‹ Contribution à l'étude de l'aphasie hystériqueChapitre 14 sur 26 · IE · texte numérisé non relu

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sensation d'être lélescopé, éprouva un éblouissement el témba sur son séant, du haut d'un escalier de deux ou trois marches.

Il se remit assez promplement et reloprna chez lui sans faire mention de cet accident. Les jours suivants, il se plaignil de souffrir de maux de têle, de nausées et de photophobie à la lumiere vive, el il présenta un léger torticolis, une certaine faiblesse générale et aceusa une sensalion de froid très marquée aux extrémités.

Il parut aussi irrilable ; un rien le préoccupait outre mesure, Dans le courant du mois de février 1902, ces malaises s'accrurent, le travail devint pénible, difficile ; M. P... fut sujet à des éblouissements, à la somnolence ; son visage élail congestionné, sa nuque douloureuse, el par moments se manifestaient de petits accès de fiévre.

Sur ces entrefaites, 11 dut, le 29 février, assister de très près à des Urs d'essai d'une grosse piece à feu; au moment de la délonation, il ressentil une forte secousse el éprouva la sensation que quelque chose venait d'éclater dans sa Lêle.

De retour à son domicile il fut pris d'un accès de fièvre et,le lendémain, de délire. Pendant huit jours, le malade reste plongé dans un état semi-comateux:; il avait de l'embarras de la parole,la déglutition élait d'fficile, le visage élait douloureusement contracté du côté gauche et la nuque du même côté était le siège d'élancements très pénibles.

Dans son délire, la malade parlait constamment du coup reçu sur l'Indomptable; c'est alors qu'on fil une enquête qui établit la réalité de cet accident jusqu'alors ignoré des siens.

Huit jours plus lard, la eonnaissance reparul, à la suite d'un traitement actif (sangsues, glace sur la tôle, calomel) : la mémoire revint en partie, mais les élancements douloureux de Ta nuque ne se calmérent qu'au vinglieme jour du traitement.

La guérison resta incomplète, certains symptômes graves persis- (antencore, Lels que délire professionnel et de persécution, verliges, nausées, photophobie, diplopie, bourdonnements d'oreilles, douleurs dans le côté gauche de la nuque, engourdissements de la tête et de la mâchoire inférieure, élancements dans les talons.

On le crut même en proie à une méningo-encéphalite spécifique, mais le traitement inslitué fut reconnu inefficace.

Vers le mois de mai 1902, le délire se dissipa, la mémoire reparut sauf celle des chiffres, la diplopie fut moins prononcée : l'amélio-

ralion élait imparfaile, car de temps à autre les malaises antérieurs se manhifestaient à nouveau, bien qu'avec moins d'intensité.

Une deuxième rechuté se produisit le 23 juillet suivant, à la suite d'un heurt violent de la tête contre une lourde suspension de lampe; le malade se rejeta brusquement en arrière et il en résulta de fortes douleurs à la nuque. Le lendemain, les douleurs s'accentuèrent, le délire reparut sans idées de persécution. Toutefois, M. P... voulut partir pour accomplir une mission; il s'échappa de la maison et on eut mille peines à l'y ramener. Il mit un mois à se rétablir, mais de temps à autre les malaises intérieurs se reproduisaient. On note ainsi quatre rechutes de novembre 1902 à juillet 1903, les 4 et 21 novembre 1902, le 30 janvier 1903. De mars à juillet, il y eut retour presque complet à l'état normal, jusqu'à la mémoire des chiffres qui revint.

Du 17 juillet au 27 août, sixième crise, durant laquelle on constata des idées de fugue, une certaine fixité du regard, el surtout des périodes de mutisme complet.

A celle occasion, le malade fut vu pour la deuxième fois par un professeur de Montpellier, qui diagnostiqua une méningite chronique produile par un trauma du .méso-céphale el qui conseilla de faire voir le malade à un chirurgien.

La mémoire et la parole parurent revenir de temps à autre, du mois d'août au 20 octobre dernier, mais, depuis cette dernière date, le malade resta aphasique.

Au mois de novembre, après un séjour de quelques semaines à l'hôpital militaire de Marseille, M. P... fnt conduit à Paris et soumis à l'examen de nos collègues : l'un deux, n'ayant constaté l'existence d'aucun signe objectif d'affection organique du système nerveux, posa le diagnostic de confusion mentale avec stupeur, arthrite vertébrale de la colonne cervicale.

