‹ Contribution a l'étude de l'asthme essentiel envisagé surtout dans sa pathogénieChapitre 9 sur 22 · NU HE · texte numérisé non relu

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n’est perdu, la guérison peut se faire complète, tandis que la bronchite chronique et l’'emphysème, une fois parus, ne disparaissent plus. -

Voyons maintenant comment se présente une crise d'asthme.

Le plus souvent les crises sont nocturnes et surviennent dans les premières heures de la nuit; mais cette règle n’a rien de fixe, et comme toutes les névroses, l'asthme est capricieux. Il est des malades qui ont leur crise dans la seconde partie de la nuit, d’autres dans le jour.

Quoiqu'il en soit, voici comment les accidents se présentent au début d’une attaque : Un individu jouissant de la plénitude de la santé se couche aussi bien portant que d’habitude et s'endort tranquillement. Une heure, deux heures après il est brusquement réveillé par un accès d’oppression des plus pénibles, il éprouve dans la poitrine un sentiment de compression et de resserrement, une gêne considérable, sa respiration est difficile et accompagnée d’un sifflement laryngo-trachéal pendant l'inspiration ; cette dyspnée, ceite anxiété augmente, le patient se lève sur son séant : appuyé sur les mains, les: bras ramenés en arrière, la face bouffie, tuméfiée, quelquefois livide, rouge violacé, les yeux saillants, la peau couverte de sueurs, il est bientôt obligé de se jeter hors du lit; et,si l’appartement qu’il habite n’est pas suffisamment élevé de plafond, il court ouvrir sa fenêtre pour chercher l’air qui lui manque. Cet air libre et frais le soulage. Après quelques heures, l’accès se calme, le

visage reprend sa coloration naturelle et se déconfle, le

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sommeil revient. Les accidents reparaîtront ainsi chaque soir pendant quelques jours. Si l’on détaille les phénomènes, que l’on pousse plus loin l'examen, que l’on analyse chaque symptôme, on pourra voir que la dyspnée consiste presque exclusivement dans une difficulté de l’expiration. En examinant la conformation et les mouvements du thorax, on voit que l’air pénètre librement; tous les efforts du sujet tendent à contracter les muscles expirateurs, car l'obstacle vient du spasme des inspirateurs. La : poitrine est globuleuse, les épaules sont soulevées, le dos s'arrondit, les espaces intercostaux sont distendus. Parmi les muscles tétanisés, le diaphragme tient le premier rang, il est le siège d’une contraction tonique qui augmente tous les diamètres du thorax et abaisse la limite inférieure de matité hépatique, qui immobilise l’ombilic, qui se traduit même quelquefois par une véritable crampe tenace et poignante sur toute la circonférence du rebord costal. Les inspirateurs accessoires (scalènes, sterno-mastoïdien, trapèze) plus accessibles à l'examen direct donnent la sensation de corde sous la peau, surtout si le sujet est amaigri.

Mais l'élément dyspnée ne constitue pas à lui seul toute la crise. D’après G. Sée, l'accès comporte la dyspnée des modifications de sécrétion et du cours du sang, des troubles digestifs, des symptômes nerveux.

La réunion de ces quatre éléments forme l'accès type.

La bronchite est à peu près de règle sur la fin de l'accès ; quand la crise a duré un certain temps, le sifflement commence à être moins sec et il survient une petite toux qui peut faire pressentir le déclin. L’expectoration

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est très particulière. Laënnec a décrit les crachats perlés qui se présentent sous la forme de mucosités globuleuses de la grosseur d’un grain de chènevis. Jamais mêlés d'air, demi transparents, d’un ton grisâtre, quelquefois noirâtre, ils perdent en quelque cas leur forme globuleuse, leur densité et deviennent légèrement nacrés. Lefèvre les comparait à des amas de vermicelle cuit. Quant on examine à la loupe cette expectoration, on y voit des petits bouchons opalescents, secs, élastiques, résistant à l’écrasement dans lesquels on a trouvé des filaments spiroïdes, des cristaux, des cellules particulières. Les filaments en spirales ont été d'abord étudiés par Leyden en 1872, par Curschmann en 1884, par Unger, puis par Pel en 1886. Voici le résumé du travail de ce dernier auteur.

« En 1872 Leyden décrit dans les crachats des asthmatiques, des filaments en spirale renfermant en leur centre un filament d’axe, le siège des filaments en spirale dans les bronches semble indiquer une origine fibrineuse ; ils renferment une notable quantité de mucus.

