‹ Contribution à l'étude de l'anévrysme sacciforme de l'aorte abdominaleChapitre 29 sur 32 · PO ES · texte numérisé non relu

PO ES

est jaune terreux, ses traits sonttirés. Elle affirme avoir maigri de 15kilogrammes depuis le début de sa maladie qui remonte à juillet 1910. Actuellement elle se plaint de douleurs abdominales dont le maximum d'intensité siège au niveau de la région ombilicale et qui s’irradient dans la fosse iliaque et dans la racine de la cuisse gauche. Ces douleurs survenaient au début, à la suite de fatigues, pendant la marche, mais depuis trois ou quatre semaines la malade a remarqué que ces crises douloureuses survenaient sans cause. À ces douleurs viscéralgiques intestinales vont s’ajouter des crises douloureuses périphériques avec irradiations dans la racine de la cuisse gauche. Ces douleurs sont intermittentes dans leur durée. La malade les compare à des sensations « d’élancements profonds, de battements continus intolérables qui la réveillent la nuit etempêchent tout sommeil ». Nous avons en outre nettement constaté à plusieurs reprises le signe de la claudication intermittente : pendant une promenade, subitement la malade s’est arrêtée, elle a ressenti un engourdissement du membre “inférieur gauche, et si elle n’avait pas été maintenue, elle se sentait, disait-elle, « entraînée du côté gauche ». Après queiques minutes l’engourdissement et la sensation de refroidissement du membre inférieur gauche disparaissait et elle pou” vait alors continuer sa promenade.

Pendant la nuit ces crises douloureuses périphériques apparaissent, mais certaines positions semblent les atténuer et même les calmer.Ainsi cette malade raconte que le décubitus dorsal augmente l'intensité des douleurs, et seule la position latérale avec flexion des cuisses et des jambes où position dite «en chien de fusil >» diminue leur acuité.

L'inspection de l'abdomen révèle une légère voussure siégeant dans la région para-ombilicale gauche à un travers de

doigt de l’ombilic ; cette voussure est surtout nette à jour

frisant. Elle est animée de battements systoliques, synchrones au pouls radial et légèrement expansifs : c'est un soulèvement en masse de la paroi abdominale.

La palpation de cette région ne révèle pas de contracture réflexe des muscles grands droits de l'abdomen ; l'abdomen est souple et on sent nettement une tumeur répondant à la zone pulsatile et s'étendant à 4 travers de doigts à gauche de lombilic. Cette tumeur est dure, irrégulière et fixe. Elle est nettement pulsatile et les doigts sont violemment rejetés par les battements du vaisseau. Le signe de l’expansion de Rendu fait défaut. Cette tumeur est profonde car la percussion révèle au-devant d’elle une zone de sonorité.

L’auscultation avec le stéthoscope permet d'entendre un souffle systolique court, bref, surtout marqué quand on comprime la tumeur à gauche de l’ombilic. Sur la ligne médiane au-dessus de l’ombilic on perçoit un souffle diastolique léger.

L'examen du système artériel périphérique ne montre ni affaiblissement, ni retard des deux pouls fémoraux. A la palpation ils semblent synchrones au pouls radial.

La pression artérielle a été prise avec différents appareils. La pression systolique du bras gauche avec le sphygmosignal de Vaquez était de 25-26 : pour le bras droit on enregistrait 25. Avec l’oscillomètre la pression systolique de la radiale gauche était de 26 1/2, et ia pression diastolique 13. Pour le bras droit on obtenait 27 pour la systolique, et 14 pour la diastolique.

IL nous a été impossible de prendre la pression de l'artère tibiale postérieure, et avec ces appareils nous avons obtenu des résultats tellement contradictoires qu'aucune conclusion nette ne peut être formulée.

Le cœur est normal; la pointe bat dans le quatrième espace

intercostal ; la matité transversale et verticale est normale.

DR

Pas de souffle organique mais le deuxième bruit aortique est claqué, symptôme en rapport avec l’hypertension. Pas de bruit de galop.

Les réflexes rotuliens et achilléens sont conservés. Pas de - signe d’Argyll.

Les urines sont normales : ni sucre, ni albumine.

La réaction de Wassermann est positive.

La radioscopie de cette malade a été faite par M. le D’ Bordet, attaché au service de M. le D* Vaquez. Après insufflation de l’estomac on voit nettement Le bord inférieur de cet organe. Dans la position frontale et en oblique droite et gauche on ne décèle pas de dilatation de l’aorte. La crosse de l’aorte et le cœur sont normaux. Les poumons sont clairs.