Le 13 novembre dernier, la famille fit admettre le malade dans notre service au Val-de-Grâce.

Aspect du malade. — Lorsqu'il nous fut présenté, M. P... avait l'aspect d'un homme robuste, replet, lourd, et ayant l'attitude d'un mélancolique avec stupeur.

Il progressait lentement, à petits pas traînants, la tête fortement féchie, projelée en avant el immobilisée dans cet état, les yeux

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regardant au-dessous. Il se mouvait tout d'une pièce, obéissant, fidèle, aux indications données par la personne qui le conduisait.

Il semblait être indifférent à tout ce qui l'entourait et ne voir que sa fidèle compagne; cependant, lorsqu'une personne étrangère entrait dans la chambre, un coup d'œil rapide indiquait qu'il s'en rendait compte.

Aux questions posées par un assislant, mais surtout par sa femme, il ne répondait que par un ou ou loujours uniforme. Il se prêtait volontiers aux examens des médecins, parce qu'il conservait, d'après le dire de Mme P..., un certain sentiment de sa triste situation et qu'il avait le vif désir d’être soulagé.

Abandonné à lui-même, 17 prenait le livre à images qu'on mettait à sa disposilion et le feuilletait d'un bout à l'autre sans y rien comprendre, car il conlinuait son opération pendant un certain temps lorsqu'on relournail le livre à contre-sens. Après quelques instants, il finissait par s'apercevoir que les images étaient renversées, il le retournait alors. Il avait la manie de prendre tous les menus objets, tous les bouts de papier qui étaient à sa portée el de-les cacher dans ses poches ou-sous son traversin : il ne permettait qu'à sa femme de les reprendre.

Il prenait ses repas volontiers avec appétit, et les terminait en fumant un cigare. Une fois levé il s’efforçait de quitter la chambre et d'aller furéter dans les chambres voisines ou d’aller se promener dans les couloirs ou le jardin de l'hôpital.

Très doux habituellement, il pouvait devenir violent el se porter à des voies de faits lorsqu'on voulait lui prendre un objet ou lorsqu'il voyait un infirmier devenir familier ou insolent à son égard. Il témoignail, en effet, d'une grande susceptibilité, soit qu'habitué à la discipline militaire ilexigeât un grand respect de la part du personnel subalterne, soit qu'il conservât une certaine tendance au délire de persécution. Un jour même, à son réveil, croyant qu'on lui avait servi du café empoisonné, il refusa de le prendre, el, lorsque Je médecin fit mine d’en boire pour lui inspirer confiance, il se précipita sur lui, chercha à lui arracher la lasse des mains pour éviter un malheur, comme il s’efforça de l'expliquer dans la suite.

Une autre fois il mit à la porte de sa chambre un infirmier qui, à son impression, avait cherché à lui jouer un tour. Après cel acte d'énergie, dès qu'il nous vil, ilessaya de nous rendre compte des

différentes péripéties de l'accident. Sa torpeur habituelle avait fait place à une viveanimalion, el il usa d'une mimique des plus expressives pour se faire comprendre de nous. Le lendemain, il parut plus affaissé, mais il se remit promplement.

Nous élions convaineus désormais qu'il ne s'agissait point chez ce malade de confusion mentale, ni de démence, mais d'une sorte de rétrécissement du champ de l'activité mentale, augmentant où diminuant par périodes, sous l'influence de causes organiques ou fonctionnelles dont nous allons essayer de définir la nature.

Chez M. P.., l'attitude générale, la fixité et l'abaissement de la têle nous semblent motivés par l'existence d'une violente douleur sur la parlie latérale gauche de la nuque, à la hauteur des apophyses lransverses des troisième el quatrième vertèbres cervicales ; cette douleur est continué, le moindre mouvement la rend très intense et oblige le malade à grimacer et à placer vivement la main sur ce côté de la nuque pour maintenir limmobilhisation. L'ouverture forle de la bouche suffit à provoquer ces souffrances ; aussi il évile autant qu'il peut de desserrer les dents. La contraction des muscles de la nuque est continue. Elle s'étend à tout le côté gauche du corps ; la langue y participe, elle est comme collée sur le plancher buccal et le malade ne peut que légèrement la soulever en dos d'âne. [l'est incapable de la sortir de la bouche.

