CHAPITRE PREMIER
M. Secrelan, de Lausanne, a attiré l'attention sur un syndrome clinique, auquel il a donné le nom d’œdème dur traumatique et qu'il définit amsi : « Nous appelons œdème dur, le résidu ltraumatique persistant que laissent les contusions qui s'accompagnent d'une infiltration abondante de la peau et du
Uussu cellulaire ».
ErioLociE. — L'œdème dur traumatique à habituellement pour cause un coup bien focalisé, plus ou moins violent (coup de marteau ou tout autre outil, une chute d'un corps pesant, elc.) ; un simple effort avec extension exagérée peut le provoquer. Il peut se produire dans d'autres régions qu'à la main ou au pied. S'il est plus fréquent au dos de la main, c'est que celle-c1 est plus exposée aux contusions et que l’infiltration de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, reposant directement sur un plan osseux est plus nette que dans les régions
où les téguments recouvrent les masses musculaires.
CNE RE
Sympromes. —— Dans les premiers jours qui suiveni laccident, on observe une tuméfaction plus ou moins étendue et plus ou moins accentuée, avec quelques ecchymoses où suffusions sanguines : la partie atteinte est douloureuse ; la pression laisse subsister une légère empreinte du doigt ; Jusque-là tous ces phénomènes n'offrent rien de caractéristique el de différent avec le tableau d'une contusion commune. Mais au bout d'un certain temps, non seulement souvent l'œdème ne diminue pas, mais encore devient beaucoup pius dur, el dans la troisième semaine il est ferme et élastique. Secrelan le compare à un coussinet élastique. À la main et au pied cel œdème n'empièle Jamais sur les face plantaire et palmaire et se confond insensiblement avec la peau de lavant-bras el de la jambe.
La peau ne se laisse pas plisser, ne garde pas l'empreinte du doigt : elle est sèche, luisante, squameuse, plus ou moins violacée : elle montre des troubles de sécrétion et de eirculaion. La sensibilité de la peau est intacte ; les irritations thermiques et électriques sont perçues comme du côté sain. On n'y voit aucun signe d'inflammalion, ni d'ecchymose.
La pression resie douloureuse et permet de percevoir un bruit particulier, rappelant la crépitation de l’aï douloureux. On peut encore produire celte crépitalion en essayant de déplacer la laumeur œdémateuse ; de même quand on appuie la lumeur contre les tendons des extenseurs et que l’on opère des mouvements passils avec les doigts.
Pendant la durée de l'œdème et même lorsqu'il a diminué, les doigts présentent souvent un œdème mou qui serait comme une expression des troubles de la circulation.
Parmi les troubles fonctionnels, les mouvements du poionel sont intacts. Les mouvements actifs des doigts sont, selon l'intensité de Fœdème, notablement diminués. Les mouvements passifs, particulièrement l'extension, sont douloureux.
HO
Ce qui est (rès caractéristique, ce sont les douleurs que l'on provoque en exerçant une pression sur les métacarpiens ainsi que sur les os du carpe et l'extrémité inférieure du cubitus et du radius ; pourtant l'examen pratiqué aux rayons X n'a jamais montré ni fractures, ni fêlures, n1 de lésions de périosti- Les:
À ce tableau, il faut ajouter la persistance de linduration. Elle reste longlemps stationnaire, puis elle commence à diminuer, pour ne disparaitre que dans huil à douze semaines, souvent elle dure encore plus longtemps. Nous voyons dans le cas de Borchard, qu'il n'y a aucune amélioration au bout dé Lois mois ; de même dans le cas du cordonnier de lobserva- Uion de Grunbaum. Si le malade, avant que l'œdème ait complètement disparu, veul reprendre le travail, il arrive souvent que le moindre traumatisme ou le moindre effort suffisent pour amener une recrudescence de tous les symptômes.
Il persiste souvent, même quand l'œdème a disparu, une pelile aodosilé qui ne disparait que très longtemps après, pouvant donner l'idée d’une lésion osseuse.
PaATHOGÉNIE.— Des recherches anatomo-pathologiques complètes n'ont pas encore été faites. Il s'agirait ici d’un exsudat fibreux, diffus entre la peau qui se laisse distendre et le plan profond qui résiste ; exsudat qui se résorbe lentement et peut s'organiser et former des duretés fibreuses permanentes. La nature fibreuse de cet exsudat a d’ailleurs été confirmée à la suite d'une exérèse que fit Secrelan pour améliorer un cas grave el rebelle. Le morceau excisé de la tumeur œædémateuse se composait en effet d’un tissu fibreux solide dur, grisâtre, montrant à sa iace profonde des sillons dans lesquels étaient enfouis les extenseurs. On peut penser, dit M. Grunbaum, que celle masse fibreuse s'est développée aux dépens du sang épanché qui, au lieu de se résorber, se serail organisé en Uüissu con-
jonctil d'une marière analogue à ce qui se produit dans la
D Ni
myesile ossifiante traumalique où le sang répandu dans les museles sous l'influence de la contusion, s'organise en lissu osseux au lieu de rentrer peu à peu dans la circulation.
