‹ Contribution à l'étude de l'association du soufre et du mercure: résultats expérimentaux et cliniquesChapitre 6 sur 13 · E. Joltrain, Ann. des Mal. vén., janvier · texte numérisé non relu

E. Joltrain, Ann. des Mal. vén., janvier

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1l y a différentes facons d’unir le soufre au mercure. L’æthiops minéral, qui semble être la prerñière association sulfo-mercurielle,/se prépare — suivant le Traité des maladies vénériennes de M. Astruc édité en 1954 — « en broyant le mercure avec le « soufre, dans un mortier de marbre, ou, ce qui « vaut mieux en le mêlant avec le soufre fondu ». « La dose en est depuis quinze grains jusqu'à trente». D'autre part, le Dictionnaire de Chy mie » édité chez Lacombe en 1766, contient, lui, tout un article sur l’action du soufre sur le mercure :

« Le soufre a beaucoup d’action sur le mercure ; (4 si l'on triture, ensemble, ces deux substances, on « s'aperçoit que le mercure se divise facilement ; « que ses molécules se distribuent enire celles du « soufre et y adhèrent ; que le mélange prend une « couleur de plus en plus brune et noirâtre, signe « certain de la grande division du mercure ; qu'en «€ un mot cette matière métallique disparaît entière- « ment, parce qu'elle s'éteint et s'incorpore absolu- « ment avec le soufre. Lorsque le soufre a ainsi «€ absorbé toute la quantité de mercure qu'il est ca- « pable de prendre par ce moyen, ce mélange porte

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le nom d’æthiops minéral, à cause de sa couleur noire. On peut faire la même combinaison par la fusion, c’est-à-dire, en mêlant la quantité convenable de mercure dans du soufre fondu : ces deux substances s’unissent, alors, l'une à l’autre, à peu près, comme par la trituration, et forment, de même, un composé noirâtre, qui porte aussi le nom d’æthiops fait par le feu. De cette manière l'union du soufre et du mercure se fait beaucoup plus promptement. Elle est même, peut-être, un peu plus intime... »

« Dans ces préparations il se passe quelque chose d’assez semblable à ce qui a lieu dans la préparation des onguents, combinaisons du mercure avec les matières grasses et huileuses. »

Si nous consultons le Cours de chymie de Lemery

annoté par Baron, et édité, en 1556, par d'Houry,

nous trouvons ce qui suit à l’article : æthiops miné-

ral :

« C’est un alliage de mercure et de soufre qui tire

son étymologie de ce qu'il est minéral, et, noir, comme un éthiopien. Mettez en fusion sur le feu la quantité qu’il vous plaira de soufre, dans un pot de terre qui résiste au feu, et qui ne soit point vernissé ; mêlez-y peu à peu avec une spatule de fer un égal poids de vif argent revivifié du cinnabre ; mettez le feu au mélange; quand le soufre sera brûlé,il vous restera une masse noire, friable ; pesante. Laissez la refroidir ; séparez-la du pot et la gardez; c'est l’æthiops minéral. La dose en est

Le 16 —

« depuis huit grains et jusqu’à deux scrupules ».….

€ On fait, encore, l’æth'ops minéral sans feu, en « se contentant de mêler exactement dans un mor- « tié de marbre ou de pierre deux parties de mer-

cure crud, avec trois parties de fleur de soufre; le « mélange doit avoir une couleur jaune verdâtre »..…. Et Baron ajoute : |

