OBSERVATION Î
(Observation inédite et personnelle).
Asthme essentiel : emphysème secondaire et déformation thoracique: Observation inédite communiquée par M. Vermorel, interne des
hôpitaux.
Un hommeé de trente ans, qui fut placier, entre en mars 1894 à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. le professeur G. Sée.
La mère vit encore en parfaite santé, le père est mort à 54 ans subitement. À eu trois frères morts jeunes, il reste une sœur de 32 ans qui n’a jamais eu de maladies graves.
L'enfance du malade ne fut sillonnée par aucun accident. De 12 à 14 ans, il eut des attaques qui furent diagnostiquées : crises d'hystérie ; elles survenaient une à deux fois par mois.
C’est à 14 ans que le sujet eut pour la première fois des crises d’oppression apparaissant la nuit, l’obligeant à quitter le lit pour gagner la fenêtre. A dix-huit ans, il eut des rhumatismes articulaires aigus ; des rechutes survinrent, et dans l’année suivante il eut quatre nouvelles attaques.
L'asthme persista et des crises survenaient trois ou quatre fois par an.
Dans les années qui suivirent la déformation thoracique que l’on peut constater aujourd'hui apparut progressivement. Les crises dyspnéiques revenaient à intervalles variables, mais entre elles les phénomènes de bronchite persistèrent, si bien qu’aujour-
d’hui le sujet se présente à nous avec une cage thoracique forte-
oo
ment déformée, de l’emphysème pulmonaire, de la bronchite chronique et des attaques d’asthme.
Examen. — L'inspection en dehors d’une crise révèle des mo difications extrêmement accentuées dans le squelette thoracique. Le sternum est projeté en avant, recourbé, les deux épaules sont remontées, la colonne vertébrale a une convexité postérieure exagérée. La poitrine est globuleuse en forme de carêne. Le cou n'existe pour ainsi dire plus ; la distance du menton à la fourchette du sternum est de 6 centimètres alors que la tête est verticale. Le sujet qui est de petite taille ! m. 50 et fort chétif, a comme circonférence thoracique, un peu au-dessus des mame- Jons, 93 centimètres. Au compas d'épaisseur, si l’on place une pointe au niveau de la portion moyenne du sternum, l’autre sur la colonne vertébrale à une hauteur correspondante, on trouve 27 centimètres; tandis que les dimensions prises dans les mêmes conditions sur un individu sain, de même taille, elle n’est que de 23 centimètres. Un peu plus bas, entre l’appendice xiphoïde et la septième vertèbre cervicale le compas marque 30, au lieu de 21 chez l'individu sain.
En somme, déformation telle que le’ malade paraît être plus développé dans le sens antéro-postérieur que laléralement.
Il respire assez difficilement; on compte 98 inspirations per minute, les muscles inspirateurs accessoires entrent en action, sa parole est un peu rapide; modifiée en vue d’éviter la perte d'un mouvement inspiratoire, le moindre effort entraine une dyspnée très pénible. Le malade respire de préférence par le nez, les narines sont dilatées, leur Mouvement très net et la dilalation très visible pendant l'inspiration. Son type de respiration est costal supérieur.
La percussion indique une sonorilé fort exagérée aux deux sommets, à la palpation, les vibrations thoraciques sont augmen-
tées.
ee SE
A l’auscultation, le murmure vésiculaire est notablement diminué, l'inspiration est brève, rude; l'expiration extrêmement prolongée, plus longue que l'inspiration, on sent très nettement
qu’elle est active.
Dans toute la hauteur des deux poumons, il y a de nombreux râles sibilants et ronflants. Le cœur a des bruits très sourds que l’on perçoit très difficilement ; les battements de la pointe ne sont pas sensibles. [l ne semble pas y avoir de phénomènes d’insuffisauce cardiaque, car le foie n’est pas hypertrophié, ni doulou-
reux.
L'obscurcissement des battements semble lenir au développement anormal de la cage. Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine. Quelques jours après l'entrée du malade, il nous est
donné d’assister à une crise d'asthme.