Antécédents pathologiques. - Cette malade a présenté en 1900 des troubles cérébraux qui ont nécessité son entrée à la Salpêtrière. |

Jamais de fausses-couches. Sept enfants mais quatre sont morts à l’âge de 2 ans, de méningite.

En résumé malgré les signes négatifs fournis par la radioscopié, les caractères des viscéralgies intestinales et des douleurs périphériques, intermittentes et progressives, et la perception d’une tumeur pulsatile et expansive imposent le diagnostic de dilatation sacciforme de l'aorte abdominale.

La pression systolique élevée (26) est très vraisemblablement liée à des lésions d'aortite abdominale et le défaut d’élasticité de la poche oblige le cœur à un surcroît de travail.

10 mai. — Malgré les antinévralgiques, les douleurs viscérales et périphériques sont persistantes, Cependant depuis quelques jours l’appétit est meilleur.

La tension artérielle pour le bras gauche est de 26 ; pour le bras droit 27.

25 mai.— Un traitement mercuriel a été institué (injections

hrro es

intramusculaires de biiodure de mercure) et il semble que les douleurs diminuent d'intensité. Si l'amélioration ne persiste pas, nous nous proposons de faire à cette malade une injection intraveineuse d'arséno-benzol à la dose de 10 à 15 cen-

tigrammes.

Observation II

C..., âgé de 32 ans, entre dans le service du D' Vaquez, salle Lorain, pour des douleurs thoraciques gauches.Ces douleurs sont apparues depuis un mois et simulent des névralgies intercostales gauches. Dans la journée le malade présente des crises douloureuses qui de la région dorsale s’irradient dans l’épigastre. Ces douleurs deviennent plus intenses, elles troublent le sommeil et seule la morphine assure au malade quelque repos. Le malade ne présente à son entrée aucun symptôme d'affection gastrique ; pas de vomissements, par d’hématémèses ; les douleurs n’ont pas de rapport avec l’alimentation, les digestions sont normales et l’appétit est conservé.

Mais le facies du malade est pâle et amaigri, les traits sont légèrement tirés. L'inspection ne révèle rien d’anormal au niveau de l’hypocondre gauche. La palpation est difficile car il existe une contracture réflexe des muscles grands droits de l'abdomen, mais en faisant fléchir les cuisses et respirer largement le malade, on arrive à percevoir une tuméfaction profonde, légèrement douloureuse, mal délimitée, mais franchement située à gauche de la ligne médiane. Cette tumeur est animée de battements systoliques et expansifs. L’auscultation révèle un souffle systolique intense dont le maximum

siège à gauche de la ligne médiane, et qui est distinct du

souffle habituel de l'aorte. En promenantle stéthoscope sur la : droite, on le voit disparaître ; il est au contraire plus intense à mesure qu’on se rapproche de l’'hypocondre gauche, et son maximum d'intensité répond àla projection de la tuméfaction sur la paroi abdominale.

Les autres organes sont indemnes. Rien au poumon. Cœur anormal.

Les urines ne présentent ni sucre ni albumine.

Au début on songe à une affection gastrique latente, ou à une aorte pulsatile, mais l’absence des autres points douloureux névralgiques et le siège de la tumeur, siluée nettement à gauche de la ligne médiane firent abandonner cette hypothèse. Les caractères de la tumeur pulsatile et expansive firent penser à la possibilité d’un anévrysme sacciforme de l'aorte abdominale.

D'ailleurs le malade raconta avoir contracté la syphilis en 1900. La réaclion de Wassermann était positive et la radioscopie faite par M. Bordet vint appuyer le diagnostic.

L'examen radioscopique en position frontale et dans les conditions habituelles ne laissait rien percevoir dans la zone de la tumeur. Maisen provoquant une forte distension gazeuse de l’estomac par l’ingestion de bicarbonate de soude et d’acide citrique et en plaçant le malade en position oblique antérieure droile,on voyait se profiler et augmenter avec le degré d’obliquité une ombre débordant l’image de la colonne vertébrale à gauche du sujet et faisant saillie dans la bulle claire stomacale. Cette ombre était animée de très faibles battements synchrones avec le pouls ; elle ne subissait aucun déplacement respiraloire tandis que le bord inférieur du foie et le fond de l’estomac se releyaient et s’abaissaient paral-

lèlement aux mouvements du diaphragme.

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