« Cette manière de faire l’æthiops minéral èst

préférable à celle où l’on emploie le feu en ce qu’elle « est plus simple, et, que le mélange du soufre et du « mercure y est, tout aussi exact que s’il avait été «fait par le moyen du feu, qui ne sert à rien pour « augmenter les points de contact des particules du « soufre et de celles du mercure. La seule différence «qu’il y ait entre ces deux méthodes est que dans « celle de la trituration toute la quantité de soufre « que l’on a employée reste dans l’æthiops, et, qu'il «peut arriver que cette quantité -excède, de beau- « coup, celle qu’il faut pour éteindre le mercure: « au contraire, dans la méthode par le feu, il ne reste « de soufre uni au mercure qu'à peu près la quan- «tité qu’il faut pour lui faire perdre sa fluidité, et le « faire paraître sous une forme solide ou pulvéru- « lente ; l'excédent du soufre se dissipe entièrement « par la combustion. Dans lun et dans l’autre € æthiops, il n’y a jamais qu'une juxtaposition des « particules du mercure et de celles du soufre ; dans «l’un ou dans l’autre, la cohérence de ces différentes « parties est égale ; mais dans l’æthiops fait avec le « feu, il y a une plus grande proportion de mercure,

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«et dans celui qui est fait sans feu, le soufre est en € plus grande proportion. D'ailleurs ces deux prépa- «rations sont, également, insipides et insolubles, et, « par conséquent n ‘ont pas plus de vertus l’une que « l’autre. » |

Au point de vue chimique, de l’action du soufre sur le mercure résulte du sulfure de mercure amorphe noir dont la formule est identique à celle du sulfure rouge plus particulièrement désigné sous le nom de cinabre. Le vermillon est une variété de cinabre ; le cinabre imparfaitement broyé laisse à sa masse un reflet brun, qui disparait, sous l’influence d’une porphyrisation prolongée, en donnant une couleur rouge extrémement vive.

Spring, qui a bien étudié ce sulfure noir, le diffé-, rencie nettement (1) du cinabre rouge ; ce qui est

aussi l’opinion de Seguin (2), bien que Fourcroy et : Thénard (3) aient observé que ces deux corps se comportent dela même manière vis-à-vis des réactifs. M. Berthelot considère qu'il contient de l'oxygène et par conséquent un oxyde de mercure.

Moore (4) a déterminé un sulfure noir naturel (métacinabrite) dans des échantillons provenant de Californie. FN: |

Seguin, s’en rapportant aux anciennes formules,

1. Spring, Bull. de l'Acad. des Sciences et belles-lettres de Belgique. Bruxelles 1894. S. 3, t. XX VIIX, p. 238.

2. Seguin, Ann. de Chimie ; Paris, t. LXL ; p. 268. Année 18144

3. Fourcroy et Thénard, J. Ecole Polytechnique, t. VI, p. 339.

4. Moore, Journal für praktische Chemie. LÉIUAER S.a;,t. AL, p- 319. Année 1870.

préparele sulfure noir amorphe en chauffant modé: rément à l’ « abri de l’air » du soufre et du mercure. La précaution « à l’abri de l’air », constitue, évidemment,une variante sensible du procédé qui consistait à brûler le soufre. Au reste, en chauffant modéré-

ment le mélange au contact de l’air on obtient, iden-

tiquement, le même résultat. Il faut simplement prendre quelques précautions pour que le soufre ne s'enflamme pas.

Fickentscher (1) récomiiaitle de pousser jusqu’à un commencement de sublimation, et de procéder, alors, à un refroidissement rapide.

Mitscherlich (2) reprend le procédé par trituration.

Il ajoute un moyen de vérification: il faut broyer

jusqu’à ce que le mélange ne cède plus rien à l’acide azotique. |

André (3), dans le Traité de chimie de Moissan, à l’article « Mercure », relate les différents travaux sans apporter aucune idée personnelle, mais Lefort et Thibault (4) ont montré un sulfure de mercure obtenu par l’action d’un excès de sulfure alcalin sur une solution de sulfure mercurique. Ce sulfure reste en suspension dans une émulsion concentrée de

1. Fickentscher, Repertorium für die Pharmacie. Nüremberg, t. XXXIII; p. 429. Année 1830. | .. 2. Mitscherlich, An. der Physik und chemie; heransgegeben von J. C. Pog'erdorf. Leipzig, t. XVI, p.352. Année 1829.

