‹ Contribution à l'étude de l'arrachement accidentel du cuir cheveluChapitre 5 sur 9 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PATHOGENIE, SYMPTOMATOLOGIE

Il ne faut pas confondre les destructions limitées du cuir chevelu produites par une action immédiate avec le scalp accidentel dû à une traction sur les cheveux. Dans le premier cas le cuir chevelu se trouve déchiqueté, lacéré ou transformé en un magma confus sans qu'il soit possible de le reconstituer. Le scalp, au contraire, isole d'une façon nette un grand lambeau dont les limites sont presque toujours les mêmes : partant du rebord saillant de l’arcade sourcilière il se termine à la nuque en contournant les tempes et les oreilles.

A côté de ces plaies localisées, 1l faut faire une place aux plaies à lambeaux par glissement produites par « l'action oblique d’un corps vulnérant, qui, après avoir rompu les téguments, prend un point d'appui sur eux et les refoule au-devant de lui en glissant sur‘la

surface arrondie des os du crâne ».

Ces traumatismes peuvent se produire de multiples façons et nous en mentionnons, dans notre série III d'observations, plusieurs cas typiques.

Dans le premier cas, c'est une roue de voiture qui laboure le front d’un cocher et lui décolle la peau jusqu'à la nuque.

Dans le second cas, une trappe de cave tombe sur le pariétal droit à la partie moyenne et, après section des téguments les refoule jusqu’à l’oreille.

La troisième observation relate le cas d'un maçon qui reçoit sur le sommet de la tête une planche debout qui refoule la peau jusqu'à la nuque.

Voici maintenant d’autres observations, où la tête au lieu d'être immobile, se porte au devant du corps contondant. Tel est le cas d’un couvreur qui, glissant sur une pente d’ardoises, se fait labourer et décoller le cuir chevelu depuis le front jusqu'à l'occiput.

Dans une tentative de suicide, un homme se frappe la tête contre l’angle d’un mur et se broie une vaste surface cutanée.

C’est un cocher qui tombe de son siège sur l’angle d'un trottoir et se fait arracher toute la peau correspondant à la région temporale.

On pourrait multiplier ces cas qui se produisent par les mécanismes les plus variés.

Au contraire, dans les cas de scalp accidentel, les faits se passent toujours de la même façon. Par insou ciance ou étourderie, des jeunes filles s'approchent trop près des machines en mouvement et leurs cheveux épars ou nattés s’enroulent comme une corde autour d’un engrenage. Les plus jeunes présentent parfois leur

chevelure aux peignes d'un métier. Les plus grandes n’attendent pas l'arrêt des machines pour régulariser leur coiffure et après avoir ôté leur résille renvoient leurs cheveux en arrière d’un coup de tête brusque.

Le désir d’aller au plus vite et l'habitude font passer les ouvrières sous des organes en mouvement et le danger qu'elles ont frôlé bien des fois ne les épargne plus.

La malheureuse se sent alors entraînée malgré elle, elle essaie de résister, s’archoute après un montant de la machine ou est entraînée autour de l’axe en rotation, puis tout cède, et la blessée se trouve rejetée à terre, étourdie le plus souvent, et n'éprouvant, même dans le cas de connaissance parfaitement conservée qu'une douleur insignifiante, une sensation de froid à la tête inusité, aucunement en rapport avec le traumatisme survenu.

Il est rare que le cuir chevelu ne suive pas les cheveux et que ces derniers cèdent en se détachant à leur surface d'implantation. Cependant nous en avons trouvé un cas (obs. ITT) et nous relatons l’observation d’une acrobate qui se faisait élever en ballon suspendue par les cheveux à un trapèze placé au-dessous de l’aérostat. Ceci montre l’adhérence des cheveux à leur point d'insertion.

Il est inexact de dire que les femmes seules sont exposées au scalp de par leur longue chevelure. Nous rapportons, en effet, la douloureuse odyssée d’un Chinois employé sur un bateau et qui, négligeant la précaution de rouler sa queue pour l'empêcher d’être flottante, se fit scalper par unedes pièces de la machi-

nerle.

A côté de ces cas de scalp complet, il peut arriver que le cuir chevelu se rattache à la peau avoisinante par un pédicule si l’on a pu arrêter les machines à temps, ou si la taille de la blessée lui a permis de s’accommoder pendant quelques instants pour un minimum de désordres anatomiques.

La douleur primitive n'est pas intense, conditionnée en effet par l’extrême rapidité avec laquelle la section nerveuse est produite ; d’autre part, on ne peut invoquer le choc puisqu'il n'existe presque Jamais.

L'hémorragie primitive, quelquefois abondante, est d'ordinaire arrêlée par la compression seule. Cependant, on remarquera dans plusieurs observations, que l’on dut recourir à la ligalure de la temporale superficielle.

Malgré cette double absence de douleur et d’hémorragie primitive, la blessée tombe rapidement dans un état de stupeur, le plus souvent profonde, et le choc éprouvé avoisine le collapsus vrai.

Tantôt, il existe un peu de commotion cérébrale, tantôt le calme et l'indifférence de l’accidentée contrastent avec l’affolement de l'entourage.

La plaie laisse reconnaître les éléments anatomiques. Quelquefois le péricrâne et les muscles sont indemnes, mais, le plus souvent, la lésion les arrache en partie et le périoste est enlevé, quelquelois, par lambeaux.

On pourrait aussi décrire Le facies de la malade, parücularisé par la disparition des plis du front qui lui donne un air spécial d'indifférence ou d’étonnement.

Il nous faut mentionner. pour éclairer le mécanisme

ns fin ns de cel accident, les intéressantes expériences de Fouchard.

Il tresse en corde des cheveux de cadavre, puis opère des tractions dans trois axes différents :

1° Dans le prolongement du corps : les cheveux seuls cèdent ;

2° D'arrière en avant, 1l ne se produit que des arrachements limités des cheveux ;

39 D'avant en arrière cinq expériences ont donné cinq scalps complets.

Il semble donc que l’amorce du décollement se fasse au niveau des arcades sourcilières, qui, par leurs bords tranchants, sectionneraient la peau de dedans en dehors, avec d'autant plus de facilité que dans cette région elle est plus fine, très mobile el moins résistante. De l’examen de nombreux cas, il résulte que la plaie commence toujours au niveau ou un peu au-dessus des sourcils, dénudant le front, vaste surface sur laquelle aucune traction n'est opérée directement par l'intermédiaire des cheveux.

— Jh —

Page 1