Pitres, loco citato
tard que de coutume. Le surveillant du dortoir ne voulut pas accorder l'autorisation demandée, et pour être bien sûr que l'enfant ne se rendormirait pas, il lui aspergea le visage avec quelques gouttes d’eau froide, Roger fut extrêmement blessé de ce procédé. Ils’en plaignit amèrement à sesparents, et comme ceux-ci ne paraissaient pas attacher une grande. importance à ces plaintes, il concentra son ressentiment sans l'oublier.
Quelques jours après, pendant les vacances du premier de l'an, il fut pris de grandes attaques convulsives accompagnées de contractures, de photophobie, de délire. L'enfant tenait des propos incohérents : il émettait des avis peu en rapport avec son âge et son éducation: il parlait nègre, « moi pas content, moi souffrir de la tête, etc. » ; il interpel- | lait grossièrement les personnes qui le soignaient, etc.
C'est alors que je le vis pour la première fois en consultation avec mon très distingué confrère, M. le D: Hameau (d'Arcachon) : Le diagnostic d’hystérie infantile s’imposait. Nous conseillâmes de séparer momentanément l'enfant de sa famille, qui l’entourait d’une sollicitude excessive et de lui faire suivre un traitement hydrothérapique régulier à Bordeaux. On l’envoya dans la maïson de santé dirigée par le D' Delmas. En très peu de temps les accidents s’apaisèrent. L'enfant revint à Arcachon tout à fait rétabli, au moins en apparence, dans le courant du mois de mars.
Mais le 2 avril, sans convulsions préalables, sans caues connue, il devint incapable de se tenir debout et de marcher.
On le transporta denouveau à Bordeaux, où je le trouvai
dans l’état suivant :
Lorsqu'il était étendu sur son lit, ou assis sur un fauteuil, il pouvait mouvoir ses jambes dans tous les sens et sans aucune difficulté. Il donnait des coups de pied vigoureux : il opposait une résistance très grande aux efforts qu'on faisait pour fléchir malgré lui ses jambes et ses cuisses: il se rendait parfaitement compte, même les yeux fermés, de la position occupée par ses membres inférieurs ; il ne présente, en somme, aucun trouble appréciable de la motilité. Mais si on le forçait de se lever et de marcher, ses jambes fléchissaient sous lui et il s’affaissait immédiatement sur le plancher. Il pouvait, cependant, se tenir à genoux ou à quatre pattes et dans ces positions il allait sans aucune difficulté à d’un bout à l’autre de sa chambre.
Si on le soulevait par les aisselles, il pouvait faire exécuter à ses membres inférieurs des mouvements pendulaires, analogues à ceux qui se produisent dans la marche ; mais aussitôt que ses pieds reposaient sur le sol, il éprouvait, disait-il, dans les genoux, une douleur qui l’obligeait malgré lui à fléchir les jambes.
En faït, tandis que la pression ou la malaxation des hanches, des cuisses, de mollets, des pieds ne déterminait aucune sensation pénible, le rapprochement violent des os de l’articulation tibio-fémorale et la percussion du talon, le membre étant dans l’extension, donnaient lieu à une douleur aiguë dans le genou et à un mouvement brusque et involon-
taire de flexion de la jambe sur la cuisse. Il n’y avait bien entendu aucun signe permettant de faire supposer l’existence d’une lésion des articulations : pas de gonflement,
pas de rougeur, pas de déformation, pas de craquement
intra-articulaire.
La sensibilité cutanée était normale sur tout le corps sauf
au niveau des bras et des épaules où existaient deux larges
ilots d’anesthésie qui disparurent, du reste, après une seule
application de sinapismes. Pas de zones hystérogènes, pas de troubles des organes des sens, mais il faut dire que l’examen des champs visuels n’a pas été pratiqué.
Le traitement hydrothérapique fut repris avec énergie. Quelques semaines après, la guérison était complète. Le jeune Roger a pu continuer ses études et depuis 1883 il n’a eu
aucun accident nouveau.
Astasie-Abasie à forme trépidante
Dansla forme trépidante, aussitôt que les membres inférieurs touchent le sol, ils sont pris d’un tremblement qui arrête toute progression. Des trépidations et des convulsions apparaissent dans leurs pieds.
OBSERVATION V (Résumée)
Paul Blocq (1)
Le malade que je vous présente aujourd’hui vous paraîtra digne d'intérêt, car c'est un cas rare et peu connu dans l’espèce. L’affection dont il est atteint est survenue par la suite de l’asphyxie par l’oxyde de carbone.
Une question préjudicielle se pose à cette occasion. Le trou-
ble dépend-il essentiellement de l'empoisonnement oxycar-
1. Leçon de M. le professeur Charcot, recueillie par M. le D: Paul Blocq.
cmd: TE me
boné ou bien, etje vous rappelle ici quel est le rôle des
intoxications par rapportà certaines affections du système nerveux à l’hystérieen particulier ; vous n’ignorez pas qu'à là suite de limprégnation plombique, alcoolique, etc..., cet état morbide apparaît parfois sans mériter la dénomination d’hystérie toxique ow bien, dis-je, le rôle de l'intoxication s'est-il borné à provoquer l’apparitien du désordre ?
C'est cette seconde hypothèse que nouspouvons indiquer ici, et vous vous rendrez compte ultérieurement de ce qu'elle a de fondé.
Voilà de quoi il s’agit. Cet homme est, vous le voyez, d'apparence vigoureuse, quoique un peu pâle et déprimé, il a des antécédents héréditaires et un passé nerveux accentué sur lequelje n'insiste pas pour le moment, il présente un ensemble symptomatique très particulier.
