‹ Contribution à l'étude de l'appendicite à forme néoplastiqueChapitre 7 sur 11 · OBSERVATION IV · texte numérisé non relu

OBSERVATION IV

B.... (Elisabeth), soixante et un ans, couturière. Père mort d’une pneumonie, à l’âge de soixante-quatre ans ; mère morte à

I âge de soixante-douze ans, d'une affection indéterminée. Réglée a 1 âge de douze ans. A seize ans, scarlatine. Mariée à vingt ans, elle a eu deux grossesses normales: ses enfants sont actuellement bien portants, bille a cessé d’être réglée à l’âge de quarante-cinq ans.

En 189*2, elle a eu une légère atteinte de choléra.

Au mois d avril 1895, elle lait une congestion pulmonaire grippale. Elle était en pleine convalescence, et songeait à reprendre ses occupations, lorsque, vers le 15 avril, surviennent de violentes indigestions. Ces coliques disparaissent en vingt-quatre heures, mais laissent à leur suite une sensibilité de la région droite de 1 abdomen. Cette douleur n’est pas spontanée, mais apparaît lorsque la malade se lève. Toute fatigue lui devient impossible, et elle a de la peine à marcher. Quand elle palpe sa "égion iliaque droite, elle réveille sa douleur.

En même temps ses forces diminuent et elle perd l’appétit. Elle reste dans cet état pendant quinze jours.

Elle se présente à la consultation de chirurgie de Lariboisière au commencement de mai. On lui annonce qu’elle a une tumeur qui serait susceptible d’être opérée, si elle n’était pas si âgée, car l’opération sera grave.

La malade refuse d’entrer.

Elle reste tout le mois de mai sans revenir à la consultation.

Mais son état général s’est gravement altéré : ses forces sont nulles, elle ne prend qu’un peu de lait, et elle souffre toujours dans le ventre à l’occasion des mouvements.

L n médecin, appelé auprès d’elle, s’étonne de lui trouver de la lièvre, dont il ne peut découvrir la cause, et lui conseille de ne pas faire opérer sa tumeur. Celle-ci a sensiblement grossi.

Le 9 juin, le médecin, appelé de nouveau auprès d’elle, cons-

taie la présence d'un « petit abcès sous-cutané », et, comme elle ne peut recevoir à domicile les soins que nécessite son état, l’envoie à l’hôpital, où elle est admise salle Elisa Roy, dans le service de M. Peyrot.

L’examen est pratiqué le 10 juin.

La malade a un aspect cachectique. La langue est sèche, la peau chaude, le thermomètre marque 39 degrés. Tout mouvement est douloureux, et la malade se tient, de prélérence, dans le décubitus latéral droit, la cuisse fléchie. Dès qu’on la touche, elle se plaint.

La région de la fosse iliaque droite est le siège d’une tuméfaction appréciable à la vue, mate à la percussion, douloureuse au toucher. La peau est rouge violacé dans une étendue d’une paume de main, et sur le point d’être ulcérée par une collection purulente sous-jacente. La malade est opérée immédiatement. L’incision est faite sur le point culminant de l’abcès et conduit dans une cavité sous-cutanée d’où s’écoulent environ 100 grammes de pus. Le fond de cette poche est grisâtre. En l’explorant, on voit sourdre du pus par un petit pertuis de l’aponévrose du grand oblique ; l'abcès était en bouton de chemise.

On incise largement cette aponévrose sur la sonde cannelée et on arrive ainsi dans une très grande poche pleine d’un pus épais, verdâtre, très fétide et qu’on évacue. La poche remplit toute la fosse iliaque et présente un diverticule qui va vers la région lombaire et un autre qui va vers le petit bassin. On ne voit ni le cæcum, ni l'appendice, qui semblent rejetés en avant et en dedans de la collection. Les parois de l'abcès sont tomenteuses. Ecouvillonnage, lavage et drainage. Pansement iodoformé.

Le soir la température était à 38°, le lendemain à 37°. La

convalescence fut longue, mais se lit sans incidents. Au bout d’un mois, la malade avait recouvré ses forces et son embonpoint.

Page 1