Celle contracture est trop peu accentuée pour s'opposer au mouvement communiqué el même au mouvement symétrique el associé spontané. Les réflexes sont conservés d'un côté comme de l'autre ; il y a ni trépida‘ion épileploïde, niréflexe de Babinski. Par contre, nous constatons que tout le côté du corps, face comprise, est le siège d'une hémianesthésie complèle, el qui serail absolue si la compression forle el profonde de la nuque au point indiqué ne provoquail une sensalion douloureuse.

Les sensibilités musculaire el articulaire sont prononcées à un tel point qu'on peut, à l'insu du malade, soulever son membre supérieur gauche en position horizontale sans qu'il retombe, Ce phénomène calaleplique persiste plusieurs minutes. Le malade continue à se servir de la main droite, à marcher sans rien remarquer, jusqu'au moment, où voulant effectuer un mouvement comme celui de sortir de là chambre, il heurte son bras levé qui fait obstacle. Son alention étant éveillée, il regarde alors d'où vient l'obstacle et sans

PR AS EE ; S'émouvoir, abaisse son bras qui redevient souple sur-le-champ.

Les organes des sens sont le siège d'une anesthésie presque complète ; le malade ne semble pas entendre le Lic-Lac d'une montre, ét il faut approcher un objet jusqu'à 1 centimètre de la pupille pour qu'il l'aperçoive. Une substance sapide n'est pas sentie à gauche par les muqueuses linguale et buccale. Du côté opposé, il y a une diminution de lacuilé sensorielle et une diminulion du champ visuel, mais beaucoup moins marquée. La ponction lombaire n'a donné issue qu'à une trop faible quantité de sérosité liquide pour qu'il fût possible d'en faire l'examen cylologique.

Le 2? décembre, après radiographie des vertèbres cervicales, on place un appareil plâlré sans qu'il y ail fracture ou luxation bien certaines.

Le malade fut calmé, les douleurs s'atténuent, les progrès sont incessants et les efforts accomplis pour la rééducalion obtiennent du succès. Le malade redevient Sociable, souriant, prévenant, il a des’accès de gaielé. L'intelligence se réveille, la mémoire reparaît.

Au milieu de janvier, le malade comprend tout el se fait comprendre à son tour par une mimique expressive. Il commence à se servir du crayon. Il retrouve la mémoire des carles el devient un Joueur redoutable. Mais l'aphasie, l'agraphie sont encore absolues en février; on lui donne des leçons chaque jour ; l'élève est docile et il commence à prononcer quelques lettres. À cette même période la sensibilité revient du côté gauche anesthésié ; le malade entend la montre. La diplopie diminue, le champ visuel est moins rétréci.

11 février. — Depuis le 10 février, le malade apprend chaque jour 3 lettres de l'alphabet et peut les réciler l’une à la suile de l'autre, à condition qu'on prononce devant lui la première. Il a appris aussi à les reconnaître sur un journal et à les souligner.

24 février. — Le malade peul réciler toutes les lettres de l'alphabet, mais il ne peut encore reconnaitre celles qu'on lui indique au hasard. La prononcialion laisse encore à désirer ; elle s'arhéliore cependant de jour en Jour.

11 mars. — M. Antony présente de nouveau son malade : « Ainsi que je l'avais prévu, dit, ‘ce malade, a recouvré la parole le 8 mars dernier ; l'agraphie et la cécité littéraire ont disparu le lendemain.

Vous pouvez constater actuellement que la pr'ononcialion est encore gènée. Cette difficulté est'due à la persistance de la contrac-

ture de la langue. , .

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15 octobre 1904. — Le malade avait quitté le Val-de-Grâce, complètement guéri.

Plus tard, à la suite d'une chute, le malade perdit de nouveau l'usage de la parole, qu'il recouvra sous le coup d’une forte émotion.

Notons dans cette observation, en plus'de l'aphasie avec agraphie et de la cécité verbale, l'influenee marquée du traumatisme sur l'apparition des phénomènes hystériques. C’est une chute sur la tête qui fait reparaitre après guérison complète les troubles de la parole. C'est une émotion violente et un traumatisme léger de louiïe, qui tout au début de la maladie déterminent les accidents notés dans le cours de l'observation.

MM. Raviart et Dubar ont reproduit dans l'Echo méd. du Nord, en 1907, l'histoire d'un malade hystérique qui à présenté toute uné longue liste de troubles de la parole, de troubles de la motilité, de la sensibilité, de troubles trophiques, et qui semble réunir à lui seul toute la patho- . logie du système nerveux.

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