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OBSERVATION VII

(G. Raviart et Dubar, Echo médical du Nord, 14 avril 1907)

Aphasie motrice

Les premiers jours, D... présentait du mutisme, cessant la nuit pendant le rêve, puis de l'aphonie, el dès qu'il s'estremis à parler, le 8 avril, on n'a pu constater chez lui qu'une aphasie motrice légère, ne portant que sur quelques mots.

‘) rPI le a fac] ‘h; 12 avril. — D... parle plus facilement qu'hier. 11 ne cherche plus

ses mots, les mots usuels tout au moins,mais quand il doit employer un mot peu usilé il éprouve quelque embarras; c'est ainsi qu'il cherché cinq minutes le mot civilité. Il nous fait NET remarquer qu'il dit plus facilement son prénom que celui de son fils.

Certains mots cependant lui font encore défaut: nous lui montrons la cornette d'une religieuse, une seringue de Pravaz, il a bien une image auditive de ces deux mots et il peut en compter les syllabes, il cherche à avoir sur le mur une représentalion visuelle de ces mots, il n'y parvient pas el, finalement, il doit y renoncer.

Quand nous lui faisons voir les aiguilles d'une montre, il cherche 40” après le mot «aiguilles » dontil a cependant la représentation auditive

13 avril.— Le lendemain mème difficulté ; nous lui montrons l'aiguille et lui demandons de nommer l'objel.

H ne peut le faire. Nous lui demandons s'il sait ce que c'est; il répond affirmalivement.

D. Combien le mot a-t-il de syllabes ?

R. Deux.

Il dit très bien entendre le mot comme si on le lui disait, mais il n'en a pas la représentation visuelle. Enfin, il trouve, dit brusquement : aiguille.

Nous lui faisons épeler le mot, il le fait assez facilement, puis, sur notre demande, il en compte les syllabes.

Re Prois-:

D. Comment se fait-il que vous nous disiez tout à l'heure qu'il n'y en avait que deux.

R. C’est que je n'en entendais que deux.

15 avril. — Il entend siffler la Marseillaise ; après quelques minules, il en reconnaît l'air, mais ne retrouve pas le nom, il en à cependant l’image audilive et peut nous en donner le nombre de de syllabes. Il finit enfin par pouvoir prononcer le mot Marseillaise.

3 mai. — On siffle l'air du roi Dagobert, il le reconnaît, peut le répéter mentalement, mais de même qu'il ne peut répéter l'air, il

ne peut nous dire le titre de la chanson : « J'ai le nom dans la tête,

nous dit-il .….. c'est un air connu, un air simple .….. je ne le vois pas écrit … Pour la Marseillaise également il reconnaît l'air, dil que c’est une chanson patriotique, mais ne peut dire le mot, bien qu'il en ail l'image auditive silôl qu'il la cherche; ilen à ensuile une

en OO '

image visuelle que nous l'invitons à lire, et il l'épelle lentement, s'arrèlant quelques secondes entre chaque lettre qu'il prononce d'une facon explosive ; ensuite viennent les deux premières syllabes, puis le mot tout entier.

7 mai. —Ilne trouve pas avec une égale facilité tous les mots ; c'est ainsi que, pour certains de ses oulils de charpentier, il les voit devant les yeux, sait à quoi ils $ervent, doit réfléchir un moment pour entendre leur nom, mais il ne peut parvénir à le prononcer, m1 en retrouver non plus l'image visuelle. 11 nous indique le nombre de syllabes des mots, rien de plus.

8 mai. — Les noms propres sont parmi ceux qui lui donnent le plus de mal. Nous lui disons notre nom et lui demandons de le répéter, il ne peut le faire qu’en en lisant mentalement l'image visuelle. Nous essayons de le lui faire dire sans le secours de cette image, il l'estropie : Raviae ; nous l'invitons à se servir de l'image visuelle, il se coriige alors.

11 mai. — Nous lui redemandons de dire notre nom, il se déclare incapable de le faire, toutefois il en a aussitôt une image auditive et peut nous donner le nombre de syllabes qui le composent, puis l'image visuelle lui apparaît, il en compte les lettres, nous le lui faisons alors prononcer en l'invitant à lire celte image.

