ÉTUDE HISTOLOGIQUE
Examen de l’Utérus
Il y a lieu d'étudier les aspects histologiques : 1° Au niveau du muscle ;
2° Au niveau de la muqueuse ;
3° Au niveau des vaisseaux.
1° Au niveau du muscle. — La lésion essentielle de l’apoplexie utéro-placentaire est l’infiltration sanguine du myomètre. Le myométrium apparaît clivé en feuillets, l’épanchement
sanguin occupant les espaces conjonctifs interfasciculaires.'
Par places, et là seulement où l’épanchement est très accusé, en particulier dans la zone d'insertion placentaire, les feuillets musculaires sont dissociés en fascicules composés de quelques fibres-cellules. Çà et là, des fibres-cellules s'égrènent dans l'épanchement sanguin.
Le raptus hémorragique peut se présenter sous l’aspect de
nappes très étendues ; d’autres fois, il se dispose en îlots, qui, comme dans le cas de Zarate, ne sont peut-être pas tous contemporains, comme semble l'indiquer leur colorabilité très différente de l’eosine.
Les examens histologiques ont permis de constater dans certains cas :
1° Des lésions dégénératives des fibres musculaires ;
2° Un œdème plus ou moins massif du myomètre ;
3° Une infiltration leucocytaire discrète.
. Les lésions dégénéraiives des fibres musculaires, notées par Seitz, Hartmann, Zarate, Ley, sont loin d’être constantes, car
elles n’ont été retrouvées ni par Couvelaire, ni par Essen Müller, ni par Williams.
Sur 14 cas examinés, 7 fois les fibres musculaires apparurent normales, 7 fois elles étaient plus ou moins dégénérées. Dans certains de ces derniers cas, la dégénérescence était très marquée et très étendue.
Elle se traduit essentiellement par un aspect ratatiné des cellules dont le protoplasme se rétracte, par une perte de colorabilité du noyau et par la présence dans le corps cellulaire de vacuoles caractéristiques. Certaines, totalement dégénérées,
sont réduites à leur noyau mal coloré.
On peut penser, a priori, que cette dégénérescence est due à la compression des fibres musculaires par l’'épanchement sanguin, mais Ley fait observer que dans trois cas ‘où elle était très marquée, elle n'était pas limitée aux aires hémorragiques. Pour Ley, cette dégénérescence n'est pas secondaire à l’hémorragie, mais due à la même cause.
L'œdème décrit par MM. Couvelaire et Williams n'est évidemment apparent, que là où il n’y à pas d'hémorragie. Il se traduit essentiellement par l’envahissement des travées conjonctives, par un liquide albumineux. Il entraîne une dissociation des éléments cellulaires des travées.
Il est, comme l’hémorragie, susceptible, lorsqu'il est très marqué, de dissocier les feuillets musculaires en fascicules.
Sa topographie dépasse, en général de beaucoup, celle de l’hémorragie et il est plus marqué également dans la région sousséreuse du myomètre.
L'injiltration leucocylaire rencontrée par von Weiss, Couvelaire, Zarate, Seitz, a une topographie variable.
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Eile est, en général, périvasculaire (Couvelaire). Etie est quelqueîfois diffuse dans les couches sous-muqueuses du muscle (von Weiss), il y a alors infiltration de la muqueuse. Elle est parfois disposée en couronne autour des foyers hémorragiques anciens (Zarate).
En tous cas, l'infiltration leucocytaire n'est pas constante, car Berggréen, Couvelaire (dans z cas), Williams, ne l’ont pas retrouvée.
2° Au niveau de la muqueuse .
« Au niveau de l'insertion placentaire, la muqueuse n’est plus reconnaissable, elle n’est constituée que par de gros amas hémorragiques, comblant les cavités glandulaires très dilatées. On devine mal, d’ailleurs, le revêtement de ces glandes. Au milieu de cette suffusion considérable, on retrouve des traînées de cellules déciduales. » (Couvelaire, 1" obs.).
Comme M. Couvelaire, la plupart des auteurs décrivent dans la muqueuse des zones hémorragiques qui peuvent s'étendre en dehors de la zone placentaire.
Ces modifications sont banales. Il en est d’autres, au contraire, qui päraissent plus spéciales à l’apoplexie utéro-placentaire. Elles ont paru si importantes aux auteurs qui les ont constatées, qu'ils ont échafaudé, sur leur existence, des théories pathogéniques. Ce sont :
4° L'infiltration leucocytaire ;
2° Les lésions dégénératives.
1° L'infiltration leucocytaire, par des leucocytes neutrophiles nombreux, a été constatée surtout par von Weiss, Seitz et Biancardi, mais :
Elle n'est pas constante, car elle ne fut pas retrouvée par Couvelaire, Williams, Essen-Môller, Gottshalk, Zarate, etc. ;
Dans les cas de Weiss, qui sont les plus démonstratifs, les utérus examinés avaient été tamponnés plusieurs jours à la, gaze iodoformée. Dans les cas où ce tamponnement n'avait pas été pratiqué, l'infiltration leucocytaire était à peu près inexistante.
2 Les lésions dégénératives, décrites par Seitz et Schickelé, paraissent avoir une importance plus grande.
Elles se traduisent par un épaississement des cellules déciduales dont le contour devient fiou et le noyau peu colorable.
Elles siègent surtout au niveau de la basale. Un dépôt de fibrine, recouvrant la caduque, forme avec les villosités et le sang coagulé, un bloc compact empêchant le placenta, de fonctionner.
