INTRODUCTION
On. a tenté au cours de ces dernières années de ramener la maigreur progressive par anorexie à la “base organique caractérisée par le syndrome de Sim- MONDs dont l’aboutissant pathologique le plus marqué est la cachexie hypophysaire, la terminaison fréquemment mortelle.
Cependant, à côté de la cachexie hypophysaire véritable, il n’en reste pas moins qu’il existe toute une série de cas dans lesquels l’anorexie n’est que le résultat d’un état psychopathique fruste réalisant le tableau de ce que CHARCOT avait appelé : « L’Inappétence hystérique ».
On s’est souvent servi pour démontrer l’étiologie hypophysaire de l’anorexie mentale d’un argument thérapeutique : la rétrocession des phénomènes devant l’opothérapie hypophysaire.
Il est à remarquer cependant que dans les cas que
nous pourrions appelés « Anorexie mentale idiopa-
PRNTO SE
thique » la médication hypophysaire seule ne suffit pas à entraîner la disparition du syndrome d’inappétence, mais qu’il importe essentiellement de réaliser l’isolement du malade en accompagnant cette cure purement psychiatrique d’une cure de réalimentation graduée et progressive, systématiquement surveillée.
Dans ces cas, la médication hypophysaire ne joue plus qu’un rôle d'appoint. Tous traitements visant à renforcer les moyens de défense de l’organisme auraient donné des résultats équivalents. Les Américains, négligeant la médication hypophysaire appliquent la cure d'isolement dans l’obscurité de Neubauer, l’accompagnant d’injections de sérum glucosé à haute dose.
Nous nous proposons d'examiner succintement les arguments tendant à ramener tous les cas d’anorexie mentale à un syndrome hypophysaire plus ou moins fruste et de montrer qu’il existe un élément purement
psychiatrique dans un très grand nombre de ces cas.
DEFINITION -— DELIMITATION -—— HISTORIQUE
On dit qu’il existe un état d’anorexie mentale chez un sujet, lorsque « sous l’influence d’une représentation mentale le malade prend le dégoût de toute espèce d'alimentation et parvient à inhiber en lui la sensation
physiologie de la faim » (DEJERINE).
C’est une maladie d’observation plus fréquente chez les jeunes femmes et les jeunes filles, surtout de constitution névropathique.
On peut rapprocher l’anorexie mentale des névroses dysphagiques et même du cardiospasme idiopathique (Thèse de Minor 1939).
Une autre forme d’anorexie mentale existe, à laquelle on fait peu attention, c’est la phobie de l’aliment chez certains malades auxquels on a prescrit des régimes réduits et qui arrivent à des états de sousnutrition intense, en exagérant eux-mêmes les prescriptions de leur médecin; c’est surtout chez les hypertendus que l’on aura menacés d’accidents que l’on
pourra en observer certains cas.
C’est à un médecin de Saint-Etienne en Forez,
ut Pa
NAUDEAU, que revient, semble-t-il, le mérite d’avoir en 1789 publié le premier cas d’anorexie mentale. Cet auteur rapporte dans le « Journal de Médecine, de Chirurgie et de Pharmacie » une observation de « maladie nerveuse accompagnée d’un dégoût extraordinaire pour les aliments ». En réalité ce n’est que dans la deuxième moitié du dix-neuvième siècle que l’anorexie mentale devint l’objet de nombreux travaux et communications.
La description clinique de ce syndrome fut définitivement fixée dès 1873 par LASÈGUE dans une de ses remarquables « Etudes médicales ». L'évolution des idées s’est faite essentiellement au sujet de la pathogénie; il faut en distinguer trois étapes
Dans une première période, la vogue considérable de l’hystérie, fait que l’anorexie mentale est considérée comme une des manifestations fréquentes de cette névrose. En 1859, BRIQUET mentionne une anorexie d’origine nerveuse dans son traité de l’hystérie. Guzx. en 1868, signale à Oxford « l’asepsia hysterica ». En 1883, HucHaRD insiste sur le fait que « l’anorexie est entretenue par un état mental particulier » et crée la dénomination, aujourd’hui admise, d’anorexie mentale. Ainsi, pendant toute la fin du dix-neuvième siècle, l’anorexie mentale semble surtout intéresser les auteurs par la contribution qu’elle peut apporter à
l’étude de l’hystérie, objet de toutes les faveurs.
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