A NOS MAITRES DANS LES HOPITAUX
Stage MM. les Docteurs BARIÉ, PICQUÉ (in memoriam)
BAUDET, Professeur agrégé GRÉGOIRE, Docteur CLAISSE. ;
Externat
M. le Professeur AUGUSTE BROCA M. le Professeur Maurice LETULLE Professeur agrégé LEPAGE (/n memoriam) Docteurs RUDAUX, GUINON, LEMAITRE
Remplacement d'interne
Service de M. le professeur LETULLE
À MM. le Professeur agrégé CHEVASSU, D: VI- VIEN, D: CHOUQUET, D' APARD, D: CHABERT
DE
L'Association du Soufre et du Mercure
Au cours de: trois années pendant lesquelles nous avons fait fonction d’interne dans le service de notre vénéré maître, M.le professeur Letulle, et après les travaux que M. le professeur agrégé Lœper a faits en collaboration avec MM. Bergeron et Vahram sur le soufre-mercure colloïdal dans le rhumastime chronique, évoluant si souvent sur ‘un terrain syphilitique, puis dans la syphilis ellemême, nous avons été amené à employer, nous aussi, celte nouvelle association, contre toutes les manifestations syphilitiques que nous avons rencontrées dans le service.
Nous nous proposons d'apporter ici, dans ce tra- . vail,les résultats de nos observations. Si les circonstances ne nous permettent pas de leur donner tout le développement que nous aurions désiré, nos juges voudront bien nousen excuser,car ce mémoire aura, du moins, pour lui de n’avoir pas été emprunté, hâtivement, pour les besoins du moment et de reposer sur des observations prises par nous et concernant des malades traités par nous.
ES
Les médicaments colloïdaux agissent tous, sans doute, par le même mécanisme. Suivant Duplan (1). cette action générale serait due à la phagocytose des particules colloïdales, qui détérmineraient la leucolyse des globules phagocytés, phénomène qu'il! explique à l’aide de la cryoscopie, à propos de Por colloïdal, et qui est rapporté dans la thèse de Mme Chauveau (2). Cette leucolyse des globules entrainerait la dissémination dans l’organisme des substances antitoxiques qu'ils contiennent. D’autres auteurs croient que les métaux colloïdaux n’agissent pas en tant que corps spécifiques, mais en tant que matière métallique à l’état radiant. Quoi qu’il en soit il est sans contredit que certaines substances jouissent . dans des affections déterminées d’une véritable action spécifique, il était, donc, logique de tenter de les administrer sous la forme colloïdale et d’escompter ainsiun renforcement de leur pouvoir curatif.
On connaît les excellents résultats obtenus, dans le paludisme, avec la quinine colloïdale, en injec-
1. Duplan, les Colloïides et la Colloidothérapie (Rev. int. Méd. et de Ghir., 1917, n° /).
2: Chauveau, Sur l'emploi de l'or collotdal dans les septicémies, Thèse far 1918,
tions intraveineuses ; les succès du soufre dans le rhumatisme aigu ne se comptent plus; et le mercure colloïdal a rendu aussi de grands services.
Stodel, qui l’a bien étudié, dit, notamment dans sa thèse, qu’il est très efficace dans la syphilis ulcéreuse et dans la céphalée d’origine syphilitique, qu’il ne donne jamais de gingivite, et, que, d’après ses expériences,une même quantité de mercure mortelle sous la forme dé biiodure ne l’est pas sous la forme colloïdale. Joltrain, qui a repris cette étude, a employé, de préférence, la voie intraveineuse.Il signale, lui aussi, qu’on peut l’injecter, sans risque, à de plus fortes doses que les sels solubles, et, que dans cer- tains cas graves il est possible d'obtenir un résultat plus rapide.
MM. Lœper, Bergeron et Vahram, ayantieux, fréqu mment constaté la coexistence de la syphilis avec une foule de rhumatismes déformants ou de formes bâtardes, eurent « l’idée d’associer le soufre et le « mercure pensant que,ainsi qu’il se produit dans les « stations sulfureuses, l'efficacité du mercure serait « notablement accrue, et, que le soufre, médicament « efficace des jointures, viendrait ajouter son action «à célle du médicament spécifique : le mercure ».
Avec le sirop de Gibert, un sirop de Gibert un peu modifié, puis avec le biiodure, ils n’obtinrent pas tous les succès désirés, et, c’est alors qu’ils employèrent le soufre-mercure colloïdal qui devait donner, quelques mois plus tard, dans la syphilis elle-même, de très bons résultats,
En réalité, la nouveauté de cette association ne réside que dans la forme du médicament et son mode d'administration, car l'association du soufre et du mercuré dans le traitement de la syphilis est connu depuis fort longtemps.
: On sait que les médecins arabes ont été les premiers à oser employer le mercure, extérieurement, contre les poux et la « galle », et, que Roger de Parme, en 1250, semble avoir été, lui, le premier à utiliser, en Europe, l’onguent sarasin. On croit pouvoir préciser, en outre, que c'est à Jean de Vigo, et à Jean Béranger de Carpi que reviendrait l'honneur de
lavoir essayé dans la vérole. On prétend même que
ce dernier l’employa pour la première fois quand il se trouvait dans l’armée de Charles VIIT au siège de Naples. Mais, en ce qui concerne le soufre-mercure, on esl moins renseigné, quoiqu'il y ait tout lieu de penser qu'il date, à peu près, de celte époque, car, dès ce moment, «chymistes et alchymistes trouvè- « rent un grand nombre de remèdes chimiques ». En 1754 nous le trouvons signalé sous le nom d’ « æthiops minéral commun » comme une] des meilleures préparations mercurielles dans le Traité des maladies vénériennes, traduit du latin de M. Astruc, médecin consultant du roi, professeur en médecine au ‘collège de France, et édité chez Guillaume Cavelier. Nous le trouvons, encore, relaté dans le Dictionnaire de Chirurgie, édité par Lacombe en 1966. \ l
On peut donc dire que presque depuis l’apparition
Sy pos
de la vérole on a eu plus ou moins recours contre elle, à l'association du soufre et du mercure, sinon, en employant toujours un médicament renfermant les deux substances, du moins, en utilisant les eaux sulfureuses qui,comme chacun le sait, sont un adjuvant précieux dans le traitement mercuriel, soit pour faci. liter l’utilisation ou l'élimination du mercure, soit encore pour extérioriser une syphilis mal éteinte; et, que, malgré l'ancienneté de leur emploi, le mercure et le soufre ont conservé toute leur valeur thérapeutique, puisque, il y a quelques années encore,le professeur Gaucher a pu dire dans une de ses leçons qu’ «au moment où certains médecins » essayaient « de trouver de nouveaux remèdes, l’arsenal thérapeutique se » réduisait « à un médicament capital, et, réellement spécifique ; le mercure ; un médicament accessoire, l’iodure de potassium etun médicament adjuvant, agent utilisateur et éliminateur du mercure, le soufre » (1). À