Placé sur un lit, quoiqu'il puisse se tenir debout, il est absolument normal et n'offre les signes d'aucune affection spéciale, dynamique ou organique.
Les membres inférieurs sont souples et il accomplit aisément tous les mouvements qu'on lui ordonne d'exécuter, il lève ses jambes, lance un coup de pied, résiste bien quand on le lui dit aux efforts que l’on fait pour fléchir ou éteudre ses membres, atteint exactement la main de l’expérimentateur avec sonpied et dans tous ces actes les mouvements sont par faitement coordonnés.
Sensibilité conservée, Réflexes rotuliens normaux, N... se retourne aisément sur le dos et sur le ventre. Il exécute aussi très facilement les mouvements de la nage. Il sait : nager et n'a pas désappris.
Le sujet étant assis agit de même,
Debout rien d'anormal. N.., se tient ferme-sur-ses jambes
rapprochées, écartées ou fendues comme dans l'escrime.
Lui ordonne-t-on de marcher, l'incoordination spéciale des mouvements de la marche se dévoile. On observe en effet une série de flexions et d'extensions rapides, celles-ci prédominant en apparence. Il lui est difficile et même impossible de se retourner.
Dans la marche normale on commence par fléchir le genou, puis on lève le pied N... essaie de fléchir le genou lui aussi, mais aussitôt arrive un mouvement contradictoire d'extension qui l'emporte sur la flexion. IL détache alors
difficilement son pied du sol et il présente cette démarche trépidante qui ressemble à de la paraplégie spasmodique.
Ces anomalies qui apparaissent dans la mise en train se continuent et s’accentuent s’il persiste à marcher. Les mouvements de flexion contre-balancés par ceux d'extension vont se précipitant et N... part penché en avant comme une espèce d’automate.
Cet homme ne sait plus marcher, et n'offre d’incoordination que pour ce mode de progression. Aïnsi il saute, ce qui indique l'indépendance les uns des autres de divers mécanismes de la progression, marche, saut, danse, nage..…., il saute à pieds joints, nage. Lee
L’explication, c’est que ces mécanismes s’apprennent, et par suite peuvent se désapprendre. La mémoire des mou vements nécessaires à la marche est représentée dans l’écorce cérébrale par un groupe cellulaire, groupe distinet de celui qui correspond de même à la danse, à la nage.
Qu'il vienne à prendre la marche, à grands pas, la mar-
che dramatique, il peut progresser. Une autre particularité :
dus
pa à Rs
il ne peut se retourner comme tout le monde le fait, mais exécute facilement le demi-tour militaire. Il a donc conservé toutes les allures, sauf la marche normale : cependant il faut excepter encore la marche en (cul-de-jatte) et la danse de la polka.
N... employé à l'imprimerie Chaix habite une très petite chambre. Le 18 novembre dernier, il voulut se faire chauffer de la tisanne. Dans cette intention, il alluma dans sa
chambre un réchaud de charbon sur lequel il mit le récipient contenant sa tisane, puis se coucha. Trois jours après il se réveillait dans une salle de l’Hôtel-Dieu. On alla prendre des nouvelles du malade dès le second jour ; et quoique à ce moment ilait parfaitement répondu à l'enfant qui vint le voir sans toutefois le reconnaître, il ne se souvient nullement de cet entretien. Il s’est donc agi là d’une aminésie, caractère de l’asphyxie par l’oxyde de carbone. N... est un prédisposé à l’hystérie dont l'accident asphyxique a dévoilé les manifestations. Reprenons son histoire: durant son coma on avait appliqué aux jambes des sinapismes qui avaient provoqué des eschares ; aussi ses membres étaientils bandés quand il se réveilla. Il fit à l'Hôtel-Dieu un séjour de douze jours, et, peu de temps après sa sortie éprouva quelques difficultés à marcher.
Il en conçut des craintes énormes, provenant des conséquences graves qu'entraînerait pour lui une telle infirmité. Dans la situation mentale où il se trouvait, on conçoit aisément qu'il se soit produit un phénomène d’auto-suggestion ayant les désordres actuels pour conséquence. Cependant il peut marcher pendant dix jours encore, puis il se heurte
accidentellement à un passant sur le trottoir, veut reculer et
dès ce moment commence cette marche trépidante qui
depuis a persisté.
Astasie-abasie à forme saltatoire
Chez quelques astasiques-abasiques apparaissent des con-
vulsions saltatoires réflexes, certains font les premiers pas
très irrégulièrement, mais au bout de ces quelques pas, ils
sentent de la pesanteur dans les jambes et tombent ; ou bien après quelques pas faits normalement, la marche du malade devient accélérée ; le malade commence à être irrité, son allure devient plus rapide, il saute, il semble danser et il tombe. Souvent après un court repos, il peut de nouveau
faire quelques pas.
OBSERVATION VI (Brissaud) (1)
Eugène L... revient du Tonkin où il a payé son tribu à la malaria, n’est ni buveur ni syphilitique.
Rappelé en France au mois d'octobre dernier, il commença à éprouver pendant la traversée des douleurs de reins, d'abord peu intenses, qu'il attribuait à ce qu'il était obligé de coucher sur uñ plan dur. En réalité, il souffrait davantage toutes les fois qu'il se couchait. A son retour, lorsqu'il eut retrouvé un lit meilleur, il ne cessa pas de
souffrir .