Le sujet est assis sur son lit, les deux poignets sont appuyés sur le matelas et reportés en arrière du corps de façon à chasser les épaules et à tendre les muscles pecloraux et grand dentelé.
À chaque inspiration, les muscles de la région du cou, scalène et sterno-cleïdo-mastoïdien se contractent. L’inspiration est fort laborieuse, l'expiration semble se faire lentement mais plus facilement. À chaque mouvement inspiratoire, le malade ferme la bouche, serrant fortement les mâchoires, toute la face tressaillant comme si l’acte qu'il accomplit était un grand travail ; il ne
répond aux questions qu'on lui pose que par monosyllabes.
La crise dura cinq à six heures. Elle fut suivie de sept à huit autres qui constituèrent une attaque. Au dire du malade il a chaque mois deux attaques qui durent chacune un septenaire et qui comportent chaque fois une ou deux crises d'oppression.
Dans ces crises, lorsque le malade ne sè tient pas assis en se
soulevant sur les poignets, 1l est allongé complètement, les bras
ot
portés horizontalement en arrière, de chaque côté de la tête, les mains fixées aux barreaux du lit.
Le sujet quitte l'hôpital après un séjour de deux mois, pendant lesquels tout le traitement fut quelques piqûres de morphine au
moment des crises.
OBSERVATION II Crise d'asthme essentiel. Observation inédite et personnelle.
C..., Joseph, âgé de 55 ans, batteur d'or, entre à l’Hôtel-Dieu le 14 septembre 1893, dans le service de M. le professeur G. Sée.
Le père a toujours joui d’une parfaite santé. Il a trois frères et quatre sœurs également bien porlants, et qui n'ont jamais présenté aucun des signes de l’herpétisme (migraines, épistaxis, hémorrhoïdes, hernies, rhumatisme, etc.). Le grandpère maternel est mort asthmatique à 83 ans. La mère qui depuis l’âge de 40 ans a présenté de l’asthme est morte également à 83 ans.
Le grandpère maternel toussait et crachait peu, tandis que la fille avait des crises et une expectoration très abondante.
Le malade a eu huit enfants qui sont vivants et tous bien portants.
Comme antécédents morbides, il déclare une fluxion de poitrine. Il n’a eu dans son enfance et sa Jeunesse ni migraine, ni épistaxis, ni douleurs rhumatismales.
Les digestions ont toujours été bonnes. À 43 ans il a eu une première crise d’essoufflement en portant un léger paquet: jamais auparavant il n’avait été gêné dans sa respiration, soit en portant de lourds fardeaux, soit en montant, soit en courant. Depuis cette époque il a toujours eu en élé des accès, qui disparaissaient en hiver ; lorsque le malade allait à la campagne, il se portait à merveille.
Depuis deux ans il a renoncé à son métier de batteur d’or, la
L'ore
chaleur et le manque d’air dans l'atelier lui en rendant le séjour impossible. Les accès surviennent aussi bien l’hiver que l'été moins cependant l'hiver que l’été.
Peu de toux, peu d’expectoration et plutôt la nuit.
A l'asile de Vincennes que le malade a quitté il y a 8 jours, il se trouvait bien. Il s’est toujours relevé la nuit pour uriner un litre à un litre 1/2.
Examen. — Le cœur est absolument normal, pas de souffles, pas d’hypertrophie, pouls à 80.
Les poumons présentent des râles sibilants ronflants généralisés. Il faut tenir compte qu'il est en état d'attaque; les crises surviennent chaque nuit. Pas d’emphysème appréciable des sommets.
Le foie déborde à peine, il n’est pas douloureux.
Le 28 octobre. — A la contre-visite le malade était en crise depuis deux heures : inspiration bruyante et sifflante, expiration longue ; tous les muscles accessoires sont en action. Tantôt position assise, tantôt à la fenêtre pendant quelques minutes, crachats perlés sur la fin de la crise.