3. André, Truité de Chimie de Moissau. Article « Mercure ÿ Masson, Paris, 1916, t. V, p.306.

4. Lefort et Thibault (J. de Pharmacie et de Chimie. Paris, S. 5; p. 169. Année 1882.

gomme arabique. La préparation colloïdale se trouve ainsi réalisée, de Nous avons utilisé la même préparation que . MM. Lœper, Bergeron et Vahram. Du soufre et du mercure sont intimement combinés; on obtient, ainsi, un produit pulvérulent noir qui reste en suspension dans l’eau froide, en présence d’un colloïde organique quelconque, gélatine, albumine, gomme, etc... Dans les ampoules dont nous nous sommes sérvi, le soufre-mercure a une solution de gomme comimne excipient. Ces ampoules sont faites de telle sorte qu’elles renferment, par centimètre ‘cube, une quantité de mercure et de soufre correspondant, respectivement, à un milligramme et à un quart de milligramine. Proportions analogues à celles de la formule de l’ancien æthiops minéral fait par le feu. | Par transparence cette pseudo-solution est grisâ: tre ; vue à l’ultra-microscope elle montre une infinité de petits grains animés de mouvements browniens. A la longue, il arrive que cette pseudo-solution dépose, quelque peu, dans la partie déclive de l’ampoule. Il suffit d’agiter l’ampoule pour remettre tous les corpuscules en suspension. Le médicament a conservé toute son action. | En terminant ce chapitre de pharmacologie nous remercions, infiniment, M. le D: Duplan pour tous les renseignements et les précisions qu'il a bien voulu nous donner.

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Sous la haute et bienveillante direction de M. le professeur H. Busquet, que nous prions de trouver, ici, expression de nos remerciements, il nous a été permis de réaliser un certain nombre d’expériences.

: Toxicité.

Des injections intraveineuses faites au chien, et au lapin, il résulte que le chien supporte jusqu’à 1 centimètre cube par kilog: d'animal; quant au lapin, il supporte jusqu’à 2 centimètres cubes par kilog.

Lorsque les injections sont faites par la voie intramusculaire, ces doses peuvent être très augmentées. De ces expériences, on peut conclure qu’au point de vue pratique le médicament n’est pas toxique pour l’homme, à qui l’on n'’injecte, dans un but thérapeutique, que des doses infinitésimales, en comparaison de celles utilisées dans l’expérimentation.

Action circulatoire.

Chez le lapin, nous avons eu recours, pour étudier l’action cardiaque, à la méthode du cœur isolé

maintenu en survie par une circulation coronaire. Nous avons irrigué comparativement l'organe avec la solution de Ringer-Locke pure et avec cette même solution additionnée de 1 centimètre cube de soufremercure colloïdal par litre. L'effet obtenu est nul ou légèrement cardiotonique, le ventricule semblant, parfois, se contracter avec un peu plus d'énergie.

Prat

Action d’une forte dose de: soufre-mercure colloïdal chez le Chien En + injection intra-veineuse de un dixième de centimètre cube par kilogramme d’Animal.

a) Abaissement immédiat de la pression artérielle (°° ligne).

b) Action cardiotonique secondaire (2° et 3*° ligne).

Ligne inférieure, temps en secondes.

