‹ Contribution à l'étude de l'astasie-abasieChapitre 10 sur 22 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

(Lejonne et Chartier. — Journal de l'encéphale, 1907, p. 543.) . 3

/ Astasie-abasie choréiforme

Georgette V... est actuellement âgée de trente-six ans. Sa mère était extrémementnerveuse et la naissance de cette enfant unique fut un incident mal accueilli de sa vie aventureuse.

L'enfance et l'adolescence de Georgette V... s’écoulèrent sans maladies sérieuses dans un couvent où elle resta de six à vingt ans, sans nouvelles de ses parents. Aussi était-elle toujours triste, mais de caractère plutôt nonchalant ; elle ne présenta jusqu’à dix-neuf ans aucun trouble névropathique.

Vers dix-huit ans cependant, sa formation étant accomplie, elle se prit davantage à penser sur le peu de bonheur que lui donnait cette existence d’abandonnée.

Se comparant aux autres jeunes filles, elle comprit toutes les tristesses que lui réservait l'avenir. Elle devint alors irritable et énervée, elle pleura souvent la nuit, et, peu dévote, malgré l'éducation reçue, elle ne se consola pas de sa solitude. C'est sur cet état psychique prédisposé, qu’un incident léger provoqua les accidents hystériques qui l’amenèrent à la Salpêtrière en 1891 et qui l'y conduisent encore aujourd’hui.

Un jour elle était à genoux depuis un quart d'heure pour

M la prière quotidienne, quand, en se relevant, élle ressent dans les deux membres inférieurs, principalement à gauche, l'engourdissement si banal que donne la compression du sciatique par la flexion‘forcée du creux poplité.

Elle est surprise et. s’affaisse. Elle essaye de se relever sans succès, elle se croit paralysée, et de fait, il lui est dès lors impossible de se tenir debout et à plus forte raison de marcher, Transportée dans le service de la clinique de la Salpêtrière, elle voit bientôt sa paraplégie diminuer, disparaître même, pour être remplacée par une astasie-abasie à type de flexions répétées, de salutations, comme disait Charcot qui en a compté plus de 60 par minute, Elle eut à la même époque des crises de tremblements généralisés de même nature. Elle resta deux ans à la Salpêtrière ; les symp-

.tômes n'avaient pas encore disparu quand sa mère, qu'elle n'avait pas vu depuis seize années, vint la chercher et l’emmener vivre avec elle. Elle guérit presque aussitôt, conser= vant seulement par la suite un certain sautillement dans la marche, une brusquerie des mouvements qui la portait à casser les objets fragiles, une impressionnabilité très grande se traduisant par des accès faciles d'oppression.

En 1903-1904, après la mort de sa mère, le changement survenu dans son existence ajoute à cette prédisposition névropathique des sensations vertigineuses, des constrictions gastriques angoissantes, des douleurs pelviennes sans substratum apparent, des petites crises syncopales suivies de tremblements généralisés.

Au mois de novembre 1904, revenant de Suède, le bateau subit une tempête terrible. Les passagers furent attachés

dans leurs cabines, étendus sur des planches. Elle resta là

pendant plus de deux jours, en proie aux plus vives angoisses. Lorsque le bateau toucha le port, elle fut détachée ; mais, comme en 1897, élle était complètement paraplégique et c'est dans cet état qu'elle fut amenée à Paris, à la Charité. Peu après, toujours comme la première fois, la paraplégie fit place à l’astasie-abasie, mais la durée des accidents fut beaucoup moins longue; au bout de deux mois elle sortit très améliorée et guérit bientôt complètement.

Elle conserva cependant ses petits accidents d’hystérie ; elle eut même une crise syncopale d'assez longue durée.

‘ Or, en février 1907 elle assista, chez les parents avec lesquels elle vit, à une dispute d’une violence. extrème. Très vivement émotionnée, elle s’affaissa. Mais cette fois, la paraplégie ne dure que quelques instants ; presque d'emblée, dès lors, c’est à l’astasie-abasie, toujours du même type qu’autrefois, que sont attribuables les troubles de la marche et de station qui la conduisent dans le service de M. le professeur Raymond à la Salpêtrière.

Elle setient debout assez longtemps sans appui, mais il - faut alors qu’elle fasse attention, sans quoi elle fléchit sur la jambe gauche. Elle ne peut se tenir sur un seul pied sans s'effondrer immédiatement.

Lorsqu'elle marche, tous les trois ou quatre pas, brusquement, elle s’affaisse tout à coup d’un côté, du côté gauche principalement, Dans un premier temps, tout le côté du corps se dérobe, le membre inférieur gauche se fléchit comme lorsqu'on frappe brusquement sur le jarret d’un homme inattentif; le tronc se fléchit sur le bassin, en avant et sur le côté, dans un double mouvement de torsion et de

flexion ; la tête se penche en avant et le membre supérieur

gauche s’abaisse brusquement de l'épaule en même temps qu'il s'étend dans le but de la préserver de la chute."

De l’autre côté, il se passe quelques mouvements de compensation, comme la projection du membre supérieur droit en dehors, mouvement de balancier pour rétablir l’équilibre.

Dans un second temps elle se redresse et reprend son équilibre ; d’un coup de rein elle porte la tête et le tronc en arrière, elle étend brusquement son membre inférieur gauche, le membre supérieur du même côté reprend rapidement sa position normale. Parfois même elle se redresse si brusquement qu’elle fait de sa jambe droite un écart en arrière.

Ainsi, pendant la marche, mouvements brusques et répétés d’affaissement et de redressement de tout un côté du corps, à gauche plus souvent. L’effondrement du membre inférieur a été le premier en date ; la flexion du tronc et l’abaissement de l'épaule sont survenus par la suite.

Dans la marche à quatre pattes, elle s'effondre de la même façon tous les trois ou quatre pas. Par contre, elle saute très convenablement et peut même, de cette façon, traverser un espace assez considérable.

Il s’agit donc chez cette malade d’une astasie-abasie qui affecte un type assez rare de ce syndrome hystérique ; c’est l’astasie-abasie choréiforme de Blocq — le type de flexion de Charcot — l'ataxie motrice hystérique de Weir Mitchell.

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