18 mai. — Il met encore 20 minutes pour prononcer notre nom, il utilise toujours le procédé précédent.

7 juin.— D...,en nous voyant, entend notré nom, puis le voil,mais il ne peut le dire qu'après quelques secondes.

27 juin. — Il parle maintenant couramment.

17 juillet. — Le malade est encore obligé de chercher le nom de ses oulils.

20 août. — Les mots reviennent peu à peu, D... évoque l’image d'un outil, cherche son nom et ne le retrouve pas toujours le même jour.

Amuste. — Surdilé musicale

Le 12 avril, D... nous déclare spontanément: « Je savais des chansons plein des sacs: je ne n'en rappelle pas du tout. » De fait, il ne peut arriver à chanter « Au clair de la lune », n'en peut fredonner

TRUE l'air, ne le reconnaît pas. Il ne peut le répéter après l'avoir entendu.

Même incapacité pour la Marseillaise, ete.

13 avril. — Amusie absolue. D... ne reconnait rien, ne peut siffler ni chanter, ni fredonner, et il s'en affecte. « Je vois que la voix revient, mais c’est le reste qui m'ennuie ! »

15 avril. — L'amusie est un peu moins absolue: lorsqu'on siffle la Marseillaise, le malade en reconnaît l'air après quelques minutes, mais 1} est incapable de le répéter.

20 avril. — Lorsqu'on siffle Au clair de la lune, le malade dit qu'il entend bien siffler, mais qu'il ne sait pas du tout ce que cela signifie.

Siffle-t-on la Marseillaise, il dit Lout de suite qu'il l'a entendue l'autre jour, et au bout de quelques secondes il retrouve le nom. «C'est la Marseillaise ; ce que j'ai entendu plusieurs fois, maintenant je m'en souviens. »

3 mai. — Il ne se souvient d'aucune chanson et s’en plaint, mais il reconnaît l'air du Roi Dagobert qu'il ne peut répéter. Cependant il déclare pouvoir le répéter mentalement. Il reconnaît aussi la Marseillaise, 1l peut « penser l'air tout entier dans sa Lêle », mais non le répéter.

‘7 mai. — L'amusie est plus marquée gue les Jours précédents. On siffle la Marseillaise pres de lui: «il me semble, dit-il, avoir déjà entendu ça quelque part, mais je ne pourrais pas dire ce que c'est. »

17 juillet. — I] siffle maintenant, arrive même, péniblement du reste, à siffler la gamme; il reconnaît les airs qu'il entend, mais il ne peut les répéter.

15 août. — Après un très grand nombre d'exercices chaque jour répélés, l'amusie a presque disparu, le malade reconnaît immédiatement les airs les plus variés et il peut les siffler; mais, en raison de l'amusie encore existante, il ne se souvient qu'imparfaitement de ses chansons. A;

Surdilé verbale

13 avril. — Tandis que nous lui parlons, D... regarde nos lèvres, afin, dit-il, de mieux comprendre. Nous lisons le journal à haute voix ; des mots qu'il comprenait très bien auparavant ne lui sem-

LANCE blent, selon son expression, qu'un bourdonnement. Ex : Dispersion, harangue, équivoque.

Ces mots n'éveillent aucune image, puis, après explications, toutes les images correspondantes réapparaissent.

Lors de l'exercice de la parole répétée, la difficulté de compréhension rapide des mots se traduit par un retard. Il doit, dit-il, réfléchir un court instant avant de répéter chaque mot pour trouver sa signification. Et cet exercice le fatigue rapidement.

3 mai. — D... se plaint de ne pas toujours comprendre ce qu'on lui dit, surtout lorsqu'on lui parle un peu vite, il répond quelquefois non quand il faudrait dire out.