Chez le chien, dont la carotide a été reliée au kymographion de Ludwig, l'injection de 1/10 de centimètre cube par kilogramme d’animal détermine un abaissement brusque de la pression artérielle, ainsi que le montre le tracé n° 1, mais au bout de quelques

Jouffray 2

root

minutes cette pression, non juLe se rétablit, mais acquiert un niveau plus élevé’ par suite d’une action cardiotonique secondaire produite par le médicament. Nous devons souligner que, chez l’homme, les doses thérapeutiques sont beaucoup plus faibles, et, on ne remarque, généralement, pas cette action hypotensive immédiate. Par contre, chez l’une de nos malades (observation XXXII) hémiplégique albuminurique avec Wassermann positif (néphrite spécifique probable) chez qui la pression était de 27 centimètres et 13 centimètres au début du traitement nous avons noté un abaissement progressif de la pression, qui au bout d’un mois était de 14 centimètres et de & centimètres. ce

Cette baisse brusque de la pression artérielle but,

d’ ailleurs, être totalement supprimée, comme le‘ montre très bien le tracé no Il par injection préalable d’une dose infinitésimale du médicament. Dans le cas qui nous concerne (fig. II) nous avons fait en + une première injection intraveinense de 1/100 de centimètre cube par kilogramme d’animal,puis trente minutes plus tard en ++ nous avons fait une nouvelle injection de 1/10 de centimètre cube par kilogramme, dose qui, dans le premier cas avait amené

un abaissement si marqué de la pression, et qui dans cette expérience n’a produit aucun effet hypotenseur.

Ce phénomène d’immunisation rapide, désigné soûs

le nom de tachyphylaxie, a été particulièrement mise

en valeur par le professeur H. Busquet, qui a mon-

CCE

tré tout le rôle que l’on pouvait en tirer en thérapeutique (x).

Des expériences ont été faites, aussi, pour déceler -laction du médicament sur les vaisseaux. A faible dose, il n’y a aucune modification. Dans une pre-

Fr. II

Suppression de l’abaissement immédiat de la pression artérielle chez le chien tachyphylactisé.

En + injection intraveineuse de 1/100 de centimètre cube de soufremercure colloïdal par kilogramme d’animal.

En ++ injection intra-veineuse de 1/10 de centimètre cube.

mière expérience, le pénis d’un chien de onze Ékilogrammes est placé dans un pléthysmographe, lui-

RS

même relié à un appareil enregistreur. Une injection

1. H. Busquet, la Tachyphylaxie et son rôle en thérapeutique (Presse médicale, 23 oct. 1917).

de 1/4 de centimètre cube ne permet d'enregistrer aucune variation. Il en est de même dans une deuxième expérience pléthysmographique faite sur le rein d’un chien placé dans un oncographe.

Nous n’avons pas, non plus, constaté de modifications sur la coagulabilité du sang.

| * Autres actions.

L'action sur l’ l'abparol PR a été aussi étudiée. Elle est nulle.

De toutes les sécrétions, la sécrétion biliaire est la seule à être. influencée. Elle est nettement activée, chez le chien, comme nous avons pu nous en rendre compte après introduction d’une canule dans le canal cholédoque. Quant au système neuro-musculaire il n’est nullement influencé. | |

L'action sur la peau, en application locale, est nulle. Toutefois l'injection sous-cutanée amène une | légère irritation et est quelque peu douloureuse.

C’est, en 1916 que MM. Lœper, Bergeron et Vahram (1) ont signalé à propos de traitements de rhumatismes chroniques évoluant chez dessyphilitiques, les bons effets de la médication sulfo-mercurielle colloïdale. Alors que leurs malades n’avaient éprouvé aucune amélioration par les traitements classiques, ils obtinrent par cette médication sur vingt cas traités, dix-septaméliorations,dont cinq guérisons complètes, et cela, après deux ou trois séries de 10 injections intraveineuses. Les épaississements péri-articulaires se dissipèrent, rapidement, ou s’atténuèrent, et les phénomènes douloureux s’amendèreut. Dès cette époque ces auteurs rapportent que la médication est fort bien tolérée, qu’ « elle parait avoir une action cardiotonique, ne provoquant pas d’hypertension marquée, point d’albuminurie ». Il est intéressant de signaler que cette action favorable du soufre-mercure sur le rhumatisme est connue depuis longtemps ‘puisque Lemery dans son Cours en 1756 disait à propos de l’æthiops minéral :

1. Lœper, Bergeron et Vahram, Syphilis et rhumatismes. La médication sulfo-hydrargyrique (Bull. êt mém. Soc. méd. H6pitaux de Paris, Paris 1916. 3° s. (32° année), p. 1091 et Progrès médical de Paris, 1916, n° 14, p. 117).