Leur forme en spirale résulte probablement de la compression que la matière peu résistante constituant les filaments subit en s’engageant dans les bronches sous l’influence des cils vibratiles, des contractions des muscles bronchiques et des mouvements respiratoires. La progression étant difficile le filament décrit un mouvement de spirale. La présence du filament central doit être attribuée en partie à une illusion d'optique, en partie à une véritable condensation des parties profondes du filament.

Au microscope, ces parties profondes semblent formées d'une substance hyaline.

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Leur signification pathologique est jusqu'ici fort obscure. Il n’y a pas de relation fort nette entre les filaments et les accès d’asthme. Contrairement à l'opinion ordinairement admise, on peut les rencontrer dans la pneumonie, »

Les cristaux asthmatiques sont octaëdriques et probablement constitués par des phosphates organiques; ils ont été décrits par Leyden, Charcot, Neumann. Nuel a fait jouer un rôle pathogénique important aux filaments en spirale et aux cristaux; nous exposerons tout au long sa théorie au chapitre « Pathogénie. » Liry prétend que l’on rencontre fréquemment ces éléments dans les inflammations vulgaires, qu’ils n’ont rien de spécial à l’asthme, que, par suite, leur rôle dans le mécanisme des accidents doit être nul. Ils sont l'effet d’un vulgaire processus inflammatoire.

Enfin Müller signala les cellules éosinophiles ou cellules d'Erhlich ; elles ne sont pas pathognomoniques de l’asthme. Dans un travail paru en 1893 Müller dit que la présence de ces cellules éosinophiles — ainsi appelées en raison de l’affinité de leur granulation cellulaire pour l’éosine — s'explique dans la sécrétion bronchique comme (lans les autres processus (bulle de pemphigus) par la chimiotaxie. Ce serait dans l'asthme, dit-il, les cristaux Charcot-Leyden, ailleurs une substance d’origine microbienne qui produirait l’afflux des cellules éosinophiles dont il faut admettre l’origine sanguine.

Si l’on examine la cage thoracique au moment d’un accès, on entend de nombreux râles sibilants, ronflants, de plus l'expiration est notablement prolongée, au point d’être plus longue que l'inspiration. Les modifications du

Lies cours du sang ne manquent guère, et nous avons déjà décrit l'état du visage.

D'après G. Sée, les troubles digestifs sont constitués principalement par une accumulation de gaz intestinaux amenant une sensation de plénitude à l’épigastre, des flatuosités, le gonflement et la tension du ventre.

Comme troubles nerveux il faut signaler des signes qui avertissent souvent de l’approche d'un accès ; par exemple une sorte de torpeur intellectuelle et physique, la difficulté de suivre l’ordre des idées, la tendance marquée à l’assoupissement.

Nous venons de parler d’un accès type, mais combien variable est la symptomatologie suivant les individus, suivant l’âge de l’affeclion. La bronchite est un symptôme fréquent, mais elle peut manquer ; ailleurs elle constitue à elle seule tout l'accès, c'est là une forme larvée, la forme bronchitique. Le cas s’observe principalement chez les enfants, bien qu’il ne soit pas très rare chez l'adulte, L’asthme typique est fort rare dans le jeune âge, tandis que la bronchite à début foudroyant, à caractère très alarmant, le tout disparaissant très vite et sans médication, est très commune.

Trousseau dans ses cliniques en rapporte plusieurs exemples.

Dans les formes anormales, à côté de la variété bronchitique il faut placer la forme coryza. Si quelquefois le coryza débute et la dyspnée suit, dans d'autres cas tout l’accès est exclusivement constitué par un coryza provenant par paroxysme, subitement et souvent sans que le

sujet se soit exposé à aucune (les causes qui produisent des

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rhumes de cerveau. Le malade est pris d’éternuement d’une extrême violence et d’une étrange opiniâtreté, son nez coule abondamment,ses yeux se gonflent et sont remplis de larmes, puis, après quelques heures, ces accidents cessent aussi rapidement qu'ils étaient survenus. Combien de fois, dit Trousseau, à des individus affectés de ces étranges coryzas ne m’est-il pas arrivé de prédire que tôt ou tard ils auraient de l’asthme et de voir à quelques années de là ces mêmes individus revenir me dire que mes prévisions s'étaient réalisées.

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