‹ Contribution à l'étude de l'anévrysme sacciforme de l'aorte abdominaleChapitre 32 sur 32 · PORT · texte numérisé non relu

PORT

#00 formation nodulaire, sous-ombilicale, perceptible à la palpation et légèrement douloureuse.

L'examen de l’œil droit montra une choroïdite et une rétinite syphilitique : un traitement antisyphilitique fut institué.

9 mars. — La tumeur abdominale est fortement pulsatile et résistante, du volume du poing. L’auscultation révèle un souffle synchrone au pouls.

12 mars. — Apparition dé douleurs abdominales intenses, avec vomissements, somnolences et raideurs de la nuque.

Deux jours après, nombreux extravasats sanguins sur la peau et mort subite.

Autopsie. — Dilatation anévrysmatique de la grosseur d’une noisette siégeant sur l’artère sous-clavière.

Sur l’aorte abdominale existe un anévrysme long de 7 centimètres et large de 5 centimètres, rempli de thrombus. La paroi artérielle est normale en aval el en amont de l’anéyrysme.

La rate est grosse et inégale.

Observation XII

G. Mouriquaud. Lyon médical, 1905, p. 354.

J. C..., lingère, ne présente rien à signaler dans ses antécédents héréditaires. Depuis deux ans la malade est devenue graduellement asthénique, sujette aux lipothymies, aux troubles gastro-intestinaux, avec phénomènes alternatifs de diarrhée et de constipation. Amaigrissement rapide sans cause.

Deux jours avant son entrée à l'hôpital la malade fit une

- chute sur la tête qui détermina une plaie du cuir chevelu.

La malade se trouve dans un état général alarmant, elle

répond bien aux questions malgré des accès passagers de

délire. Le ventre est très ballonné, surtout au niveau de l’hypocondre droit et de la fosse iliaque droite. Une constipation opiniâtre s'installe peu à ‘peu.

Le lendemain, le ballonnement ayant diminué, à la suite d’une diarrhée brusquement survenue, la palpation profonde de l’abdomen fait constater vers la partie moyenne, un peu eu dehors de la colonne vertébrale une tumeur pulsatile de la valeur d’un pouce d’adulte. La première impression est qu’il s’agit d’un néoplasme de l’intestin ou gastrique transmettant les battements aortiques. Mais les caractères expansifs de la tumeur sont néanmoins si nets par moments que l’on fit le diagnostic d’anévrysme de l’aorte abdominale. Ainsi peuvent être expliqués les phénomènes passagers d’occlusion intestinale. Aucune lésion cardiaque. Légère albuminurie.

Le lendemain, la malade meurt brusquement avec des phénomènes d’hémorragie interne: pâleur rapide, pouls filiforme: |

A l’autopsie, on trouve un anévrysme de l'aorte abdominale commençant au-dessous du tronc cœliaque et descendant jusqu’à la 5° lombaire. La poche est épaissie. Elle est rompue à droite et adhérente au ligament antérieur. La paroi de l'aorte dure, scléreuse, se cassant comme une coquille d'œuf. Occupant la loge périrénale, on trouve un eaillot énorme, de la grosseur d’une lête de fœtus, et qui remonte sur le foie. En bas, il s'étend presque au détroit supérieur, et s’élend enfin en avant entre les feuillets décollés du mésocôlon transverse. À ce niveau compression de la quatrième

portion du duodénum et de l'angle duodéno-jéjunal.

Observation XIII

Cuenor. Bulletin de la Société anatomique, 1908.

W.., 41 ans, gardien de la paix, entre le 14 mars 1908 dans le service du D' Talamon, pour une douleur de la région

lombaire avec prédominance au niveau de l’angle csoto-vertébral gauche. Il souffre de cette région depuis dix-huit mois, mais depuis le 12 mars la douleur est devenue intolérable, empêchant le malade de respirer. Aucune maladie antérieure, pas de syphilis, pas de rhumatismes. Ii y a un an le malade

a éprouvé de la fatigue et se plaint surtout de courbatures des membres inférieurs.

A diverses reprises il a éprouvé de violentes palpitations, contre lesquelles il a pris de la digitaline et du valérianate d’ammoniaque. Depuis deux mois les symptômes fonctionnels cardiaques se sont accentués, en même temps sont apparus

des vomissements alimentaires et bilieux.

Examen du malade. — Pâleur blafarde de téguments et amaigrissement considérable. La perte de poids qui avait débuté il y a cinq ou six mois est de 25 kilogrammes; il pèse actuellement 57 kilogrammes contre 79 en 1906. \ :

La région lombo-costale, où le malade localise ses douleurs, montre un affaissement plus marqué du côté gauche. À ce niveau dans l’angle costo-vertébral la paroi est comme aspirée à chaque inspiration. Le palper ne permet d'y trouver ni empâtement ni tumeur. Cette recherche est d’ailleurs très douloureuse et ce fait joint à la contracture de défense de la paroi abdominale rend inefficace le paiper bimanuei. La température est de 37°2. Dans les deux poumons la respiration est normale, pourtant à labase gauche on observe quelques frottements. L’inspiration s'entend jusqu'à la base: il n’y a ni matité, ni souffle, ni égophonie.

