LÉSIONS EN DEHORS DE LA SPHÈRE GÉNITALE
Sur 27 autopsies, les lésions constatées furent :
1° Des hémorragies, plus ou moins importantes, pouvant se rencontrer dans n'importe quel organe ;
2 Des lésions cellulaires du Foie et des Reins.
Hémorragies
L'apoplexie utéro-placentaire s'accompagne assez fréquemment d'hémorragies dans ie parenchyme des différents organes.
Elles ont été constatées : :
Dans le foie : 6 fois. — L’hémorragie sous-capsulaire se présente sous la forme d’un piqueté hémorragique immédiatement sous-séreux, parfois de taches ecchymotiques rarement étendues.
Dans le diaphragme : 2 fois.
Dans le péricarde : 1 fois.
Dans l’endocarde : 1 fois.
Dans les méninges cérébrales : 1 fois.
Dans la muqueuse gastrique : 2 fois.
Dans les surrénales : 1 fois.
Lésions du Foie
Elles consistent, outre les hémorragies sous-capsulaires déjà vues, en lésions dégénératives du parenchyme.
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Bar et Kervily, dans l'observation qu’on est en droit de ranger parmi celles d’apoplexie utérine, bien que le seul renseignement donné par ces auteurs est que « l'utérus paraissait ecchymotique, en ont donné une description des plus complètes que nous allons citer intégralement :
« L'examen du foie montre ceci d'intéressant que, dans la zone centrale de tous les lobules, il existe une dégénérescence très marquée des cellules hépatiques, et certaines cellules y sont atteintes de lésions de nécrose. Voici l’examen détaillé :
Examen macroscopique. — Le foie est un peu augmenté de volume et pèse 1.470 grammes. Il a une résistance normale et; ne présente, en ausun point, de petits foyers hémorragiques. Il a une coloration un peu jaunâtre, ce qui fait songer à un foie un peu gras, et de plus, en l’examinant avec attention, on constate de petites taches grisâtres de moins de 1 m/m., mal délimitées, souvent réunies en réseau et qui sont encore mieux visibles à
travers la capsule de Glisson, fine et brillante, que sur les sections. Ce sont justement ces taches grisâtres qui présentent de l'intérêt à l'examen histologique.
Examen microscopique. — Même. à l'œil nu, les coupes histologiques présentent, après coloration, un aspect spécial, bien nettement tigré. Les points grisâtres observés déjà à l’autopsie, restent clairs, tandis qu'entre eux se trouvent des bandelettes irrégulières formées de cellules saines, fortement colorées.
Au microscope, on constate que la capsule de Glisson est normale. I1 n’y a pas trace de cirrhose.
Lobules et cellules hépatiques. — La structure générale des lobules est bien conservée et l’on peut s'orienter très facilement sur les coupes. Mais, tandis que les travées de cellules hépatiques sont bien régulières dans le voisinage de l’espace porte, il se produit par gradation insensible une dislocation des travées à mesure que l'on approche de la’ veine céntrale du lobule, et l'on constate cela d’une façon constante dans tous les lobules.
Au voisinage de l'Espace porte, rien de particulier à noter dans les cellules hépatiques. Toutes les cellules sont régulières, de
volume sensiblement égal ; on aperçoit, le plus souvent, une délimitation bien nette entre les cellules d’une même travée ; le protoplasme se colore bien et contient parfois un peu de pigment jaunâtre. Les noyaux se colorent bien et l'on peut voir la chromatine condensée à la périphérie (membrane nucléaire), le nucléole et les petits grains chromophiles. Souvent deux noyaux se trouvent accolés dans la même cellule.
L'aspect change si l’on examine les cellules hépatiques, dans le voisinage de la veine centrale du lobule. Les travées y sont disloquées, ne formant souvent que de petits fragments composés de peu de cellules. Entre ces travées, en beaucoup d’endroits, existent de fines fibrilles. Les cellules hépatiques, d’une façon générale, sont atrophiées, n’atteignant quelquefois que la moitié ou le tiers du diamètre d’une cellule hépatique normale. Certaines cellules sont petites, mais à contour net ; dans d’autres cellules, le contour est irrégulier, la cellule s'est effritée à la périphérie, et en passant par tous les intermédiaires, le protoplasme de certaines cellules semble s'être liquéfié dans sa plus grande partie et le noyau, retenu par un petit reste de protoplasme, semble être prêt à être mis en liberté.
Dans cette région (c’est-à-dire au voisinage du centre des lobules), les noyaux se colorent fortement par les colorants nucléaires, mais ces noyaux sont plus petits, les détails nucléaires y sont beaucoup moins visibles que dans les cellules normales situées à la périphérie des lobules ; ce sont des noyaux qui, presque tous, sont contractés.
Le protoplasme des cellules de cette région malade se colore d’une façon plus pâle, et pour ainsi dire indifférente, sans électivité, et la coloration montre un contraste remarquable entre les cellules hépaliques normales situées à la périphérie du lobule, et qui ont un protoplasme bien net, et les cellules hépatiques malades, situées dans la zone centrale du lobule et qui ont un protoplasme atrophié, mal délimité. :
La limite entre la région saine et la région malade est, presque dans tous les lobules, à égale distance entre l’espace porie, et la veine centro-lobaire.