Les vaisseaux sanguins ont totalement disparu (Schickelé), ou sont thrombosés (Biancardi).
En résumé, de toutes ces modifications histologiques, nous devons retenir l'infiltration sanguine du myomètre comme constante et caractéristique ; l’œdème et les lésions dégénératives comme inconstantes, mais liées à l’apoplexie utéroplacentaire. Elles n'ont pas été retrouvées, en effet, par Gordon Ley sur les utérus de contrôle qu'il a examinés, sauf dans un cas où la femme présentait des signes de toxhémie gravidique.
Par contre, l'infiltration leucocytaire n'apparaît pas comme spécifique, attendu qu'elle est banale dans les utérus de multipares. Dans les cas d’apoplexie utéro-placentaire, il est possible qu'elle traduise soit des lésions d’endométrite, lorsqu'elle siège dans la muqueuse, soit la résorption du sang épanché, quand elle siège dans le myomètre. :
3° Lésions vasculaires — L'existence de lésions des vaisseaux utérins pouvant avoir une certaine importance pathologique, nous en avons isolé la description.
Elles sont de deux ordres :
1° Les lésicns artérielles ;
2° Les thromboses veineuses.
Lésions des parois artérielles. — La plupart des auteurs, bien que les ayant cherchées, n’ont trouvé aucune lésion des parois vasculaires, en particulier M. Couvelaire dans deux cas ; Bergrreen, Essen-Môller, Ahltrôm, Fabre et Bourret, Brouha, etc..., ne les ont pas rencontrées.
Elles ont, au contraire, été constatées par Seitz eb par Williams qui les décrivent, et par Couinaud qui ne fait que les noter. :
Seitz a noté dans les vaisseaux de l'aire rétro-placentaire une prolifération marquée de t'endothélium avec une dimi: nution de la lumière des vaisseaux.
Williams a rencontré des lésions vasculaires à type d'endartérite dans deux cas, dont il donne ainsi la description :
« Dans quelques-unes des plus petites artères, la tunique interne était gonfiée et projetée dans la lumière du vaisseau. Ceci était rendu facilement visible, par la teinte bleue diffuse qu'elle avait prise. Au niveau de ces foyers, l'architecture de la paroi vasculaire était modifiée et on y voyait des zones lacunaires claires, circulaires ou elliptiques, tandis qu'en d’autres places, on trouvait des granulations irrégulières qui étaient intensément colorées par l'hématoxyline. Dans toutes ces zones, on notait de la fragmentation nucléaire et une ordination atypique des cellules.
En plusieurs points, on notait des zones lacunaires dans la paroi des artérioles d’un calibre supérieur, modifications qui
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pouvaient être en rapport avec les aires hémorragiques voisines.
Dans les parois de beaucoup de veines d’un calibre moyen, des hémorragies diffuses avaient eu lieu, immédiatement audessous de l’'endothélium, communiquant librement avec les suffusions hémorragiques, entre les fibres utérines.
De telles modifications n'existaient pas dans les vaisseaux
principaux ». — Et Williams compara ces lésions à celles que l'on voit dans certaines variétés d'intoxication par venins de serpents.
Quelle est ia valeur exacte des constatations histologiques de Williams et Seitz ? | $ à
Si on observe que les lésions qu'ils décrivent sont absolument identiques à celles qu'on observe communément dans les vaisseaux rétrc-placentaires au voisinage du terme ou à terme, modifications qui ont été décrites tout au long par Goodall, on est obligé de conclure que : aucune lésion des parois vasculaires propre à l’apoplexie utéro-placentaire, n’a été constatée avec certitude. En conséquence, il est bien vraisemblable que l'infiltration hémorragique résulte d’une effraction de capillaires comme le pensaient MM. Couvelaire et Brouha.
Thromboses veineuses. — Young a constaté dans un cas, une thrombose massive des veines ovariennes gauches. Ce cas unique ne peut servir à expliquer la pathogénie de l’apoplexie placentaire.
Examen de la Trompe
Dans un cas, Williams a constaté l'intégrité de la muqueuse et l’existence d’un infarctus hémorragique dissociant largement les fibres musculaires de la trompe comme celles de l'utérus.
La cavité tubaire peut être remplie par le sang.
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Examen de l’Ovaire
Williams, dans le même cas, note dans l'ovaire :
« Nombreux follicules primordiaux, très peu à maturité. Du sang s'était librement épanché à travers tout le stroma de l'organe, dissociant largement toutes ses parties constitutives. Par places, les follicules primordiaux apparaissent libres au milieu de zones hémorragiques et beaucoup de vaisseaux
étaient complètement isolés. Leur paroi était normale. »
Examen du Placenta
Comme l’observe Essen-Môller, aucune lésion du placenta ne paraît spéciale à l’apoplexie utéro-placentaire. On peut trouver, en effet, tous les types possibles d’infarctus à leurs différents stades.
Seitz a trouvé une infiltration de cellules rondes dans les villosités qui sont au contact de la muqueuse dégénérée, et pense que cet état résulte d'une inflammation de voisinage. Il a noté une hypertrophie fibreuse des villosités voisines de l’infarcius ; hypertrophie entraînant une sténose vasculaire occlusive dans l'aire de l’infarctus.
Quoi qu’il en soit, il n'y a rien à retenir qui soit fondamental, dans l’aspect histologique du placenta, sinon que les infarctus intra-placentaires sont habituellement absents comme d’ailleurs souvent dans les cas d'éclampsie, au contraire de ce qu'on observe chez les femmes présentant depuis longtemps des signes de toxhémie avec albuminurie.