‹ Contribution à l'étude de l'appendicite à forme néoplasiqueChapitre 21 sur 22 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(M. Vautrin, Revue de Gynécologie de Pozzi, n° 1, p. 71).

En avril 1897, je fis entrer à ma clinique une femme de cinquante-cinq ans environ, originaire de la Meuse. D'une excellente santé antérieure, cette femme avait ressenti, depuis trois mois, de vives douleurs dans le flanc droit, où une tuméfaction s’était lentement développée. Sous les yeux du médecin s’étaient produites à plusieurs reprises des crises néphrétiques extrêmement douloureuses, accompagnées d’augmentation de volume du rein, et suivies d'évacuation abondante d’urine. Le médecin m'adressa la malade pour une tumeur du gros intestin, et j'a-

voue qu’après examen répété je corroborai à peu près ce diagnostic, mais non sans hésitation. Or voici ce que je rencontrai pendant l'opération : un péritoine intact, un cæœcum refoulé en avant et rétréci par une tuméfaction rétro-péritonéale ; pas trace d’appendice dans le ventre. Je refermai le péritoine, puis, profitant de l’incision des parties molles, je m’acheminai par décollement, dans le tissu cellulaire sous-péritonéal ; derrière le cœcum et le côlon ascendant, jusque vers la partie extérieure du rein et à partir de la fosse iliaque droite, je rencontrai une masse inflammatoire résistante, renfermant dans son centre un pus épais, grumeleux, avec des débris de tissu sphacélé. Accolé au cœcum, je trouvai l’appendice, dur, scléreux et très gros. Sur la paroi lombaire se trouvait un cordon volumineux de deux centimètres de diamètre au minimum, descendant de la région rénale, et que je pouvais suivre en décollant le tissu ambiant, jusqu'aux vaisseaux iliaques. Ce cordon n'était autre

chose que l’uretère droit, dont le calibre était considérablement

augmenté et dont les parois étaient, épaissies jusqu'à se laisser difficilement aplatir par la pression entre deux doigts. Sur toute l'étendue de la plaie, je ne pus trouver sur cet uretère un point rétréci ou comprimé pouvant indiquer un rétrécissement ; partout le calibre était le même, fort exagéré pour le débit du rein correspondant. Après avoir réséqué l’appendice, nettoyé et drainé le foyer, je fermai la plaie. Les suites furent très simples. Au bout de 25 jours environ, la malade rentrait chez elle

complètement guérie.

OBSERVATION VIII (Personnelle).

Mme L. H... 45 ans.

Parents se portent bien. Sur onze enfants, il ne reste que deux sœurs. Les autres sont morts à différents âges et sans qu'il y ait rien de particulier à signaler.

Réglée à 15 ans, elle l’a été assez irrégulièrement. Ménopause à 4f ans. Elle n’a eu aucune maladie ni dans son enfance, ni Apres. Néanmoins elle était sujette à avoir quelques épistaxis. A noter une légère constipation, non suivie de diarrhée. Avant d’étre malade pour la première fois, elle éprouvait quelques vertiges, ét des envies de rendre, mais jamais de vomissement. Elle a un tempérament nerveux assez accentué, mais n’a jamais eu de crise nerveuse.

Il y a huit ans à la suite d’ingestion d’un morceau de boudin grillé, elle éprouve un malaise général, avec douleur dans le bas-ventre, avec prédominance dans le côté droit. En outre elle souffre dans le creux de l'estomac. Le D" Gaselbach la soigne pour une gastralgie. La malade reste au lit pendant trois mois,

elle n’a pas de vomissements pendant toute cette période. Au

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moment de quitter son lit la malade s'aperçoit qu’elle a beaucoup maigri.

Bientôt, la malade recouvre sa santé antérieure et pendant deux ans elle se porte tout-à-fait bien.

A cette époque, la malade, étantinvitée chez des amis, mange

de nouveau du boudin grillé avec des lentilles. Mais au milieu de son repas elle se trouve prise d’une syncope ; aussitôt après elle rend complètement ce qu’elle a mangé. La malade sentait une pesanteur dans le creux de l’estomac, et elle éprouvait une gène respiratoire considérable. Quelques jours après la malade sentait une pesanteur dans le bas ventre et de la parésie dans le fonctionnement des muscles de la cuisse et de la jambe droite. Cette fois encore elle est obligée de garder le lit pendant trois mois ; de plus, la malade éprouvant une douleur vive dans la région lombaire, douleur qui était exaspérée par le décubitus dorsal, se trouve forcée de fléchir les cuisses sur le bassin, pour ne pas souffrir.

. Cette deuxième crise dure trois mois comme la précédente, et la malade recouvre sa santé antérieure. Comme traitement, on se contente de lui faire des badigeonnages calmantes loco dolenti.

