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OBSERVATION V

Otite de l'oreille moyenne.

5 Février. Etat de l'atmosphère :

Thermomètre à 7 1/2 HE 7°, à 12 H 100, à 5h. soir + 7.

Baromètre — 1850 — 786" — 1847"

Temps moyen. Beau. Vent du N.-E.

Georges F..., âgé de 12:ans. Père, mort il y a huit ans, des suites d’une maladie de poitrine qu’il avait contractée au siège de Belfort, en 1871. Il était âgé de 38 ans. La mère est chloro-anémique et est âgée de 35 ans.

L'enfant est couché sur le côté gauche. La face pâlie dénote une grande souffrance. Il coule un peu de pus de loreille gauche. Thermomètre 39°. Pouls 120.

A l’auscultation, râles ronflants au sommet droit. Souffle plus prononcé à gauche. Les battements du cœur sont précipités ; le pouls est petit, fréquent et dépressible. Les extrémités inférieures sont froides. L'enfant a eu, à l’âge de 9 ans, une inflammation de l'oreille ;le pavillon et le lobule avaient même suppuré. Le traitement a consisté en huile de foie de morue, vin de quinquina et sirop de fer. Tous les ans, il allait passer avec sa mère, 15 jours aux bains de mer du Barcarès (Pyrénées-Orientales).

Tous ces symptômes me conduisent à diagnostiquer une otite; mais toute la difficulté consiste à savoir si elle est externe, sous-cutanée ou externe sous-périostique; différentes entre elles par le siège de l’inflammation, par la marche de la maladie et surtout par les conséquences qu’elles entratnent, et le traitement qu’elles réclament.

D'après les antécédents, Georges FR... à été atteint de la forme aiguë à l’âge de 9 ans, n'a pu en guérir, ét peu à peu l'affection a pris la forme chronique, puisque nons constatons aujourd'hui de Potorrhée. C'était là un orand point pour le diagnostic. Mais d’où venait le pus? Venait-il du conduit auditif externe ? Venait-il de l'oreille moyenne ?

Avec tous les ménagements possibles, je fis dans l'oreille des injections d’eau tiède de pavot avec une seringue à hydrocèle, et j’essuyai avec du coton ; puis j'insensibilisai la muqueuse du conduit auditif externe en la badigeonnant avec une solution de chlorhydrate de cocaïne au centième. L’éclairage direct me permit de constater que la membrane du tympan était perforée. Le pus venait donc de l'oreille moyenne.

Toute hésitation n’était plus possible, et je me décidai, séance ténante, à pratiquer un traitement local, actif et curatif; mais je fus arrêté par la résistance de l'entourage, résistance qu'il est de mon devoir de faire connaître, due à un préjugé très enraciné dans l'esprit des habitants des villages, et qui est très préjudiciable aux malades atteints d’affections des oreilles, et qui sont généralement des enfants herpétiques. On considère cet écoulement comme un émonctoire favorable à leur santé: «c’est un cautère naturel ; wne fontaine, vous diront ces bonnes gens : il faut la respecter, car si vous la supprimez, le pus se portera sur la poitrine et étouffera l'enfant.»

J'eus beau démontrer qu’il n’en serait rien, que je me chargeais de la guérison et que j'acceptais, d’ores et déjà, toute la responsabilité de mes actes: tout fut inutile. Je me retirai, en déclarant que la maladie pouvait devenir très grave, si on ne la traitait immédiatement.

Heureusement, dans l'intérêt de l'enfant, les souffrances furent si fortes pendant les deux nuits qui suivirent, que l’on

se hâta de m'envoyer chercher. J'ai appris, depuis, que l’on avait fait appeler trois personnes, dont la spécialité consiste à guérir les plaies au moyen de sucs d'herbes, et principalement à l’aide de signes; une somnambule même avait été consultée.

L'enfant faisait pitié à voir : la peau sèche et ridée da visage, mettant en saillie les maxillaires, les os malaires et l’excavation des orbites, rappelait celle de certains vieillards.

L’oreille était tellement boursoufflée, à la suite des manœuvres exercées sur elle, qu’elle semblait être dix fois plus grosse quesa congénère. Je constatai également des exulcérations; l’ouïe était presque abolie. Je fis immédiatement des lavages avec de l'eau de pavot, puis avec de l’eau choralée, et enfin je fis des applications de cataplasmes de farine de lin laudanisées, que l’on devait renouveler toutes les heures.

10 février. Lavages avec une solution chaude d’acide borique “/,99 Température 39°; pouls 110. Injections dans le conduit auditif externe avec eau de pavot chloralée. Potion à l’intérieur avec 1 gr. de teinture de musc.

11 février. L'enfant a reposé. La tuinéfaction a diminué. Température 38°5; pouls 100. Potion de Todd.

12 février. Il y a eu un peu de délire pendant la nuit. L’enfant est triste, maussade, et a manifesté des envies de vomir. Je prescris la potion de Rivière, que je fais donner alternativement avec celle de Todd. Un peu de bouillon froid ; limonade. Température 38°; pouls 100.

13 février. L'enfant a beaucoup souffert; l’ouïe a complètement cessé du côté malade. J'introduis sans peine un petit drain phéniqué dans le conduit, et j'injecte dans celui-ci uné solution chaude d’acide borique.

Température 38°5. Pouls 110.

14 février. Les souffrances ont diminué; le pus qui s'écoule est épais, jaunâtre et fétide. Je pratique une injection de

250 gr. d’eau de pavot chloralée; le pus devient plus abondant et moins fétide.

Le soir du même jour, la température n’est plus qu'à 37° et le pouls à 90. Je soulève la tête de l’enfant et je constate qu'ilne se plaint pas. L’oreille est baignée de pus.

Je nettoie intus et extra. Lavages d’eau de pavot chloralée; injection d’eau boriquée chaude, et, pour la première fois, je me décide à faire des insufflations de poudre d’iodoforme dans le conduit; je termine mon pansement par l’application d’ouate phéniquée.

15 février. L'enfant a bien dormi. La température à 37°: pouls à 80. Il tourne la tête dans toutes les directions ; il me demande à manger. Potage au tapioca, eau rougie.

16 février. Le mieux persiste, l'appétit augmente et l’enfant reste facilement assis, pendant quatre à cinq heures, sur son lit.

17 février. L'iodoforme est mal toléré. Je le remplace par la poudre de bismuth, unie à l’oxyde de zinc et au camphre.

L'enfant prend une cuillerée de sirop d’iodure de fer, avant le repas, et un granule de Dioscoride le soir.

18 février. Sueurs abondantes la nuit; je les combats par les pilules de sulfate d’atropine.

19 février. Je constate que la poudre de bismuth ne me: donne pas le même résultat que l’iodoforme ; le pus est un peu fétide et la douleur tend à revenir plus souvent. Je fais une petite insufflation d’iodoforme.

20 février. L'enfant a bien reposé et l’iodoforme a été bien toléré. Viande saignante, œuf à la coque; une cuillerée de sirop d’hypophosphite de chaux du docteur Churchill, avant le repas de midi et celui du soir.

1° mars. L'enfant s’est levé. Depuis cinq jours il n’a pas eu de sueurs. Je remplace le sulfate d’atropine par le sulfate de quinine : une pilule de 0,10 centigr. chaque soir en se

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