7 mai. — « Quand les malades parlent à plusieurs dans le fumoir il faut que je regarde leur bouche et que je tende l'oreille pour comprendre la moitié de qu'ils disent. Quand je ne regarde pas leur bouche je ne comprends presque plus rien : c'est pour ça que je regarde quelquefois avec un air si hébété. Quand j'écoute une conversalion, j'entends comme un bourdonnement dans mon oreille gauche, je ne saisis un mot que de temps en temps, et s'ils disent une bêlise je ris de les voir rire el je n'ai pas compris.

» L'autre jour on me disait un mot fort simple et je le répétais n'arrivant pas à comprendre ce qu'il voulait dire. Quelqu'un au fumoir me parlait de céder el je ne me suis souvenu de la signification de ce mot que lorsque j'ai entendu parler de vendre. »

8 mai. — Nous lui parlons de prestige, il répète le mot, ne le comprend pas ; il se mel alors à faire des mouvements de son bras gauche « Je l'écris, dit-il, pour tâcher de m'en rappeler la signification», et il emploie par deux fois le même procédé (notons iei que, conséculivement à sa monoplégie brachiale droite, D... avait dû apprendre à écrire de la main gauche). Comme nous lui demandons alors d'écrire le mot de Ia main droite, il ne peut plus le prononcer, mais en ayant conservé l'image visuelle il la déchiffre et retrouve le mot de la signification duquel il ne parvient pas à se souvenir. Nous la lui indiquons el il est alors facile de constater qu'il l'avait oubliée ; ouvrier assez intelligent il nous montra qu'il savait ce qu'était le pres'ige.

18 mai. — D... déclare qu'il comprend mieux ce qu'on lui dit, mais il doil encore faire répéler des mots, il ne les comprend pas’ tous.

27 Juin. — I comprend maintenant couramment.

Le.

Cécilé lillérale. — Cécité verbale

9 avril. — Nous écrivons lisiblement :

Vous ne savez plus écrire ? I] met plus d’une minute à lire cette question : Æcris lon nom. Après une minute et demie d'efforts, il lit : Crire crire... tu... Eu mon. Nous lui montrons imprimés les mots équilibre, surveillance. Il met une minute pour épeler en scandant chacun de ces mots. Nous lui montrons lé chiffre ?, il le dit aussitôt; puis le chiffre 14, 1, 4, puis après une demi-minute de réflexion 14. Il n'est arrivé à ce résullat qu'en comptant jusqu'à 14 sur ses doigts. Il lit facilement l'heure.

11 avril. — La lecture est toujours difficile, le mot manuscrit maison est lu en 10”; la lettre / est toujours pour lui un obstacle très difficilement surmonté. Comme on siffle ensuite Au clair de la lune, il demande si ce n’est pas le même air que celui qu'on vient de siffler ; il croit que si. Même réflexion à propos d'un troisième.

18 mai. — L'amusie est toujours très marquée.

7 juin. — L'amusie diminue; si l'on siffle un air: Au clair de la lune, par exemple, au bout de quelques secondes il a eu le souvenir visuel du titre, l'a lu mentalement et au bout d'environ 20 secondes nous l’a dit. Il essaie alors de siffler, mais il ne réussit à émettre que des sons à peu près semblables les uns aux autres. Même chose pour la Marseillaise; il la reconnaît, peut avoir une image auditive de l'air enlier, mais ne peut arriver à en répéter les notes. Il parvient péniblement cependant à répéter, en sifflant, les premières notes de la gamme.

27 juin. — L'amusie est un peu moindre et il reconnaît de suite les airs que l'on siffle ; toutefois, il est encore incapable de siffler el de chanter, et il met 30” pour la trouver dans le mot manuscril civil. La lecture de cette phrase imprimée : Un ami nous fail celle intéressante communicalion, demande une minute et demie.

Il met 65° pour déchiffrer le mot ancien dans un journal. Il met près d’une minute pour lire la lettre £, lil très vile 4, moins vite s (10°), é (20°). I met 45” à chercher dans un journal la leltre 4.

Le nombre manuscrit 3450 est lu en 10”, le nombre imprimé 4913 est lu en 30”. Il doit pour y parvenir lire d'abord chiffre par chiffre.

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