OBSERVATION VIII
(D: E. Weill, médecin des hôpitaux, agrégé à la Faculté de Lyon. — Archives de neurologie, 1892, p. 88.)
Astasie-abasie à type choréique
Lamb..., vingt-huit ans, lingère, célibataire, hôpital Saint- Pothin, salle Sainte-Maithe, n° 1. Entrée le 6 juin 189r.
Antécédents héréditaires. — Père mort aliéné dans un asile de Lausanne. Mère morte à quarante-sept ans de tuberculose pulmonaire, n’a jamais eu de crises de nerfs.
Un frère mort à un an de convulsions.
Trois sœurs ayant une santé délicate, mais sans signes de nervosisme.
Antécédents personnels. — Rougeole dans l'enfance. Réglée à dix-sept ans, irrégulièrement avec leucorrhée inter-
mittente.
A été élevée dans un orphehnat, n'a subi ni privations ni fatigues.
S’est bien portée jusqu'à l’âge de vingt et un ans, malgré des chagrins et des préoccupations continuels. À vingt et un ans, elle contracta la variole et, pendant la convalescence de celle-ci, fut prise d’un hoquet convulsif, bigéminé, procédant par deux secousses successives, accompagné d’une sensation de gêne au cou et à la partie supérieure du sternum. Ce hoquet revenait régulièrement toutes les cinq ou dix minutes.
Il persista pendant trois ans, sans s'accompagner d'aucune
autre manifestation nerveuse. Cela résulte des notes que m'a obligeamment remises mon collègue, M. Carrler, qui eut l’occasion de l'observer à cette. période. Certaines influences cependant le suspendaient momentanément, l'application d'un courant faradique, un pôle au cou, l’autre à la région épigastrique, la compression d’un des ovaires qui présentait d'ailleurs de l’ovarie, et Les injections de morphine.
Au bout de trois ans, le hoquet disparut et de vingt-quatre à vingt-sept ans, L..., complètement guérie, séjourna dans un autre orphelinat où sa santé fut assez bonne.
Août 1891. — Elle prend une fièvre typhoïde, et dans la convalescence de celle-ci, on voit éclater trois catégories d'accidents : 1° des erises d'hystérie convulsive au nombre de trois, en l'espace d'un mois, avec conservation de sa connaissance. Ce sont les seules qu'elle ait jamais présentées ; 3° des accès de hoquet bruyant, analogue à celui qu'elle avait eu antérieurement, s'en distinguant cependant par ce fait que les accès, au lieu de comprendre deux secousses, comprenaient de vingt à cent secousses, et qu'au lieu de revenir régulièrement toutes les cinq ou six minutesils ne se montraient que quatre à cinq fois par jour. De plus le hoquet s'accompagnait de mouvements convulsifs synehrones, affectant le même rythme, des deux membres supérieurs ; 3° dans le mème temps se sont montrés du côté des membres inférieurs des phénomènes d'incoordination motrice, qui ne surgissaient qu'à l'occasion de la station debout et de la marche, et sur lesquels nous allons revenir.
Novembre 1901.— Actuellement, L... présente un teint pâle, une certaine maigreur. On ne constate rien d'anormal
du côté du cœur, du poumon, du tube digestif ou de l'urine.
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On ne trouve ni ovarie ni zone hystérogène en aucun endroit du corps. Le réflexe pharyngien persiste ainsi que la sensisibilité cornéenne. +
La vision des couleurs se fait parfaitement. Mais la vue a baissé depuis un mois au point que la malade ne peut plus plus faire de travaux à l’aiguille. Il existe des deux côtés un rétrécissement concentrique très notable du champ visuel.
La pression est douloureuse à l’épigastre et au niveau de la colonne lombaire, sans détermincr de sensation à distance.
Il existe une anesthésie au contact et à la douleur sur les deux pieds et les deux jambes, s’élevant plus haut én avant qu'en arrière de façon à dessiner une botte à l’écuyère.
Les réflexes cutanés sont normaux.
Les réflexes du genou et du coude sont très exagérés, de même l'abaissement brusque de la rotule détermine une trépidation du triceps ; mais il n'y a pas de trépidation plantaire.
La percussion des tendons, des fléchisseurs de la jambe et des extenseurs des doigts n’est pas suivie d'effet.
Au lit, L... présente l'intégrité complète des mouvements de ses membres inférieurs. Elle résiste aux mouvements communiqués et accomplit les mouvements commandés. Lorsqu'on soulève au-dessus du lit le membre inférieur droit, il se produit une légère raideur des muscles postérieurs de la cuisse, raideur qui disparaît si on insiste. La notion de position des membres est conservée.
Si on la faittenir debout, L... présente immédiatement un grand désordre musculaire. Les cuisses fléchissent brus-
quement sur les jambes (mouvement d’accroupissement),
les orteils s'étendent, quittent le sol et le corps ne repose plus que sur les talons, Très rapidement il y a un mouvement brusque de redressement du corps qui se jette en arrière et la malade tomberait avec force si on ne la maintenait. Ces phénomènes, si L... est soutenue sous les deux bras, se répètent sans s'arrêter avec une rapidité singulière, jusqu'à ce qu’elle demande grâce et qu'on la recouche.
La marche est absolument impossible, soit la marche à quaire pattes, soit le saut, soit la marche à cloche-pied. L'occlusion des yeux ne modifie pas ces phénomènes.