«Il est propre pour l'asthme, pour l’épilepsie, pour les rhumatismes, pour les maladies vénériennes, pour les scrofules ou les écrouelles ; il agit principalement par la transpiration et rarement par la salivation ; la dose en est depuis huit grains jusqu’à deux scrupules. »

Dans un autre travail (1) MM. Lœper, Bergeron et Vahram publièrent une étude de l’action du soufremercure dans le traitement de la syphilis. Après avoir expliqué commentils avaient été amenés à adjoindre le soufre au mercure, ils conclurent que le « soufre accroît la tolérance des malades au mercure, et élargit, notablement, les limites de l’intoxication ». « Certains sujets » qui présentaient « de la stomatite, des troubles intestinaux ét même des vomissements, de la mucorrhée, avec 1 centigramme de biiodure ou de Ccyanure supportèrent grâce à une injection quotidienne de soufre, sans aucun trouble appréciable ou comparable, une dose égale où supérieure ». Ces résultats sont pour eux la justification de « l’association à la thérapeutique mercurielle, d’une théra- peutique sulfureuse intraveineuse ou intramusculaire ». Nous nous faisons un devoir de relater les résultats de ces auteurs avant de donner nos obser. vations personnelles.

Ils ont pratiqué 2.000 injections dont 500 intraveineuses et 1.500 intramusculaires.

1. Lœper, Bergeron et Vahram, l'Association du soufre et du mercure dans le traitement de la syphilis (Com. Soc. méd. des Hôpitaux. Séance du 26 janvier 1919 et Progrès médical, n° 4, 1917).

€ L’injection intraveineuse est la plus active », € infiniment plus efficace,et plus rapidement efficace, que l’injection intramusculaire. »

« Elle peut, à ses débuts, provoquer des réactions congestives et fébriles, de l'agitation, du malaise, et de la céphalée, comme toute injection de soufre pur, mais moindre, cependant, qu'elle ». « Chez les sujets sensibles, la voie intramusculaire peut être suffisante bien qu’elle ne possède une valeur curative, ni aussi grande, ni aussi rapide. Elle est peu douloureuse, provoque un minimum de réaction générale, et ne

détermine que des nodosités minimes ou transi-

toires. »

« Chez le syphilitique, la leucocytose médicamen teuse est modifiée dans sa quantité et dans sa qualitépar l’état globulaire antérieur du sujet. C’est ainsi

qu’elle peut être nulle ou à peine esquissée chez le

syphilitique aigu et se traduire seulement par un accroissement du nombre des mononucléaires, des éosinophiles et des myélocytes. »

«Chez l'homme sain, le soufre-mercure a peu d'influence sur les hématies ; chez le syphilitique, en période virulente, au contraire, il provoque une élévation du chiffre des hématies et mêmé une légère réaction normoblastique ».

« La tension sanguine s'élève chez tous les sujets », mais Qun léger abaissement peut précéder cette élévation ». Ces dernières constatations sont bien con-.

formes aux phénomènes expérimentaux que nous

avons signalés.

