C, — MOELLE ÉPINIÈRE
Pour être étudiée au microscope, elle à été coupée en tronçons de 1 cent. 1/2 à 2 cent. après avoir été plongée auparavant pendant 24 heures dans le bichromate d’ammoniaque ; pendant trois semaines, on laissa l’action du bichromate se prolonger sur ces tronçons et l’on compléta ensuite le durcissement dans l'alcool.
Sur toutes les coupes, à quelque hauteur que ce soit, on remarque une grande quantité de corps amyloïdes tant dans la substance grise que dans les cordons. En examinant la moelle au niveau des points ramollis, on constate que le ramollissement cervical est purement cortical ; à la région lombaire, le ramollissement est plus profond et atteint jusqu’à la base de la corne antérieure. Dans la pie-mère qui recouvre ce ramollissement lombaire, on constate la présence de deux ostéomes microscopiques constitués par quelques lamelles osseuses avec ostéoplastes.
Les cordons médullaires sont à peu près sains, sauf peut-être qu'ils présentent une légère augmentation du tissu conjonctif, principalement autour des vaisseaux sanguins.
L’axe gris, examiné à de faibles grossissements ne présente rien d'anormal dans les dimensions de ses différentes parties ; nulle part on ne saisit une atrophie quelconque des cornes antérieures. Quand on se sert de grossissements suffisants pour bien voir les éléments, il semble même en parcourant rapidement les préparations qu'il n’y ait rien d’altéré, car sur toutes, on rencontre de belles cellules nerveuses plongées dans un stroma normal. Mais en procédant méthodiquement, on remarque, presque dans chaque coupe, principalement à la région dorsale, que certaines cellules des cornes antérieures ne ressemblent pas à leurs voisines ; tantôt elles se colorent d’une façon différente par le carmin, et paraissent ètre alors constituées par une substance plus claire qui contient de très fines granulations 70n pigmentaires : on
leur voit encore des prolongements, mais ils sont pâles et mal accusés: tantôt elles sont transformées en un amas de granulations plus ou moins colorées qui n’offrent plus du tout l'apparence d’une cellule nerveuse mais qui proviennent sans aucun doute d’une cellule, puisqu'elles sont enfermées dans des lacunes de la névroglie assez volumineuses et de forme généralement stellaire. Il est à remarquer que les réactifs employés pour exécuter les préparations ne déterminent pas dans les cellules altérées le même retrait que dans les cellules saines et que le tissu ambiant paraît légèrement sclérosé. Notons, en terminant que dans les noyaux de certaines cellules saines en apparence, on rencontre des granulations beaucoup plus volumineuses que celles des autres noyaux. D'autre part, certaines coupes présentent une disproportion numérique très-considérable dans les cellules des deux cornes; c’est, peut-être là une disposition normale, car la corne la moins bien partagée ne présente cependant pas suffisamment de vestiges cellulaires pour rétablir à peu près l'égalité.
Observation XX, communiquée par M. le professeur agrégé E, Demange.
Jany Joseph, dit Marquis, né à Pont-à-Mousson, 45 ans, chaussonnier, colporteur, mendiant.
Antécédents. — En 1870 a travaillé à l'humidité, pendant ? mois a couché sur la terre humide. En 1871 a eu un chancre mou compliqué de bubon. En 1873 il exerça le métier de colporteur et alla de Nancy a Rouen ; pendant ce voyage, il eut des pertes séminales nombreuses qui revenaient 3 à 4 fois par semaine et qui persistent encore. En même temps, il constatait une faiblesse des membres inférieurs et des douleurs dans les cuisses avec fourmillements et palpitations musculaires ; pas de troubles du côté de la vessie ni du rectum. Quelques mois après il ressentait dans le bras droit des douleurs, de la faiblesse et des fourmillements analogues à ceux qu'il éprouvait à la cuisse, peu auparavant ; puis sa démarche devint chancelante, et le moindre obstacle rencontré sur son chemin déterminait une chute; il s’aperçut alors que le volume de ses membres devenait moindre, et qu'il perdait graduellement ses forces.