Le cœur est gros, sa pointe descend au niveau du septième espace sur la ligne mamelonnaire. Les battements sont réguliers : on entend un bruit de va-et-vient à la base, mais sans

frottement perceptible au palper.

<Le deuxième bruit est parcheminé. On ne trouve pas de signes périphériques d'insuffisance aortique.

La langue est saburrale, Pappétit nul.

Les urines sont rares: 700 grammes; ni sucre, ni albumine.

19 mars. — L’attention est attirée par des crachats hémoptoïques assez abondants. Cette expectoration a débuté pendant la nuit. L'examen du poumon montre de la submatité à la base gauche, remontant jusqu’à la pointe de l’omoplate. L'espace de Traube est mat, le silence respiratoire est complet jusqu’à la partie moyenne de la fosse sous-épineuse, sans souffle, ni égophonie, mais avec abolition des vibrations.

Le foie est gros et douloureux. La température est normale. |

21 mars. — Le malade se plaint d’intolérances gastriques, les boissons glacées ne sont pas tolérées ; les signes cardiaques restent les mêmes.

22 mars. — Les crachats hémoptoïques sont plus abondants: De gros frottements sont apparus dans l’aisselle gauche. Mais ce qui frappe c’est l’état d’abattement du malade. L’amaigrissement est extrême. L’examen du sang montre une légère polynucléose.

23 mars. — Sensation de faiblesse s’accentue, mais il y a en outre un état d’agitation anxieuse.

25 mars. — Le malade est de plus en plus affaissé, il reste couché sur le côté droit. L’espace de Traube est redevenu sonore mais on perçoit toujours de gros frottements sur la ligne axillaire. Le ventre est rétracté en bateau, la palpation lombo-abdominale est impossible.

Le 31,vers 1U heures du matin,le malade est pris d’une sensalion de défaillance: l'adynamie est extrême.

Après plusieurs heures de collapsus, il meurt le 1er avril.

Autopsie. — Dans le péricarde se trouvent environ deux

; — 103 — verres de liquide hémorragique. Nombreuses plaques athéromateuses sur la crosse de l’aorte.

Foie, rate, pancréas sont sains.

L'estomac contient 2 litres de sang liquide et en caillots, - En cherchant à libérer l'œsophage on crève une poche située sur son Côlé gauche et d’où sort du sang en abondance. Cette poche refoule le diaphragme; elle descend en bas jusqu’au pôle supérieur du rein. La poche ne peut être séparée en de-. dans d’une sorte de tumeur sous-péritonéale, du volume d’une orange, dure, située sur la ligne médiane et masquant la colonne vertébrale jusqu’à la troisième lombaire. L'aorte et la veine cave inférieure sont invisibles jusqu’au diaphragme. De cette tumeur on voit émerger le tronc cœliaque,la mésentérique supérieure, et les artères rénales au ras du pôle supérieur du rein.

Pour détacher la poche, il faut dénuder le rachis ;la 12e dorsale, la 1'° et la 2° lombaires sont creusées d’une rainure lransversale.

La tumeur extériorisée est ‘énorme, grosse comme une tête d’adulte, remplie de caillots. Cette poche s’est développée aux dépens de l’aorte abdominale qui est souple et non athéromateuse entre l’origine des artères diaphragmatiques et l’origine des rénales. Elle est située à gauche de la ligne médiane avec un diverticule englobant l’origine du lissu cœliaque et

de la mésentérique supérieure.

Observation XIV

Anévrysme de l'aorte abdominale et des deux artères illaques primitives gauches. (Chalier. Lyon médical, 1907, p. 430 à 434.)

Charles F..., 45 ans.

Premier séjour à l’hôpital en 1905.

Était entré pour toux et oppression.

Dans ses antécédents on note une fièvre typhoïde à 10 ans; pas de syphilis. En 1902 entre dans le service du D" Chatné pour troubles pulmonaires: En mai 1902, il présenta des symptômes méningés et on constata une tumeur abdominale, de nature tuberculeuse et accompagnée d’ascite. La paracentèse permit de retirer 3 litres de liquide. Depuis cette époque, le malade n’a jamais souffert du ventre.

L'examen révéla une respiration emphysémateuse avec sibilances. Au sommet gauche retentissement de la voix et de la toux.

Rien d’anormal au cœur.

Dans l’abdomen on observe une masse volumineuse, descendant au-dessous de l’ombilic, et présentant des bosselures très nettes. Léger œdème de la jambe gauche. Albuminurie. Sort le 11 décembre 1905.

Deuxième séjour le 6 février 1906.

Le malade dit souffrir depuis un mois d’une phlébite gauche qui paraît actuellement très améliorée. Il sort le 6 juin.

Troisième séjour le 2 juillet 1906.