LE QT

Par quelques résultats chimiques et biologiques, MM. Lœper, Bergeron et Vahram montrent encore l’action excitante du soufre-mercure sur la nutrition générale. Il y a un accroissement du taux de l’urée dans le sang et jdans les urines. L’élimination de l’acide urique’et du phosphore esl aussi augmentée,

Au point de vue clinique :

« De‘façon générale le résultat fut très bon dans 80 o/o des cas, assez bon dans 19, médiocre ou nul dans les autres. « Le nombre des guérisons est de 95 o/o des lésions cutanées et muqueuses secondaires ; de 68 0/0 des lésions gommeuses et viscérales ; de 5o o/o seulement des leucoplasies et des lésions nerveuses. »

« Le pourcentage dés guérisons par la voie intraveineuse est de 95 0/0 ; de 56 o/o seulement par la voie intramusculaire. Elle est quelquefois très rapide. Dans tr 0/0 des cas il suffit de 3 piqûres, dans 2 o/o de 4, dans 3 o/o de 5, dans 6 o/o de 7, dans 50 o/o de 8 pour obtenir une amélioration très nettement appréciable ; 50 o/o des cas guérissent à la dixième injection, 10 o/o nécessitent 15 ou 20 injections ; 3 o/o seulement en exigent 30 et 4o ». Des lésions cutanées qui avaient résisté à 10 injections intramusculaires ont été guéries par 7 nouvelles injections intraveineuses. Tous ces résultats sont attestés par l'étude de la réaction de Wassermann qui chez certains de leurs malades a pu se maintenir négative plusieurs mois après la cessation de leur traitement.

Leurs conclusions résumées, sont :

1° Il y a accroissement de la tolérance des sujets vis-à-vis des doses élevées de mercure :

2 Il y a amélioration très générale des accidents syphilitiques « plus rapide et plus radicale que celle que détermine les composés mercuriels employés seuls », « particulièrement marquée dans les déterminations muqueuses rebelles, les lésions cornéennes, les leucoplasies, les artérites syphilitiques », «les lésions rénales qui supportent souvent mal le mercure et les arsenicaux » ;

3 L'efficacité du médicament est démontrée par la clinique et par la biologie « puisque la réaction de. - Wassermann s’atténue et disparaît dans la grande majorité des cas, tandis que régressent les localisations muqueuses ou viscérales ».

Personnellement, imprégné de cette idée que la clinique est bien souvent en défaut pour dépister la syphilis, et que, fréquemment, les affections les plus banales ont, sans que l’on s’en doute, un rapport quelquefois, étroit avec cette inféction, de plus en plus fréquente depuis la guerre surtout, nous avons pensé, qu’au point de vue documentaire, faisant en quelque sorte abstraction de tout amour-propre de clinicien, il était intéressant d’avoir recours au laboratoire pour obtenir un diagnostic sûr, et la certitude que l'affection traitée n’évoluait pas sur un terrain syphilitique.

Certains médecins, d’ailleurs, n'ont:ils pas l’häbitude lorsque le traitement classique échoue, d’instituer parfois parallèlement à lui un traitement anti-

syphilitique ? Et souvent en agissant ainsi au hasard ils obtiennent d'excellents résultats ! On ne s’étonnera, donc point, que tout en nous défendant de voir ;partout la syphilis, nous ayons eu l’idée de faire faire, systématiquement, la réaction de Bordet- Wassermann pour, chaque « entrant » du service. Cette manière d'agir, — exception faite pour certains états Tébriles, comme la pneumonie, par exemple, qui nous a donné souvent un Wassermann ultrapositif sans que le traitement antispécifique n'ait jamais eu sur lui une influence quelconque, — nous a conduit à bien des surprises, ainsi qu’on pourra s’en rendre compte à la lecture des observations que nous donnons au chapitre suivant.

Maintes fois, à propos d’une maladie quelconque, que l’on n'a pas coutume de classer parmi les affections ayant une origine syphilitique, nous avons trouvé une réaction de Bordet- Wassermar ultra-posi- © tive sans que l'examen le plus minutieux ait pu nous faire découvrir un signe probant de syphilis. Et ce qui prouve bien qu'il ne s’agit là d’aucune erreur d'interprétation c’est que le traitement appliqué a amené, immédiatement, une rétrocession des symptômes, comme lorsque la syphilis ne fait aucun doute.

