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quelques-uns, des mouvements exercés dès le début empêchent ou retardent la formation de brides cicatricielles et d’adhérences fibreuses.
Mais, en résumé, le plus grand nombre de ces luxations ont dû rester incurables, leur réduction étant rendue impossible par les causes citées plus haut, et les anciens chirurgiens wayant pas d’autres movens de les traiter.
Pendant toute l’époque qui précéda les temps modernes, et lavénement de l’antisepsie, qui seule pouvait permettre à la chirurgie toutes les audaces, les chirurgiens se partagèrent deux camps, suivant l’opinion qu'ils avaient sur lintervention dans les luxations anciennes.
Les uns, plus prudents, et connaissant, peut-être par expérience, le danger des interventions violentes, et l’inutilité des essais trop souvent répétés de réduction forcée, sachant d’ailleurs que les altérations subies par une articulation déboitée rendent presque impossible, au bout d'un certain temps, le retour ?n integrum, s’abstenaient presque complètement de traitement. Après deux ou trois tentatives de réduction, faites avec une force n’excluant pas la modération, ils abandonnaient la partie, et se contentaient, comme le fait Ravaton (1), de recommander les onctions, les frictions faites avec de lhuile, les fomentations chaudes, les bains sulfureux, les bains de boue, etc., pour ramollir les tissus indurés et donner plus de laxité à l’articulation ou à ce qui la remplacçait.
Ils comptaient aussi un peu sur les efforts de la nature; car ils savaient que, chez les enfants, il se forme, souvent, une nouvelle articulation, possédant des surfaces articulaires, des cartilages, des ligaments, et même une synoviale, et que cette articulation arrive à jouir de mouvements presque normaux. Et même chez les adultes,
des mouvements persévérants et bien conduits peuvent amener,
(1) Pralique de Chirurgie T, 1v, p. 15311776).
me OA — graduellement, un degré de flexion suffisant pour permettre au malade de se servir utilement de son membre.
Les chirurgiens d'avis contraire, voulaient réduire quand même. Alors ils multipliaient les séances de tractions, le nombre des aides, la force employée. Avant l'emploi de l’éther et la découverte du chloroforme, on ne connaissait aucun moyen anesthésique ni résolutif, et on ne savait comment diminuer la résistance musculaire et la contracture inévitables dans les efforts de tractions. Aussi, quand un chirurgien avait affaire à un homme vigoureux et résistant fortement, il n’hésitait pas à le purger, à le saigner, jusqu’à ce que Ja résolution des forces füt obtenue.
Un des plus célèbres chirurgiens anglais, Asthley Cooper, agissait ainsi; et, dans un €as, après plusieurs tentatives de réduction, précédées chacune de purgation et de saignée, il réussit à réduire, mais le malade mourut quelques heures après.
En dehors de ce cas exceptionnel, il n’était pas rare de rencontrer d’autres accidents, très graves, surtout pour l’époque, tels que fractures, gangrène, emphysème, ruptures artérielles ou veineuses. On vit même une fois toute la peau du membre supérieur, décollée jusqu’au poignet, par glissement du collier d’un appareil de contre extension.
La réduction par les méthodes de force ne doit pourtant pas être rejetée complètement. Elle peut rendre des services, surtout entre les mains de chirurgiens habiles et prudents. Gerdy (1) estimait que €en chirurgie, tous les moyens, même les plus dangereux, peuvent » être innocents, comme les plus innocents peuvent devenir dange- » reux. Le tout est de savoir les employer. » L'application des machines à la réduction des luxations anciennes fut un progrès. Leur puissance est plus 'erande et plus facile à diriger que celle de nombreux aides. De plus, le chirurgien à plus d’aisance pour faire
(1) Annales de la Chirurgie française et étrangère, T. I, p. 151.
PR les manœuvres manuelles nécessaires à la réduction. Les premières. machines étaient sur le modèle des crics. Elles furent employées. d’abord par Purmann, vers la fin du. xvrr siècle. Plus tard, Jarvis du Connecticut et Volker les perfectionnérent. Mais Sédillot les rendit tout à fait scientifiques et chirurgicales en leur appliquant le: dynamomètre.
