rupture.Mais on peut observer l’anévrysme sacciforme disséquant.Pour les anciens auteurs <’était je premier degré de la tumeur anévrysmale. Actuellement on admet que l’anévrysme disséquant est produit par une rupture partielle d'une tunique du vaisseau, de la membrane interne par exemple, ce qui permet au sang de fuser dans la paroi même du vaisseau.
L’athérome aortique est la cause principale de cette forme clinique. Après une rupture d’une plaque athéromateuse, une fissure intéresse la couche interne ou externe, le sang fuse entre les deux parois et un canal distinct se forme.On compare cette disposition du vaisseau avec son véritable canal collatéral, à celle que présentent les deux canons d’un fusil de chasse.
Le début est toujours brusque : à la suite d’un effort, d’un choc, ou d’un traumatisme violent le malade ressent une douleur intense, déchirante dans la région ombilicale. En même temps une gène respiratoire s’installe : le facies devient anxieux, le pouls est petit, et après quelques heures, ces symptômes graves disparaissent.
L'examen physique du malade révèle une zone de matité sur la ligne médiane ; la tumeur anévrysmatique est toujours pulsatile et expansive, et la main perçoit nettement un frémissement vibratoire diastolique. L’auscultation décèle un souffle intense. Ces symptômes graves vont s’amender el une amélioration passagère
va s’observer pendant quelques semaines. D’après
CHId +
Peacock, la rupture survient dans 73 cas sur 80. Elle se fait soit dans le tissu cellulaire rétro-péritonéal, dans le petit bassin, dans la cavité pleurale, ou dans le mésocôlon ou le mésocæcum.
Enfin on asignaléla présence d’anévrysme sacciforme de l’aorte abdominale survenant chez des malades atteints d'insuffisance aortique. Rendu (1), dans ses cliniques, et Chénot en rapportent deux cas. Dans ces deux observations les symptômes périphériques de l’insuftisance aortique faisaient défaut : le pouls radial n’était pas bondissant ; absence de double souffle intermittent crural ; pas de troubles cérébraux ; la tension artérielle était basse. Le souffle diastolique de la base était net,et permit de faire le diagnostic. La présence de la poche anévrysmale diminue les effets de l’impulsion cardiaque, d’où diminution notable entre la tension maxima et la
tension minima.