CHAPITRE I
Historique.
L'historique de la question se résume à peu de faits, et s’il n'était des premiers essais opératoires dans le traitement de cette affection. le tout se résumerait à la communication du professeur Létiévant. Mais il nous a paru intéressant de retracer les phases successives du traitement de cette affection.
Une regrettable confusion régnait dans les esprits des premiers chirurgiens entre les lésions goutteuses ou rhumatismales et les lésions de cette affection : aussi la thérapeutique était-elle restreinte, les procédés opératoires à peu près nuls, presque tous limités à quelques essais timides d’arthrotomie, car les soins minutieux d’antisepsie faisant complètement défaut, de graves complications surgissaient, et le malade le plus souvent succombait après ces tentatives malheureuses.
Aussi la plupart des chirurgiens proscrivaient-ils en principe l’ouverture à ciel ouvert des articulations.
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C'est Ambroise Paré, en 1558, qui nous donne la première observation d’arthrotomie et nous montre l’hésitation qu'il a pour ouvrir «une aposthème aqueuse du genouil. »
Viseman (163%), Pechlin (1691) pratiquent la gonarthrotomie pour arthrophytes, mais rien de précis n’est indiqué pour le traitement des tumeurs blanches.
Vers cette époque cependant on parle de la cure au fer rouge ; quelques succès, beaucoup de revers. Aussi van Helmont, Boerhaave et Dionis rejettent-ils ce procédé, et faut-il l’autorité de Pouteau, en France, et de Percival Pott, en Angleterre, pour remettre en honneur ces débuts d’ignipuncture.
Nous ne parlerons que pour mention des idées de J. Hs Petit, qui inaugure la méthode française de redressement et nous en arrivons ainsi à la première résection DisRaneE en Angleterre par Franklin en 1762.
Rien donc qui se rapproche de notre sujet, si ce n’est quelques cas isolés d’arthrotomie.
Eu 1870, Volkmann et son élève Max Schede font paraître de nombreux travaux sur les services que rendait le raclage des articulations et en général des plaies suppurantes.
Billroth aurait pratiqué des raclages articulaires chez des enfants avant les travaux de Létiévant.
En 1876, Bardenhauer dit : « L'ouverture et le raclage d’une articulation affectée de carie donne de bons résultats. »
Saxtorph, dont nous reproduisons une observation complète (?), obtient la même année que M. le professeur Létiévant, un succès par l’arthrotomie et le raclage.
Ce sont des tentatives isolées, et l'honneur du procédé en revient à M. Létiévant, qui a simultanément employé l’arthro-
(!) Thèse du Dr Piéchaud.
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tomie, le raclage et l’immobilisation. C’est lui qui en a donné les règles et la méthode, au Congrès périodique international d'Amsterdam, au moisde septembre 1879. Pendant cette séance, il y eut un incident intéressant à relater : un membre du Congrès fit remarquer à M. Létiévant que son procédé opératoire n’était pas nouveau, puisqu'un chirurgien ancien, Antyllius (qui vivait 330 ans avant J.-C.), avait pratiqué cette abrasion intra-articulaire. Tout nous porte à croire que cette assertion n’est rien moins que fondée, et nous reproduisons le fait sans commentaire.
Dans cette communication, M. le D' Létiévant propose cette opération, à laquelle il donne le nom d’arthroxesis, appliquable à l’arthrite fongueuse quand les lésions osseuses sont superficielles ou n'existent pas.
Nous rapportons 11 ses propres paroles: «Dans ces cas, dit-il, il me parait inutile de sacrifier une masse osseuse parce qu'elle est entourée d’un fongus qui a légèrement érodé sa surface. Il se trouverait même, en un ou deux points, ce que je n’ai pas observé, des fongosités profondes, qu'il faudrait évider sans pour cela amputer ou même réséquer. Enlever le mal, rien que le mal; respecter ce qui est sain, tout ce qui est sain ({).»
Le rapprochement de ce mode opératoire avec le procédé de raclage à la cuillère tranchante /Scharfen Lôffel) ne peut être accepté. Personne ne pourra le confondre, car, dans le procédé Létiévant, 1l y a d’abord arthrotomie; dans le procédé Volkmann il n’y a que dilatations des foyers fistulaires préexistants. Volkmann enlève ce qu’il peut détacher à l’aide de sa curette. Létiévant fait le curage complet de l’articulation.
(1) Lyon médical, 19 novembre 1879.
SU
En 1879, la thèse inaugurale de notre maître, M. Piéchaud, donne les résumés des observations du Lyon médical, et établit encore une différence complète entre le raclage de Volkmann et de Schede, et l’abrasion totale de Létiévant.
En 1880, la thèse de M. Laprade sur l’arthroxesis nous donne aussi des renseignements précieux sur le mode opératoire et nous a fourni quelques observations, que nous ajouterons aux nôtres pour en décrire la statistique.
Enfin, je signalerai la note de notre regretté maitre, M. le D' Poinsot, qui, au procédé Létiévant, ajoute la cautérisation consécutive au chlorure de zinc au douzième ; et j’ajouterai, en terminant, que Lister, par sa méthode antiseptique, a surtout ici fourni un moyen de préservation, que les indications opératoires se modifient grâce à sa méthode, et que l'ouverture à ciel ouvert d’une articulation, en s’entourant des précautions minutieuses d’aseptie, peut être pratiquée avec l’immunité la plus absolue.