Dans tous ces nombreux cas et ceux où la syphilis est indéniable nous avons fait appel — pour le iraitement — au soufre-mercure colloïdal en injections intraveineuses ou intramusculaires. Les injections intraveineuses sont plus aclives el donnent des résultats rapidement.

NES Pr

En général, lorsqu'elles sont faites à doses élevées d'emblée, 1 centimètre cube ou 2 centimètres cubes, doses auxquelles on doit avoir recours dans les cas urgents, elles provoquent une réaction assez vive avec frisson, élévation thermique, céphalée, réaction qui survient de un quart d'heure à trois quarts d'heure après l’injection et qui ne nous a jamais donné le moindre ennui. Il suffit d’avertir le malade de ce qui va se produire et le plus souvent il supporte son frisson parfaitement.

Lorsqu'il ne s’agit pas d’accidents syphilitiques graves, qui nécessitent l'injection de fortes doses, il est facile d'éviter cette réaction. Il suffit de débuter par de petites doses, 1/8 de centimètre cube, par exemple, et d'augmenter de »f10 de centimètre cube à chaque injection. On arrive, ainsi, à injecter 2 centimètres cubes plusieurs jours de suite même sans provoquer le moindre malaise. Cela conformément au phénomène de tachyphylaxie dont avons parlé ‘dans un chapitre précédent. Nous devons, d’ailleurs, ajouter que l'apparition de la réaction dépend beaucoup des malades eux-mêmes. Certains : sujets, assez rares, n’accusent aucun malaise, même après l'injection de hautes doses d'emblée. Les injections intraveineuses,même faites par une main encore inexpérimentée, ne risquent point de provoquer des escarres comme cela se produit avec la cyanure de mercure lorsque une goutte du, liquide se répand dans le tissu cellulaire périveineux. Il en résulte,

seulement, une légère douleur .qui disparaît après

l'application d’une compresse humide chaude.

L’injection de soufre mercure colloïdal peut encore se faire par la voie iniramusculaire; son action est, alors, plus lente, mais il n'y a aucune réaction à craindre même à forte dose. Cette injection est indolore ce qui lui donne, avec üne efficacité, au moins identique, une grosse supériorité même sur le biiodure, qui en plus de la douleur, cause des indurations ou des nodosités très gênantes.

Si l’on a soin à différents stades du traitement de .

pratiquer la réaction de Bordet-Wassermann, on s'aperçoit qu’en général elle devient négative après un nombre de piqûres plus ou moins restreint ; plus rapidement, lorsqu'elles sont faites intraveineuses (quelquefois 3 ou 4 suffisent) : moins vite,par la voie intramuscuiaire, de 10 à 15, environ, peuvent être nécessaires ! Si pour une cause quelconque le traitement n’est pas continué, el qu'après un certain

-. nombre de mois, il vous soit donné de revoir votre

malade, et de faire un nouvel examen de sang, on conslale, souvent, que le, Wassermann s’est main-

tenu négatif.

D'autres fois, de négative ou faiblement positive la réaction, sous l'influence du traitement devient

très rapidement ultra-positive pour devenir par la

suite tout à fait négative. C’est ce que l’on appelle La «Réactivation » de la réaction de Wassermann, Cette

CRIE à à

Î méthode de réactivation rapide au moyen du soufremercure colloïdal a fait en 1917, de la part du D: André Bergeron et de nous, l’objet d’une publication (1).

Ces constatations n'auraient qu'une importance toute relative, si elles ne correspondaient, au point ‘de vue clinique, à aucune amélioration ; or, comme MM. Lœper, Bergeron et Vahram, à de bien rares exceptions près, nous avons presque toujours obtenu d'excellents résultats. Les ulcérations se cicatrisent rapidement, les phénomènes douloureux, aussi bien pour les céphalées, que pour les névrites périphériques, et les douleurs articulaires, s’amendent, en général, dès les premières injections.

