TOO EX
‘Le 10 juillet. — La dyspnée persiste. T. 382,9. Respiration 44. Pouls 120. Crachats de sang noirâlre, spumeux, visqueux, adhérents, n'ayant pas de pneumonie dans l’aisselle droite. Les urines ont diminué de quantité, elles sont beaucoup plus foncées et plus denses qu’à l'entrée. Les jours suivants tous les symptômes
s’amendent et le malade peut sortir de l'hôpital le 95 juillet.
OBsErRvATION VII
(Observation inédite, communiquée par M. Vermorele, interne des hôpitaux).
Bronchite chronique. Emphysème. Crises d'asthme.
F... Jean-Pierre, âgé de 48 ans, mégissier, entre le 28 décembre 1893 à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. Lancereaux, salle Saint-Denis, lit n° 41 bis.
La mère est morte d’une maladie de cœur. Le père, qui a 82 ans, a toujours joui d’une excellente santé.
F... s’est toujours bien porté, mais il s’enrhume facilement en hiver et cela depuis longtemps ; sa bronchite disparaît en été. Cette année il a été pris plus gravement que d'habitude ; il tousse beaucoup, surtout la nuit, il crache également beaucoup et son expectoration est muco-purulente et acrée. En même temps il a perdu de ses forces, il s’essouffle facilement au moindre effort, il est obligé de s'arrêter plusieurs fois lorsqu'il veut monter à un étage élevé.
Il lui est même arrivé à plusieurs reprises d’avoir des crises semblables à des crises d’asthme survenant brusquement. Le jour, quand le malade est au repos, il sent tout-à-coup la respiration lui manquer; il a une sensation de constriction du thorax et pendant deux ou trois minutes il a de l’asphyxie que l’éther seul calme, Ces crises d'asthme surviennent aussi quelquefois la
nuit.
Le malade n’a constaté aucun autre phénomène ; pas de douleurs, aucun trouble urinaire si ce n’est un peu de polyurie nocturne avec des mictions parfois très impérieuses et très abon-
dantes.
I n'offre aucun signe d’éthylisme, bien qu’il boive de 1 litre 1/2
à 2 litres de vin par jour depuis une trentaine d'années.
Examen. — On constate quelques troubles trophiques des ongles. 11 a des oignons à l'articulation métatarso-phalangienne des petits orteils. Pas de varices, la sensibilité des jambes est
normale. Quelques ostéophytes des doigts.
A la percussion de l’abdomen, on constate qu'il existe de la malité occupant le flanc droit, se continuant avec la matité du foie, descendant à peu près jusqu’au niveau de l’ombilic et s’arrêtant un peu à gauche de la ligne médiane. Le foie déborde donc d'environ quatre travers de doigt, et remonte de deux travers de
doigt au-dessus du mamelon.
La rate est un peu volumineuse. Les poumons présentent dans toute leur étendue, et aussi bien en avant qu’en arrière, une sonorité normale, et à l’auscultation, des râles sibilants et ronflants de bronchite chronique. Le thorax présente la déformation de l’'emphysème. Il est saillant en avant, surtout à sa partie supérieure ; les deux liers supérieurs du sternum sont projelés en avant et forment un angle avec ia moitié inférieure. Les espaces intercostaux sont effacés. La colonne vertébrale dorso-lombaire présente un degré prononcé de cyphose, s’accompagnant d’un peu de scoliose à concavité droite. Cette déformation due à la profession du malade, teinturier en peau, est peut-être cause de la bron-
chite à laquelle le malade est sujet.
Le cœur ne présente pas de souffle, l’oreillette droite n'est pas
dilatée.
Le nez est gros : l'ouverture inférieure des fosses nasales es‘
arrondie et très grande; la voûte palatine est élevée et de forme ogivale.
Urines : D = 1020, ni sucre, ni albumine.
Température : 36°,5. Ce matin on prescrit des douches froides.
Le 15 janvier, le malade quitte le service, son état étant amélioré.
OgservaTioN VIII (Inédite et personnelle).
Asthme cardiaque.
L... Théophile, âgée de 63 ans, serrurier, entre le {°° juin 1893 à l’Hôtel-Dieu, dans le service de M. le professeur G. Sée.
Pas d’antécédents morbides héréditaires.
Dans son jeune âge il a eu des épistaxis, il n’a pas eu de migraine ni d’éruption prurigineuse.
De 58 à 60 ans il a bu une moyenae de 4 à à litres de vin et 4 ou 5 absinthes par jour pendant 5 ou 6 ans mais il a cessé depuis. Pas d'alcool.
Depuis lhiver 1891-1892, le malade est pris d’une bronchite chronique. Pendant la nuit il a des accès de toux ou plutôt d’étouffement qui ont les caractères des accès d’asthme.
Il se réveille, s’accroche à ce qui l'entoure, perd la respiration et finalement expeclore abondamment. En outre, il a toujours une pituite matinale blanche dès qu’il pose le pied à terre. Il se lève plusieurs fois la nuit pour uriner.
li ya 6 mois il a eu un léger œdème des membres inférieurs qui a disparu peu à peu et qui a reparu il y à une quinzaine de jours; ilest très marqué au niveau des jambes, moins sur les cuisses mais assez considérable au scrotum et à la verge; il n'existe pas d’une façon appréciable à la paroi abdominale.
Le ventre est gros, élargi, depuis quelques jours surtout; légère ascite.
Loque 14
Le foie est gras, il déborde de trois travers de doigt, il n'est pas douloureux.
La rate est grosse (0,20 s. 0,12).
La respiration est bruyante et ronflante sans qu'il y ait, à proprement parler, de râles.
Le cœur n’a rien d’anormal, seulement quelques battements sourds.
Le pouls est plein, les artères dures, l'oreillette droite déborde de trois travers de doigt.
La face est cyanosée, les lèvres bleuâtres, la respiration est courte et soufflante, l’expectoration est abondante, spumeuse et âcrée.
Il a des signes d’herpétisme (calvitie, blépharite ciliaire, migraine, asthme) et d’éthylisme (hypermégalie, pituite).
Le 2 juin. — Le malade est soumis au régime lacté et prend six pilules diurétiques. Du 2 au 7, l’œdème disparaît progressive ment, la face n’est plus cyanosée, les lèvres sont encore bleuâtres.
Le 10 juin. — L'œdème a complètement disparu, mais le malade a des nausées et l’expecloration est abondante et très spumeuse. Résonnance du souffle bronchique.
Le 12 juin. — Délire dans l’après-midi, délire gai, spirituel ; le malade est bavard, plaisante beaucoup et veut s'en aller. Diminution de la sécrétion urinaire.
Le 13 juin. — Chloral 3 grammes.
Le 14 juin. — Les caractères du délire restent les mêmes, 4 gr. 50 de chloral, 40 grammes sirop de morphine, un peu de vin.
Le 15 juin. — Encore un peu d’excitation.
Le 16 juin. — Le malade revient à son état normal.
Le 27 juin. — {l dort bien et a de l’appélit. L’emphysème persiste, l’expectoration est muqueuse, acrée, parfois striée de sang.
Le 29 juin. — Persistance de l'emphysème ; le malade sort. Bon état général.