Le malade quitte l'hôpital le 15 octobre.
OBSERvATION III
Asthme essentiel. Emphysème et bronchite chronique. Observation inédite et personnelle.
Un homme de 24 ans, cuisinier, entre à l’Hôlel-Dieu le 27 ‘ février 1894, dans le service de M. le professeur Potain, salle Bouillaud, lit n° 10. a Le père rhumalisant est mort à 72 ans à la suite d’anthrax; il était obèse, avait toujours soif et se levait la nuit pour boire. Sa mère est âgée de 52 ans, elle est rhumatisante. Il a deux
frères et trois sœurs bien portants ne loussant pas, une quatrième
sœur quia 22 ans, tousse depuis longlemps et a souvent des accès d’asthme.
Depuis dix ans le malade a beaucoup de migraines, et des épistaxis fréquentes et abondantes. Pas de rhumatisme ni d’hémorrhoïdes. Il a été maladif jusqu’à l’âge de sept ans, à dix ansila eu la fièvre typhoïde, à douze ans une coqueluche qui lui a duré un mois et demi. À seize ans, au mois d’août, il se baigne dans une rivière et descend ensuite dans un puits très froid ; deux jours après, en se couchant, il est pris d’une forte oppression qui l'oblige à se lever. Cetle oppression continue avec paroxysmes pendant quelques jours, survient ensuite une expectoration abondante qui dure environ un mois.
Après ces premiers accidents il reste près d’un an sans tousser. Ce n’est que l’été suivant qu’il est pris d’une nouvelle attaque identique à la précédente.
Depuis cette époque des attaques semblables surviennent (ous les ans, principalement en octobre ou novembre, mais les crises durent moins longtemps et sont moins intenses.
Ces crises surviennent à la suite d’un refroidissement, ou s’il absorbe de la poussière, il est pris de coryza. |
Deux jours après environ, 1l se couche bien mais l'oppression survient, et il est obligé de se lever, ayant besoin d’air il ouvre ses fenêtres. L'accès dure de deux à trois heures (quelquefois pendant toute la nuit), le malade tousse un peu mais ne crache pas, puis il se rendort.
Le lendemain il est très fatigué et tousse de plus en plus ; deux jours après les expectorations deviennent abondantes et durent pendant 8 jours.
Depuis le mois de décembre le malade a perdu de ses forces, tousse beaucoup et l'expectoration est très abondante.
Le malade est un type d’asthmatique, or, le début de l’attaque
est annoncé par un coryza. Déjà comme complication il s’est
Loque 13
+ VO pi
élabli de la bronchite chronique. Il ne présente pas de signe d’emphysème etle cœur est bon. Le malade quitte l’hôpital le 10 mars.
OBSERvVATION IV
Asthme essentiel avec bronchite aigué.
Observation inédite et personnelle.
B... Madeleine, âgée de 39 ans, domestique, entre le 18 mai 1892 à l’Hôlel-Dieu, dans le service de M. le professeur G. Séc, salle Sainte-Jeanne, lit n° 19.
Ses antécédents héréditaires n’ont rien de particulier.
Comme antécédents personnels, B... a toujours eu une bonne santé. Depuis deux ans à deux reprises différentes, elle a eu des bronchites avec toux violente, crachats abondants et accès d’oppression durant environ un quart d'heure; la face était violacée. Ces accès se terminent par de la toux avec expectoration.
Le lundi 8 mai, elle a pris froid ; à la suitede ce refroidissement est apparu de la toux avec une légère expectoration et en même temps des accès d’étouffement deux ou trois fois par jour.