Espaces de Kernan. — Les vaisseaux sanguins et lymphatiques, et les conduits biliaires des espaces portes sont normaux. Plusieurs
espaces contiennent des cellules rondes ïinfiltrant le tissu
conjonctif.
Sang. — Le sang contenu dans les branches de la veine porte et dans les capillaires des lobules, est remarquable par sa grande quantité de leucocytes : polynucléaires et lymphocytes. Les éosinophiles sont rares. Nous n'avons pas constaté la présence de myélocytes.
L'action de l’acide osmique montre que toutes les cellules hépatiques contiennent de fines granulations graisseuses dans leur protoplasme. Ces granulations arrondies sont très petites et n'atteignent jamais le diamètre du noyau de la cellule. Elles surchargent avec prédilection les cellules voisines du centre du lobule. Pes granulation graisseuses plus grosses que les précédentes surchargent les cellules étoilées.
Telles sont, dans le principe, les lésions hépatiques. On voit qu'elles consistent essentiellement en une dégénérescence centro-lobulaire avec dislocation des travées. Dans un cas, la dégénérescence était si marquée qu'il n’y avait plus de tissu sain.
Ces lésions hépatiques ont été retrouvées histologiquement par MM. Ley, Fordyce, Couinaud, Willson. Mais elles ne sont pas constantes. Le foie fut reconnu histologiquement normal: dans un cas (Couvelaire).
Remarquons de plus que dans deux cas, il y avait hémorragie sans nécrose et qu'une fois il y avait cirrhose hépatique.
Lésions du Rein
Les lésions dégénératives du parenchyme rénal ne sont pas toujours du même type.
Sept fois il y avait des lésions de néphrite aiguë.
— Dh :
Le type en est fourni par l'observation III de M. Couvelaire :
« Pas de sclérose constituée, mais seulement infiltration leuco- … cytaire à la périphérie de l'organe sous la capsule. Le tissu conjonctif interposé aux tubes urinaires dans leur trajet superficiel est farci de leucocytes polynucléaires. Quelques corps de Malpighi sont le centre d’un foyer leucocytaire. De plus, lésions congestives parcellaires consistant en dilatation des capillaires intertubulaiïres du réseau glomérulaire et parfois même irruption du sang dans la cavité du corpuscule et dans la lumière des tubes urinaires. Le revêtement épithélial des tubes vecteurs (Belinni, Henlé) n’est pas altéré. Par contre, celui des tubes contournés est très profondément lésé A côté de canalicules dont le revêtement est presque intact, d’autres ne montrent plus qu’une couche protoplasmique, de structure granuleuse, dépourvue de noyaux ou ne possédant . que des noyaux en pycnose. Cet épithelium est plus ou moins : effondré dans la lumière canaliculaire.
D'ailleurs, la lumière de la plupart des tubes urinaires, contournés de l’anse de Henlé et collecteurs, est occupé par des détritus cellulaires sous la forme de cylindres finement granuleux. Rappelons qu'on aperçoit dans certains tubes seulement, en raison de la topographie parcellaire des lésions, des hématies passées au niveau de glomérules altérés. »
Deux fois il s'agissait de néphrite chronique.
Enfin, il faut ajouter que ces lésions sont inconstantes, puisque : |
Deux fois les reins furent trouvés normaux, histologiquement,
Lésions Fotales
Le fœtus a été autopsié par Oldfield et Hahn, qui notent : 1° La présence de liquide teinté de sang dans la cavité péritonéale : . ’ \ “ . 9
2 L'existence de suffusions sanguines sous-péritonéales ; 3° Le foie fœtal présentait un peu d'infiltration leucocytaire dans les tissus périvasculaires.
Il est intéressant de rapprocher cette observation de celles citées par M. le Professeur Bar, à propos d'enfants nés de mères éclamptiques.
M. Bar rapporte le cas d’une femme morte au cours d’un coma éclamptique au terme de sa grossesse. L'enfant, extrait par césarienne abdominale post-mortem, naquit en état de mort apparente et mourut deux heures après sa naissance.
A l’autopsie, on constata la présence de nombreux foyers hémorragiques dans le foie. Ces hémorragiés avaient rompu la capsule de Glisson sur une grande étendue du lobe droit, en sorte qu'il existait une véritable inondation péritonéale. L'enfant présentait en outre des hémorragies méningées.
Sur l'examen de 16 autres cas, M. Bar conclut à la fréquence d'un état congestif très marqué du foie et des reins et à la possibilité de dégénérescences parenchymateuses discrètes.
Il faut observer que ces lésions sont de même ordre que celles qu’on rencontre chez la mère, mais qu'elles ne sont pas absolument spéciales à l’éclampsie, puisqu'on peut les-’rencontrer à la suite d’asphyxie fœtale et d'infection.