Archipes générales de médecine, octobre
Vernière ë
Au contraire, les reins étaient de plus en plus endoloris. Puis il éprouva une certaine difficulté à marcher avec de la faiblesse dans les jambes. Il s’aperçut aussi presque en même temps que les besoins d'uriner étaient très impérieux, ue être plus fréquents. Il lui fallait les satisfaire immédiatement ; il lui était impossible de se retenir plus de quelques secondes et encore aux prises de douleurs assez vives.
Lorsqu'il entra à l'hôpital Tenon, au mois de novembre, on examina soigneusement sa colonne vertébrale, et 1l raconte que la pression et le choc des épines lombaires lui causaient une violente douleur avec des irradiations dans les jambes. Il existait aussi un point douloureux à un niveau plus élevé de la colonne. On ne constata pas de déformation rachidienne. On le fit marcher nu-pieds. Il se rappelle qu'il trainait la jambe droite et qu'il ne sentait D. le froid du parquet. Il avait des crampes dans les mollets et on aurait constaté à cette époque (novembre 1889) des secousses fibrillaires.
Une note rédigée le jour de l’entrée fournit les renseignements suivants : rachialgie lombaire, parésie et hypoesthésie des membres inférieurs, crampes, incontinence d'urine, exagération des réflexes rotuliens, trépidation épileptoïde.
Tous ces phénomènes morbides seraient survenus dans l'espace de trois semaines. Mais le malade ne sait pas exactement s'ils sont survenus tous en même temps.
A la fin de décembre, lorsque nous prenons possession du service, nous constatons ce qui suit :
Les jambes sont étendues parallèlement, les muscles très développés font saillie sous la peau et sont durs. Le malade
sent que «les nerfs sont tendus » ; il ne fait aucun mouve-
ment, afin qu'ils ne se tendent pas davantage, D'ailleurs, même dans l’immobilité, il éprouve tantôt des crampes passagères, tantôt de violentes secousses. Nous le prions de faire quelques pas ; il sort ses jambes du lit, parallèlement, comme d'une seule pièce. Elles sont toujours raides et étendues : quand il est assis sur le bord de son lit elles ne posent pas à terre. Aussitôt qu'elles touchent le sol, elles sont prises d’un tremblement épileptoïde à vibrations brèves, et lorsque le malade se dresse debout, la trépidation persiste avec des vibrations plus lentes. [l se met en marche et la trépidation épileptoïde persiste.
Tout à coup il saisit une chaise et s'assied brusquement, disant qu'il ne peut aller plus loin. Il se laisse tomber plutôt qu'il ne s’assied, car les jambes restent toujours parallèles et raides. Si on lui ordonne de marcher encore, il sautille absolument comme s’il dansait sur une mesure à quatre temps (deux temps sur chaque pied, quatre sauts par seconde). De nouveau, il est obligé de s’arrèter tout à coup et de s’asseoir,car une crise de contracture le prend.et l'empêche absolument de se tenir debout.
Les membres supérieurs ne sont nullement envahis. Le malade s’est plaint pendant deux jours d’une douleur au niveau du renflement cervical, mais cette douleur a disparu, et il n’en reste plus rien.
Pas de phénomènes céphaliques ; ni maux de tête, ni rêves, ni cauchemars. Pas de phénomènes pupillaires.
Les organes internes sont sains. Il y a seulement un peu de paresse stomacale, de l’anorexie, du pyrosis.
Constipation très forte : le malade ne va pas à la selle sans
lavements.
5 janvier. — Douleurs tres vives au niveau de la colonne vertébrale jusqu'au cou.
3 février. — Le rachis est maintenant douloureux sur toute sa longueur jusqu’à l’occipital. La marche est toujours sautillante, elle devient de plus en plus pénible. L... ne peut plus faire le tour de la table, car il souffre aussitôt dans les membres inférieurs et dans la région lombaire. Dès qu'il pose le pied à terre il rebondit sur la pointe, le talon revient aussitôt frapper le sol, et ainsi de suite, comme s'il avait été soulevé par un ressort.
Ces mêmes phénomènes se produisent si le malade ne fait que se tenir debout, Tout tremblement cesse dès qu'il se remet au lit. à
La position assise est tolérable à cause des douleurs. Cons tipation persistante.
Sensibilité sous tous ses modes, abolie sur les membres jusqu'aux genoux. La limite supérieure de l’anesthésie est marquée très exactement par le bord supérieur de la rotule
. des deux côtés, avec une symétrie absolue.
Réflexe plantaire aboli. Réflexes rotuliens très exagérés des deux côtés. La trépidation se produit avec la plus grande facilité. Il suflit de soulever le membre inférieur pour que le spasme vibratoire rythmé apparaisse immédiatement. La percussion de la face interne du tibia le déter-
mine également bien qu'à un moindre degré. Il suffit même
que le malade élève ses jambes au-dessus du plan du it.
pour que le phénomène se produise ( il est plus prononcé à droite qu’à gauche).
Pas de zones d’hyperesthésie sur le ventre et sur le tho-
rax. Cependant on note à gauche dans le pli de l’aine et à la
racine de la cuisse une zone d’hyperesthésie assez nette à la piqûre. Cette zone se prolonge en arrière jusqu'au sacrum et à la colonne vertébrale.
5 mars — Le malade se plaint aujourd’hui d'une’ douleur atroce dans le dos, analogue à celle qu'il a eue le mois dernier.
La marche est devenue beaucoup plus difficile et plus sautillante. Pour se promener dans la salle le malade se met à genoux dans un fauteuil à roulettes qu'il fait ainsi marcher lui-même en prenantun point d'appui sur les tringles des lits. Il ne marche que lorsqu'on le prie de le faire pour se rendre compte de son état. Dès que la partie antérieure de la plante des pieds touche le sol elle devient comme un ressort sur lequel le corps tout entier se soulève et s’abaisse alternativement, sans que le talon appuie jamais par terre. Une force considérable appliquée surles épaules du malade est impuissante à arrêter ces mouvements : elle ne réussit, au contraire, qu'à les exagérer.
-28 avril. — Amélioration. Le malade commence à pouvoir se plier : sa colonne vertébrale est devenue plus souple et moins douloureuse. Peu à peu il arrive à s'asseoir sur son lit. À partir de ce jour, la percussion du tendon d’Achiile ou de la face interne du tibia ne produit plus le tremblement du membre. La pression de la plante du pied est également inefficace, si elle n'est très énergique. Les mouvements sont tout à fait libres dans le décubitus dorsal.
15 mai. — L'amélioration persiste. [l passe la plus grande partie de ses journées assis dans un fauteuil au soleil devant la porte de la salle ; il peut d’ailleurs se déplacer et changer
son fauteuil de place ; mais la marche etla station debout
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