Aujourd’hui les accès d’étouffement ne se reproduisent plus que un à deux fois par jour et sont moins intenses qu'auparavant. La toux n’est pas très violente et l’expectoration muco-purulente est peu abondante. La respiration est sifflante (vingt inspirations par minute). A l’auscultation du poumon on trouve de nombreux râles sibilants dans la poitrine et des deux côtés. En outre depuis un mois et demi, il existe à la partie antérieure et à la partie externe de la jambe gauche, dans sa moitié inférieure, quatre ou cinq plaques assez semblables à des furoncles à large base de couleur violacée quise continue insensiblement avec la peau saine et dont l’épiderme est desquamé par plaques larges et épaisses. Ces plaques ont été précédées d’une sorte de petit noyau dur, silué sur
— de la peau et dont on voit encore un exemple sur la face interne de la même jambe, un peu plus haut. Ce petit noyau, de la grosseur d’un gros pois et adhérent à la peau, est assez peu mobile ; il est douloureux.
À la suite se produisait un petit bouton saillant qui démangeait et qui s’étendait peu à peu jusqu’à constituer ce que l’on voit aujourd’hui.
Ces plaques sont douloureuses au toucher et spontanément.
Il semble que l’on ait affaire à de l’érythème noueux, la chose n’a rien d’anormal étant donné que l’on est en présence d’une arthritique ayant eu des migraines, de l’acnée, des hémorrhoïdes. Chez elle l’asthme ne précède pas la bronchite comme c’est la règle; mais la bronchite semble être la cause déterminante, le point de départ du réflexe. |
La malade quitte l’hôpital le 8 juin.
OgservarTion V (inédite et personnelle).
Asthme brigthique.
M... Auguste, âgé de 61 ans, plombier, entre le 4 janvier 1894, à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. le professeur Potain, salle. Bouillaud, lit n° 4 bis.
Le père est mort à 94 ans, la mère asthmatique à 65 ans.
Dans sa jeunesse, le malade a eu des migraines : hémorrhoïdes, névralgies (lumbago), épistaxis. À 25 ans, les jambes enflent ; il fut soigné pour une albuminurie pendant deux mois à la Charité. Il continua son traitement chez lui, mais garda de cette maladie de la gêne et de la faiblesse. Il y a un an, il fut atteint d’une bronchite, et la polyurie qui existait la nuit, depuis plusieurs années, devint plus accusée. Depuis six mois, des crises d'asthme apparaissent toutes les nuits et durent pendant trois
heures.
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Il entre aujourd’hui à l'hôpital pour une très grande faiblesse et un fort point de côté; il ressent à droite, dans le sixième espace intercostal, sur la ligne axillaire, un véritable déchirement quand il tousse.
Examen. — On ne constate aucun trouble trophique de la peau. Il n’y a pas de craquements articulaires. On trouve des varices, une hernie gauche, des hémorrhoïdes, les artères radiales dures, le pouls petit (108). Les bruits du cœur sont peu perceptibles : la pointe est notablement abaissée (ce qui indique l'hypertrophie), on n’entend pas de bruit de galop.
Le foie est gros, douloureux; il part du quatrième espace intercostal et déborde de quatre travers de doigt le rebord des fausses côles.
Dans les poumons, en arrière, on constate une matité à droite; la respiration est très affaiblie, les râles de bronchite sont plus accusés au sommet, à gauche on perçoit des râles disséminés. L'expansion ramiculaire se fait mal à la base de la poitrine.
Une ponction exploratrice pratiquée au moyen de la seringue de Pravaz a permis de constater la présence d’un liquide louche dans la plèvre droite.
Les urines (D. 1018), sont en faible quantité. L'albumine y est décelée en notable proportion. Les membres inférieurs sont œædématiés. Le 15, la percussion du poumon démontre une matité remontant jusqu’à l’épine de l’omoplate. Dans toute celte partie on n’entend rien à l’auscultation, les vibrations ont disparu. Plus haut on ne constate qu'un peu de broncho-phonie, pas de pectoriloquie aphone, pas de souffle.
Le foie est toujours douloureux et déborde d’environ trois travers de doigt bien qu’il ait été administré au malade depuis son entrée six pilules diurétiques chaque jour : le poumon gauche ne présente que des râles de bronchite chronique.
Le 13 février, la dyspnée est toujours vive, le malade se plaint