À partir de 1840, les grands chirurgiens de l’époque, Sédillot, Nichet, Gerdy, etc., les emploient fréquemment et obtiennent des: succès. Samson réduit une luxation du coude, datant de 114 jours, chez un enfant de dix ans. Lisfranc, cité par Malgaigne, en réduisit. une, chez un enfant de onze ans, datant de trois mois, en appliquant une force de 300 livres. Plus récemment encore, Bouilly réduisit par tractions deux luxations du coude datant de quatre mois et demi et de huit mois. Hennequin, avec un appareil perfectionné, inventé par lui, à réduit des luxations graduellement et sans secousses, en portant la puissance jusqu’à 140 kilogrammes.
En moyenne, la puissance a varié entre 50 et 150 kilogrammes, mais cette dernière force a été rarement employée. Quant à la limite: d'ancienneté à laquelle on s’est arrêté, elle a varié beaucoup suivant les chirurgiens, parce que chaque chirurgien a reculé cette limite Jusqu'à celle des cas où il avait pu obtenir des succès. Ainsi, Sédillot admet comme irréductibles par les tractions des luxations du coude vieilles de plus de trois mois. Gerdy réduit encore à six mois, tandis que Boyer et Asthley Cooper y renoncent déjà après six semaines.
L'emploi des machines a été, depuis quelques années, notablement perfectionné par divers constructeurs. Ainsi, la chirurgie possède l'appareil de Collin, et surtout celui de Mathieu. Celui-ci supplée. complètement aux manœuvres manuelles anciennes; il fait l'extension et la contre-extension, et, au moyen d’un ressort à détente, permet. la flexion brusque au moment nécessaire. Cet appareil est, d’ailleurs, décrit dans la Gazette hebdomadaire des sciences médicales de Bor-
= 99 deaux, par M. le professeur Masse, qui l’a employé avec succès dans la réduction d’une luxation du coude, datant de cinq semaines.
En résumé, l'emploi des machines de traction, moufles et autres plus perfectionnées, est utile et recommandable, appliqué avec prudence, et dans les limites établies par les bons chirurgiens, pourvu que par Pexamen de l'articulation, on ait reconnu qu'elle est «encore assez peu déformée pour qu’elle puisse reprendre sa situation normale et ses fonctions.
Mais le nombre est grand des luxations du coude où l'articulation, par les raisons énumérées plus haut, n’est pas en état de recevoir les extrémités luxées. Les déformations articulaires, le remplissage des cavités, les productions osseuses contre-indiquent l'emploi des machines. De plus, dans bien des cas, la réduction ne sera obtenue qu'au prix de désordres qui ne seront pas toujours compensés par un succès durable. En effet, pour faire reprendre à ces os leur place primitive, il faut un traumatisme au moins aussi fort que celui qui leur à fait quitter leur situation normale. De plus, les adhérences, les ligaments nouveaux que l’on à l'intention de rompre par les tractions, sont souvent très résistants et, alors, c’est quel- -quefois leur point d'implantation qui est arraché. Cela ne se voit-il pas souvent dans les traumatismes, surtout au pied où, dans une entorse, une fracture ou une luxation, les ligaments enlèvent la partie osseuse sur laquelle ils s’insèrent?
Aussi la plupart des chirurgiens qui ont fait usage des machines, à commencer par Hippocrate lui-même, puis Jarvis du Connecticut, Volker, Malgaigne, etc., ont-ils recommandé de faire exécuter des mouvements au membre, avant de commencer les tractions, afin de détruire le plus possible d’adhérences. Encore ce moyen est-il bon pour rompre les adhérences antérieures, et surtout postérieures, à cause du bras du levier considérable formé par le cubitus, mais les ligaments latéraux raccourcis ne sont pas atteints par ces efforts. Il
faut, pour avoir prise sur eux, suivre le conseil de Farabeuf, qui