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Elal acluel. — À son entrée, à l'hospice St-Julien, en novembre 78, on est frappé par l'attitude etles mouvements bizarres du malade lorsqu’il veut changer de position; quand, par exemple, assis sur une chaise, il veut se lever, il est obligé par un mouvement de torsion du tronc de se retourner vers le dos de la chaise pour y prendre un point d'appui, et s’aidant de ses bras étendus, il se redresse en partie etfinit par étendre les jambes, et se tenir debout. Quand il est debout, sans aucun point d'appui, le corps décrit un arc de cercle à convexité antérieure, les pieds légèrement écartés ; si on fait tomber un fil à plomb de l’occiput, l'extrémité inférieure arrive à un point situé entre le 1/3 postérieur et le 1/3 moyen du pied. Si on mesure la distance de la corde représentée par le fil à plomb à l'arc de cercle décritpar le corps, au niveau de la région lombaire, on trouve une longueur de 10 centim.
Lorsque le malade est couché sur un plan horizontal il lui est impossible de se relever seul et ce n’est que par une sorte de mouvement de reptation qu'il arrive à sortir de son lit.
Lorsqu'il est complètement déshabillé, on est frappé de l’amaigrissement du thorax et des cuisses qui ont presque pris un aspect squelettique, comparativement aux mollets, aux bras, et aux avant-bras qui ont conservé à peu près leur volume normal. Les muscles pectoraux, grands dorsaux. grands dentelés, sacro-lombaires ont en quelque sorte complètement disparu. Les côtes se dessinent à travers la peau ; les omoplates sont dans la position ailée caractéristique de la paralysie du grand dentelé. Lorsqu'on fixe les omoplates, les mouvements des bras sont plus puissants.
On observe constamment des contractions fibrillaires dans les muscles du thorax.
Les muscles des mains sont absolument intacts, il n'y a pas d’atrophie des éminences thénar et hypothénar, et tons les mouvements des doigts, d'opposition ou autres, sont conservés.
Les deltoïdes sont atrophiés légèrement.
Les muscles de la face, ceux des commissures labiales sont intacts.
Les fessiers sont très atrophiés ; la saillie qu'ils produisent est réduite à presque rien.
Muscles des mollets et des pieds intacts.
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Affaiblissement considérable de la contractilité électrique dans tous les muscles malades.
La sensibilité cutanée semble intacte, sauf en quelques points ; mais il n’existe pas de plaques d’anesthésie.
Pouls petit, faible, irréoulier ; à l’auscultation on constate un frémissement musculaire continu qui couvre les bruits du cœur.
Rien de particulier dans les fonctions digestives et urinaires.
5 décembre 1879 (1). Diarrhée accompagnée de ténesme rectal et de quelques mucosités teintées de sang, qui cède au bout de quelques jours à l'influence de la diète lactée et d’un peu d’opium.
L’atrophie fait des progrès et gagne les biceps brachiaux et les muscles des jambes, surtout le groupe des fléchisseurs ; les autres muscles s’atrophient de plus en plus, et le malade marche et se remue avec beaucoup plus de difficulté.
25 novembre 1882.— Hémoptysies qui reviennent à plusieurs reprises; à l'examen de {a poitrine, on constate les signes d’une tuberculose à la 2° période. Abcès froid d'origine osseuse, au niveau de la 6° côte, à la partie antérieure ; cet abcès est douloureux et cause une dyspnée considérable. On l’ouvre, et il s’en écoule quelques grammes de pus liquide, et bien lié.
20 février 1883. — Frissons depuis quelques jours et douleurs pongiformes et en ceinture à la base du thorax et de l'abdomen. Insomnie, constipation, vomissements muqueux, pas de hoquet. La percussion est douloureuse à la région précordiale et vers la base du thorax, surtout à gauche.
Rien de nouveau du côté des poumons; bruits du cœur éloignés, mais perceptibles ; choc faible ; la matité précordiale ne semble pas augmentée ; le pouls est petit, fréquent (116), inégal.
Il y a un peu de tympanisme abdominal qui fait penser à une péritonite probable. Anurie.
24 février. — Les accidents se calment, mais il reste de la douleur, surtout à la région précordiale ; soubresauts des tendons, dyspnée ; il apparait de l’œdème des membres inférieurs qui progresse rapidement,
(1) J’abrège le reste de l’observation et ne relève que les faits principaux.