Debove et Boulloche. Semaine médicale, 1893, p
Ses réflexes tendineux du genou avaient disparu sans qu’il y eut aucun autre signe tabétique. 11 n'existait aucun stigmate d'hystérie.
Peu à peu, sous l'influence d’une sorte d'entraînement progressif, nous avons réussi à faire marcher cette malade et elle est sortie de l'hôpital complètement guérie.
Il est certain que le syndrome présenté par cette malade offrait une certaine ressemblance avec l’agoraphobie : il en différait cependant par l'absence de ce sentiment d'angoisse constant chez les agoraphobiques et de plus, ce n’était pas seulement dans les endroits découverts et spacieux que la malade était incapable de marcher et de se tenir debout, c'était aussi dans les espaces clos et limités. Il s'agissait, si vous le voulez, d’une staso-basophobie, c’est-à-dire d'une peur, d’une phobie rendant la marche et la station debout
impossibles.
Telle la pathogénie de l’astasie-abasie. Binswanger, Blocq et Charcot avaient bâti de belles théories pour expliquer le mécanisme de l’astasie-abasie : ils supposaient que la moelle avait perdu le souvenir de certains mouvements coordonnés, ceux qui réalisent la station debout et la marche ; que le cerveau dès lors envoyait inutilement l’ordre d’exécution à des centres inférieurs qui ne savaient plus l’exécuter. Dans cette hypothèse l’astasie-abasie hystérique serait un fait d’amnésie spinale. Nous ne suivrons pas ces auteurs dans ces discussions psychophysiologiques dont l'étude approfondie des faits ne nous permel pas d’apprécier le plus ou moins bien
fond’ ; nous notons que l’astasie abasie dont ils parlent présente tous les caractères des symptômes qui ont été réunis dans ces derniers temps sous le nom de symptômes pithiatiques ; et nous croyons jusqu'à plus ample informé qu’il faut raltacher au pithiatisme tout ce groupe des astasiques-abasiques tels que les décrivaient Charcotet ses élèves.
Avant de passer plus loin, disons quelle différence se trouve dans l'esprit des astasiques-abasiques des trois groupes ; les peureux et les pithiatiques ignorent pour quel motif ils ne peuvent plus marcher ; les staso-baso phobiques au contraire se rendent compte que leur impuissance à se tenir debout et à marcher provient d’une sorle de crainte à laquelle ils ne peuvent se soustraire.