Ce qui surtout fait l'intérêt de cette observation, c'est qu'on pouvait par certains artifices permettre à L... de se tenir debout et même de marcher. Pour cela, il suffisait de presser sur les épaules, la partie postérieure du tronc et les régions fessières. Dans ces conditions, les secousses convulsives des muscles s’arrêtaient, la station et la locomotion s’effectuaient avec leurs caractères habituels. L'effet était instantané et durait autant que la pression des zones mentionnées, mais si l’on suspendait la pression, instantanément le trouble de l'équilibre renaissait.
Il est à remarquer qu’en aucun des points d'inhibition on ne trouvait de zones hystérogènes.
Ce phénomène mérite d'être cité ; il n’a d’ailleurs été
signalé par aucun autre auteur.
Astasie-Abasie à forme sautillante
Pitres nous donne une très belle observation de l’'astasie-abasie chez un petit garçon de onze ans :
e | | OBSERVATION IX
Le jeune G..,, âgé de onze ans. Mère appartient à une Ex famille de rhumatisants. Père a eu à différentes reprises des
accès épileptiformes qui ont disparu à la suite d’un traitement
prolongé par Le bromure de potassium. G... a-joui pendant
sa première enfance d’une bonne santé, il a eu cependant
quelques poussées d’eczéma, il est fort intelligent et très émotif.
ee 3 Mars 1889. — Il ressentit dans la cuisse droite des dou-
| leurs assez vives accompagnées d'un léger gonflement des
; ganglions de l’aine. Après quelques jours de repos, la tumé -
| faction ganglionnaire se dissipa, mais les douleurs persistè-
rent. Dès ce moment la marche devint difficile, le petit
malade ne pouvait sans souffrir appuyer son pied droit sur
= le sol. Un beau jour, sans cause connue, la douleur passa
de droite à gauche et c’est la jambe gauche qui devint impo-
tente. Cet état persista sans aucune modification appréciable
malgré des traitements variés (bains, douches, pointes de
Æ feu, électrisation, aimantation, sédatifs, nervins, etc.) jus-
qu'au mois de juillet. La santé générale était excellente, l'en”
EE fant, dont la gaieté n’était pas altérée, sautait toute la journée sur sa jambe gauche. Dans le décubitus dorsal, tous les mouvements étaient possibles et indolents. Dans le courant du mois de juillet, après une consultation à laquelle étaient :. présents plusieurs médecins, le petit malade fut envoyé à : Saint-Sauveur. Pendantle voyage il guérit et, arrivé à Saint- Sauveur, il put descendre seul du train et marcher comme
2 s’il n'avait jamais rien eu d'anormal. Cette guérison persista
jusqu’au mois d'octobre. A cette époque, le jeune (rs
plaignit de douleurs dans les genoux. Je dos, les hanches et
les symptômes d’astasie-abasie commencèrent à se mon-
trer. Le 30 novembre, on constatait les phénomènes sui-
vanis : | À
Etat général excellent. L'enfantest frais, vigoureux, actif, l'appétit est bon, l'intelligence vive. Apyrexie complète, il n’existe aucune lésion locale des articulations ni de la colonne vertébrale. A
Quand le malade est étendu sur un lit, tous les mouvements sont possibles et indolents. Les mouvements passifs, les tractions des membres, les chocs au niveau des articulations ne déterminent non plus aucune douleur. Quand il est à genoux, il se tient fort bien en équilibre et peut progresser normalement. Il court avec agilité quand on le met à quatre pattes. [l peut se relever sans difficulté et sans prendre les attitudes signalées dans la paraplégie pseudo-hypertro phique.
Quand il est debout, il reste immobile aussi longtemps qu'on le désire. Il peut également marquer le pas sur place. Mais si on le prie de marcher, ilne peut y arriver qu’en se levant sur la pointe des pieds, en faisant de petits pas de dix ou douze centimètres de longueur et en sautillant comme une pie. Ill ui est impossible de progresser autrement, s’il veut faire des pas plus grands il éprouve aussitôt dans les reins une douleur aiguë et s’affaisse sur le sol. Cependant, si on
le soulève par les aisselles de façon à ce que les pieds netouchent plus terre, il peut sans difficulté et sans en éprouver
la moindre douleur lancer librement ses jambes dans toutes
les directions et leur imprimer des mouvements pendulaires
d’une grande amplitude.
Astasie-abasie à forme oscillante
[ est des cas où chez les astasiques-abasiques le
vacillement et le balancement d’un côté à l’autre apparaissent.
OBSERVATION X (Résumée) (Weir-Mitchell) (x)
Mr° B..., âgée de vingt ans. atteinte d'asthme, depuis dix-huit mois, est prise brusquement de perte de la parole
avec inconscience et convulsions. Cinq semaines après, se
développe la paraplégie spéciale.
Au lit, la puissance musculaire des membres inférieurs est considérable, toutefois les mouvements se font par secous-
ses. Debout, elle oscille à droite et à gauche, et plus encore
quand elle marche ; pour se maintenir, quand elle penche
d'un côté, elle fait des efforts, qui dépassent le but et la
rejettent de l’autre côté.
Dans toutes les observations que nous avons données jusque-là, le phénomène d’astasie était lié au phénomène d’abasie, et le syndrome astasie-abasie était bien constitué, mais on peut avoir de l’astasie