Nous avons étudié la tension artérielle chez quelques-uns de nos malades, avant et ‘après les injections, en nous servant de l’appareil de Pachon, les résultats que nous avons obtenus ne présentent rien de bien caractéristique, et, leur variabilité ne permet de tirer aucune conclusion. Une seule malade (ob. 32) nous a permis de constater un abaissement progressif et très net de la pression artérielle. Il s’ ’agissait d’une hémiplégie chez une hypertendue présentant une grosse quantité d’albumine dans les urines. Sous l’influence du traitement, la pression qui était de 13 et 17 est passée à 8 et 14, tandis que l’albumine disparaissait presque entièrement des urines.

. André RARE et Camille Jouffray, la Réactivation de la. MR de Wassermann au moyen des injections de soufre-mercure (Presse médicale, 26 avril 1917).

La réaction de Bordet-Wassermann faite, systématiquement, chez tous nos malades nous a permis de dépister des pleurésies syphilitiques. Nous croyons intéressant de donner en ce-qui les concerne des observations un peu plus détaillées, accompagnées de leurs feuilles dé température. Ces malades, en effet,.ne présentaient, cliniquement, aucun signe de

syphilis et l’'épanchement pleurétique de chacunes

d’elles, n’était pas suffisant pour. justifier une ponction. Toutes avaient de la fièvre, et l’une d’elles en particulier, était dans un état qui donnait les plus vives inquiétudes. Pour chacune d'elles l’abaissement de la température, et la résorption du liquide ont coïncidé avec le début du traitement sulfo= hydrargyrique. S’agissait-il vraiment de pleurésies syphilitiques ou de tuberculose associées à la syphilis ? Le traitement anti-syphilitique n’a-til fait que modifier, fayorablement, le terrain syphilitique sur lequel s’était greffée la tuberculose ? Il nous sera permis d’en douter; d'autant plus que nous possédons aussi l'observation d’une malade que nous avons

soignée pour pleurésie syphilitique (W++++) au

moyen d’injections de néo-salvarsan, et, que cette femme étant venue mourir deux ans plus tard dans le service de méningite cérébro-spinale il nous a été permis de faire son autopsie, opération qui nous a permis de nous rendre compte qu'il n’existait aucune trace de tuberculose pulmonaire ou pleurale.

> $ e À Nous devons encore appeler l’attention sur une

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observation de tabès très amélioré par les injections de soufre-mercure.

Stodel, puis, Joltrain avaient, eux aussi, noté des athéliorations inespérées dans des cas semblables traités par le mercure colloïdal. Dans le cas qui nous occupe (ob. XLVIIK, il s’agit d’un homme de quarante-trois ans, réformé pour « tabès spasmodique ». Sa démarche était presque chancelante et il lui était impossible de rester debout les yeux fermés. Actuellement, après traitement, il marche normalement, et a repris son rude métier de relieur. Dès le début, nous lui avons fait, pendant deux mois consécutifs, une injection intraveineuse quotidienne de 2 centimètres cubes de soufre-mercure.Ces injections furent très bien supportées, sans aucune espèce d’accident. Nous avons pu, ainsi, mener à bien un traitement intensif et suivi, sans être arrêté par aucun trouble et oblenir un résultat qui nous aurait, sans doute,échappé avec un autre composé mercuriel ou arsenical ; ce dernier, surtout, étant de l'avis général, tout à fait contre-indiqué dans les cas de syphilis nerveuse.

Nous devons, enfin, signaler que, sans ordonner à nos malades des soins spéciaux, autres que ceux de la plus élémentaire hygiène, nous n'avons jamais constaté la moindre salivation, fait que l’on trouve déjà noté dans le Dictionnaire de Chimie édité par. Lacombe en 1766. Cette salivation que l’on n’obtenait pas était, pourtant, recherchée à cette époque. L’æthiops était, alors, rejeté par nombre de médecins

pour ceite raison ;

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