D'après M. Grunbaum il se passerait dans les os du squelette de la main des modifications importantes que Borchard avait signalées déjà, consistant en une atrophie osseuse secondaire, de même ordre pathogénique que les troubles trophiques de la peau, des cheveux, des ongles et des muscles, apparaissant après des blessures ou des lésions entraînant des troubles circulatoires étendus. Cette opinion de Borchard et Grunbaum se base sur ce fait, que lors des divers examens radioscopiques, ces auteurs crurent constater que les ombres projetées sur un écran ne présentaient que de minces traits sombres sur les côtés des os et notamment des phalanges, ce qui ne s'expliquerait que par une transparence anormale de ces os. Il pourrait être question là aussi d’une sorte d'inammalion que Sudeck a décrite sous le nom d’atrophie inflammatoire aiguë des os. Cependant M. Secretan aurait trouvé les os normaux dans un cas opéré par M. Roux.
DIAGNOSTIC DIFFÉRENTIEL. — Diverses manifestations morbides ayant des symptômes communs avec l'œdème dur traumalique, s’en distinguent de la manière suivante :
OEdème inflammaloire. -— 11 est mou, la peau est rouge. On trouve sur celle-ci le point de départ de l'infection. Les ganglions sont tuméfiés ; il disparaït rapidement avec la cause qui l'a provoqué.
OEdème par gène de la circulation. — On peut le produire par serrement au moyen d'un lien placé sur le bras, l’avantbras où au poignel, L'application d'un bandage inamovible, qui n amène aucune modilicalion en cas d'œdème dur, déjoue
la simulation en empêchant l'intéressé d'entretenir l'œdème ar- Uficiellement. |
Fracture des os du carpe, mélacarpe, du larse, du métalarse. — Il existe des ecchymoses et les symptômes sont plus localisés. Le gonflement dure moins longtemps et quand il a disparu on perçoit un cal caractéristique. La radioscopie confirme le diagnostic.
Caillot sanguin. — Celui-ci entretient des taches ecchymotiques qu'on ne rencontre pas dans l’œdème dur.
Ostéites chroniques. — Certaines lésions de ce genre, spécialement quand elles sont de nature tuberculeuse, peuvent offrir de grandes difficultés. La radioscopie est le meilleur moyen
d'enlever les doutes.
PRoNosTic. — M. Secrelan considère le pronostic de l’affec- Lion assez bénin :; pourtant, à en Juger d’après certaines de ses observations que nous citons, d’après le cas de Borchard, il existe à côté des formes relativement bénignes des variétés très graves d'œdème traumatique, où l’exsudat au lieu de se résorber, finit au contraire par s'organiser et finit par compromettre les fonclions de la partie malade. Comme cette affection, dans la majorité des cas, est le résultat d’un accident de travail et que l’on se trouve en présence d'assu-
rés le pronostic doit toujours être réservé.
TrarremenT. — L'immobilisation, les compressions méthodiques, les bains d'air chaud sont restés Imelficaces. Le massage serait plutôt nuisible qu'utile. Outre ces moyens, l'on a essayé les applications de collodion iodoformé, les bains de
lumière, sans non plus obtenir d'amélioration. L’excision de
LE p Nes.
la tumeur tentée par M. Secretan, ne lui a pas donné le succès qu'il espérait, Plus elficace aurait été le traitement adopté par M. Grunbaum et basé sur la propriété que posséderait la (hiosinamine injectée par voie hypodermique, de limiter son action à certains tissus anormaux, dont elle amène l’absorplion ou la transformalion en tissus normaux. M. Grunbaum pratique trois lois par semaine une injection d'une seringue de Pravaz d'une solution alcoolique de thiosinamine à 15 % dans l'avant-bras, le plus près possible de la limite de lœdème. Son malade reçut trente-deux injections sans en ressen- Ur aucun trouble. À partir de la (roisième semaine, la tumél'action rétrocéda el un mois après 1l pouvait reprendre son lravail. On pourrait à ce lraitement associer les bains chauds el des mouvements passifs des doigts. Ce qui donne le meilleur résultat, ce sont les pansements humides.