Le malade se plaint d'œdème de la jambe gauche,

A l'examen du ventre on est frappé d'une saillie anormale de l’hypocondre droit. On sent une masse dure, descendant au-dessus de l’ombilic, et limitée à sa partie inférieure par un bord irrégulier et bosselé.

A gauche dans la région paraombilicale, on sent une masse dure, ovoïde, située dans le sens vertical. Il est difficile de préciser la limite inférieure. Cette tumeur est animée de mouvements systoliques d'expansion. Les fémorales battent ensemble. Léger œdème de la jambe.

Quatrième séjour le 14 décembre 1906,

Malade revient pour bronchite, Mêmes symptômes.

Quelques douleurs dans la jambe gauche. Le 21 décembre le malade se plaint de coliques. Dans la soirée, il perd connaissance et meurt.

Autopsie. — Poumon droit : lésions tuberculeuses anciennes.

Foie : kyste hydatique développé sur le lobe gauche.

Sur l'étendue de l'aorte, nombreuses plaques athéromateuses. Au-dessous de l’émergence de la mésentérique inférieure existe une poche anévrysmale sacciforme, de la grosseur d’un œuf de poule, à collet large mais net, ayant gardé une paroi épaisse, athéromateuse, et ne contenant pas de caillots.

Les deux artères iliaques primitives sont le siège d’un anévrysme pisiforme des plus accusé. Sur la paroi antérieure de l’anévrysme gauche existe une rupture large de la poche.

Observation XV Anévrysme volumineux de l’aorte, dans sa traversée diaphragmatique, rompu dans la plèvre gauche. (Garnier, Société anatomiq., 1911.)

N..., âgé de 43 ans, entre à l’hôpital Lariboisière le 20 février 1911 pour une tumeur volumineuse de l’hypocondre gauche. En 1910 il ressentit des douleurs sourdes, continues dans la région lombaire, sans aucun autre trouble. Puis ces douleurs cessèrent, quand, il y a six semaines, il s’aperçut qu’une tumeur soulevait la paroi abdominale. Il y a douze ans, le malade avoue avoir eu un chancre syphilitique pour lequel il a subi un traitement à l’hôpitai Ricord.

A l'examen on trouve dans l’hypocondre gauche une masse dépassant le rebord costal et venant faire saillie sous le bord externe du grand droit. Cette tumeur du volume d’une tête fœtale est pulsatile et expansive. L’auscultation de la tumeur

permet d’entendre un souffle systolique, tandis que, en arrière

le long de la colonne lombaire, oreille perçoit un roulement continu, Pas de retard des pouls fémoraux. Aucun autre symptôme. |

La radiographie permet de voir une zone obs cure correspondant au siège de la masse. On pourrait croire à une tumeur soulevée par les battements de l’aorte abdominale. Mais les caractères d'expansion, la présence du souffle systolique, le roulement continu perçu en arrière, les antécédents syphilitiques permettent de poser le diagnostic d’anévrysme de l'aorte abdominale.

Brusquement en pleine nuit, vingt-quatre heures après son entrée à l’hôpital le malade est pris d’une dyspnée interne et

. meurt comme asphyxié.

A l’autopsie on trouve un anévrysme de l’aorte dans sa traversée diaphragmatique.L’aorte était dilatée depuis la partie inférieure du thorax jusqu’au-dessous de l’origine des rénales. Dans sa partie inférieure la tumeur présente une saillie formée par l’origine du tronc cœliaque. Dans la partie de l’'anévrysme située au-dessus de l’anneau diaphragmatique,on voit à gauche une rupture par laquelle le sang a fait irruption dans la plèvre gauche,et de fait le cul-de-sac pleural renferme un caillot de 1.700 grammes. Pour dégager la porte on est obligé de sculpter en arrière le long de la colonne vertébrale., La 12° dorsale et les 1"° et 2° lombaires présentent des excavations irrégulières. Les autres organes ne présentent

aucune lésion intéressante.

LCA

JONCLUSIONS

1° Les douleurs observées au cours de l’anévrysme sacciforme de l’aorte abdominale peuvent être divisées en douleurs osseuses, viscéralgiques ou périphériques. Elles sont intermittentes, paroxystiques, progressives et résistent aux antinévralgiques.

2° Les hémorragies sous forme d’hématémèses ou de mélæna peuvent, par leur abondance et leur répétition, simuler le cancer de l’estomac et de l'intestin. Elles ont une valeur diagnostique et pronostique et peuvent être rapprochées des hémoptysies observées au cours de l’anévrysme de la crosse de l’aorte produites par perforation du sac dans les voies aériennes.

3° L’amaigrissement avec pâleur de la face est sous la dépendance d'une intoxication profonde, véritable ca-

chexie anévrysmatique, ou est lié à une sclérose rénale

concomitante.

Vu : le Président de la thèse, Cx. ACHARD Vu . le Doyen, LANDOUZY

Vu et permis d'imprimer :

le Vice-Recteur de l’Aeadémie de Pris,

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