Environ un an après, elle a une discussion avec son propriétaire à la suite de laquelle elle se trouve prise, le lendemain matin, d’une paralysie des membres supérieur et inférieur droits. Elle souffre de nouveau dans la région lombaire. Quelques jours plus tard la malade a senti pour la première fois, une grosseur dans la région inguinale. Cette tumeur avait le volume d’une grosse mandarine et était lisse au toucher (déclaration du mari). La tumeur était très douloureuse, et la douleur s’exaspérait par

le toucher. La malade ne cessait pas de rendre pendant cette

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période ; les vomissements consistaient en une bouillie noirâtre,

quelquefois suivis de vomissements porracés. La malade a senti

pendant cette époque une autre grosseur se développer dans la

région lombaire ; elle était très douloureuse et forçait la malade

à se eourber toujours en avant.

La malade est soignée chez elle pour un abcès péritonéal, par la glace sur l’abdomen. Son médecin traitant, interrogé sur la nature de la grosseur lombaire, dit qu’elle est en prolongement de libeës péritonéal. Ce diagnostic était d'autant plus plausible que la malade a eu jusqu'à 39°5 de température. La malade garde le lit pendant huit mois,elle se trouve considérablement amaigrie, ses forces disparaissent et les douleurs devenant de plus en plus accentuées, elle se décide à entrer à l’hôpital. En 1897, elle entre donc à Saint-Louis, à la Salle Gosselin, dansle service de M. Bazy. Le 18 août 1897, M. Manget, interne du service, opère la malade et dans la légion lombaire et dansla région inguinale. Drainage et mèche de gaze iodoformée. Vers la fin de septembre, la malade quitte le service. A cette époque, la plaie de la région inguinale est tout-à-fait cicatrisée, tandis que celle de la région lombaire suppure encore.

La malade, tout en quittant le service, passait tous les trois jours à l'hôpital, pour faire changer son pansement. La fistule lombaire continuant toujours à suppurer, et la malade sentant de nouveau des troubles moteurs dans les membres supérieurs et inférieurs du côté droit ; en outre les vomissements ayant de nouveau reparu, elle entre de nouveau, au moins de février de l’année suivante, à la salle Gosselin, dans le service de M. Ricard, successeur de M. Bazy. Devant l’amaigrissement consi-

dérable de la malade, les vomissements et le mauvais état géné-

ral, il pense à un néoplasme.

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Il se contente donc de faire une grande incision dans l’espace compris entre les deux tumeurs iliaque et lombaire sans les atteindre toutefois : incision parallèle à la crète ilhaque et qui donne issue à environ 200 gr. de pus.

Une fois opérée, les troubles moteurs des membres supérieurs et inférieurs ainsi que les vomissements disparaissent aussitôt. :

La malade reprend peu à peu son embonpoint.

Elle quitte l’hôpital, au bout de quelques semaines, ayant la peau cicatrisée, mais gardant toujours la fistule lombaire.

La malade ne se trouvant pas guérie de sa fistule lombaire, et se sentant de nouveau affaiblie, rentre pour la troisième fois à St-Louis, salle Gosselin, où M. Ricard fait une nouvelle incision dans la région inguinale. La malade quitte l'hôpital au bout de quelques semaines, toujours gardant sa fistule lombaire.

14 ans, 57 inter.

Incision de l’abcès inguinal et de l’abcès lombaire, les deux abcès ne semblent pas communiquer, ils sont drainés séparé ment. |

M. Ricard fait une première incision inguinale, mais celle-ei ne le conduit pas surla tumeur, la fistule inguinale étant complètement tarie. Séance tenante, incision lombaire. On tâtonne une tumeur grosse comme une (tête de fœtus, formant une masse lardacée, scléreuse au sein de laquelle on trouve une petite quantité de pus, et fait plus important, l’appendice non perforé, accolé à la paroi postérieure du cœcum par des adhérences solides. L’appendice était gros, tuméfé, turgescent, à parois sclérosées. Pas de corps étranger dans l’appendice. On

enlève la masse avec son contenu, l’appendice y compris. Drai-

nage à-la Mickulicz. Suture.

Guérison complète. «La malade venue le 15 novembre, c’est à-dire huit mois après l'opération est complètement rétablie, ses fistules sont définitivement oblitérées, et elle a repris un em-

bonpoint de 11 k.

Nous aurions voulu ajouter à ces 19 obs., 4 cas inédits d’appendicite à forme néoplasique, chez des femmes âgées, observées eLopérées avec succès par M. Walther. Malheureusement M. Walther n’a pu retrouver les observations de ces malades dans ses notes eftnousmêmes malgré nos recherches, n'avons pu retrouver les malades. Quoi qu'il en soit, d’après les renseignements que M. Walther a bien voulu nous donner, il s'agissait bien chez ces quatre malades, de la forme d’appendicite

qui nous occupe.

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