INTRODUCTION
Il est des opérations de valeur médiocre, etqui, malgré des résultats peu probants, soulèvent l'enthousiasme ; il en est d’autres au contraire, que le talent de leurs défenseurs et des résultats excellents ne peuvent faire accepter de la majorité des chirurgiens et sont impuissants à imposer à l'attention. De ce nombre est l’arthreciomie ; intervention limitée, il est vrai, dans ses indications mais excellente dans les cas où elle est applicable, remarquable par ses résultats et La simplicité de ses suites, elle n’en est pas moins délaissée et dédaignée au moïns en France, par lé plus grand nombre ‘des chirurgiens. De chauds plaidoyers ont été prononcés en sa faveur, qui ont soulevé des discussions vives ; elle a suscité des travaux nombreux, des tentatives intéressantes, et cependant, elle reste oubliée méconnue.
Nous avons eu personnellement l’occasion d’obser-
ver les résultats de cette opération. Nous avons pu voir
À 210 — après bien des années, des opérés de nos maîtres, MM. RrcneLor et MoresTin, et nous avons élé surpris des guérisons remarquables, et de l’état fonctionnel parfait obtenus à la suite de l’arthrectomie.
Ces constatations nous ont donné le désir de consacrer notre thèse à cette intervention. Nous avons fait appel, pour nous guider dans ce travail, aux conseils et à l'expérience de nos maîtres, MM. Richelot et Moréstin. |
Ils trouveront ici, avec les opinions qu’ils ont développées devant nous, et des emprunts nombreux faits à leurs paroles ét à leurs écrits, le reflet de leurs idées et de leur enseignement. Qu'ils nous permettent à cette occasion de leur témoigner toute notre reconnaissance pour cet enseignement qu’ils nous ont donné, en même temps que pour l’indulgence et la cordialité dont ils ont toujours fait preuve à notre égard, et qu’ils veuillent bien accepter en retour l’expression de notre profond et respectueux attachement.
On pourrait nous reprocher de n’avoir fait œuvre ni nouveile ni utile.
Certes, nous ne saurions prétendre à la nouveauté de notre sujet, mäis rare est celui qui peut se vanter de faire œuvre nouvelle ; n’est-elle pas bien vieille ellemême, la parole du sage «il n’y a rien de nouveau sous le soleil » !
Quant à l’utilité de notre travail, nous ne lui en souhaiterions pas d'autre que de susciter quelque ciscussion qui vienne éclairer d’un jour nouveau l'opé-
ration que nous voulons défendre.
Nous n’avons d’ailleurs que peu d'illusions à cet ‘ égard, et ne nous croyons pas destiné à réussir là où
tant d'autres, plus dignes et plus autorisés, ont échoué
avant nous. Mais nous pouvons pourtant le souhaiter ! $
Si l’arthrectomie a soulevé, au cours des discussions dont elle a fait l’objet, des objections fréquentes, si elle a rencontré des détracteurs nombreux et des adversaires irréductibles, c’est que l’on s'entend en général assez mal sur la valeur même du terme d’arthrectomie et que les auteurs ont désigné sous ce nom des opérations différentes, et trop souvent mal définies.
Il faut se garder de faire du mot arthrectomie le synonyme de résection incomplète. d'opération atypique ; loin de là, l’arthrectomie n’est valable et défendable, qu'à la condition d’être une « intervention rigoureuse et précise, qui peut être d’avance fixée dans ses moindres détails », qui, « loin d’être perdue dans le groupe des opérations atypiques, soit au contraire, circonscrite et définie » (MoresriN). |
C’est contre l'interprétation erronée de l’arthrectomie, contre son assimilation aux « opérations incomplètes » que s'élevait M. Ricaecor dans la discussion qu'il avait soulevée en novembre 1890 à la Société de chirurgie. « Elle n’a rien à voir, disait-il, en parlant de l’opération, avec les interventions portant sur un seul point, fongus partiel de la synoviale, ou foyer circonscrit du squelette, abrasions ou évidements qu’on pratique à la faveur d’une arthrotomie, mais qui respectént, comme la lésion elle-même, la majeure partie
de la cavité articulaire. Ces opérations sont limitées ;
Dh Eee he | ie me | elles enlèvent tout le mal, mais non toute la jointure… Leurs indications sont tout autres que celles de la résection ou de l’arthrectomie. »
L'arthrecitomie est une opération nettement définie, et l'on s’en aperçoit en lisant les définitions mêmes des auteurs qui se sont occupés d'elle; on y trouve l’indication d’un manuel opératoire précis, d’une intervention bien réglée, aussi {pique que la plus typique des rés eclions. :
VoLkMaAnx, le premier, donne une définition neite de l'intervention. « L’arthrec{tomie, dit-il, est la destruction intégrale de toutes les parties molles de l'articulation, ligaments et synoviale, à l'exclusion des os. »
M. AzBerrin la définit : « L’extirpation de Ja totalité de la synoviale, l'éradication des ligaments croisés et des disques semi-lunaires, le décapage des cartilages, sans ablation de portions osseuses. »
Pour M. Morgsmin, c’est : « La suppression méthodique et compiète de la loge articulaire, sans changements notables dans la configuration ou les rapports des extrémités osseuses, »
Ce sont bien là, on le voit, autant de définitions qui s’appliquent à une opération nettement réglée; nous pouvons donc dire qu'avec l’arthreclomie, nous sommes en présence d’un véritable acte de médecine opéraloire applicable d’ailleurs à des affections diverses et nombreuses.
C’est cet acte de médecine opératoire que nous allons
exposer sommairement avec $es indications et ses
contre-indications, ses suites et ses résultats.