‹ Contribution à l'étude de l'ectopie de la rate: Torsion du pédiculeChapitre 4 sur 11 · DANS L’ECTOPIE DE LA RATE · texte numérisé non relu

DANS L’ECTOPIE DE LA RATE

Il serait intéressant d'établir la fréquence de la torsion du pédicule dans les déplacements de la rate. Le fait est-il très rare ?

On sait que cette complication se produit environ sept fois, sur cent cas de kystes de l'ovaire. Or, Lieffring (Thèse de Paris 1894), s'appuyant sur un certain nombre de cas de splénectomies, nous donne une proportion de 1 pour $. Ne faut-il pas en conclure que la rate ecropiée a plus de tendance à se tordre sur son pédicule que le kyste de l'ovaire. Encore, est-il légitime d’admettre que dans nombre de cas où cette complication n’a pu être constatée au cours d’une laparotomie ou lors de la nécropsie, certains accidents observés antérieurement, tels que douleurs périodiques se produisant d’une façon brusque, accroissement rapide de la rate ectopiée, soient imputables à des torsions non permanentes du pédicule.

Quoi qu’il en soit, nous pouvons afhirmer que cette complication est loin d’être exceptionnelle dans l’histoire de l’ectopie de la rate. Pour nous expliquer cette fréquence relative, passons en revue les divers facteurs pouvant contribuer à la produire.

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En première ligne, il nous faut mettre la mobilité de l’organe déplace. Entraînée le plus souvent par son poids pathologiquement accru, vers les régions déclives, la rate exerce sur ses ligaments des tiraillements qui ont pour eflet de produire leur allongement. Bientôt, ces ligaments perdent leur configuration normale; ils s’étirent, s’amincissent, et la rate devient, suspendue à un véritable pédicule, aussi mobile que l'embryon l’est dans l’utérus, à lextrémité du cordon. Elle est devenue la rate « voyageuse ».

Plongeant au milieu des anses intestinales essentiellement mobiles, soumise à tous les changements de pression et d’équilibre que lui imposent la distension et la déplétion successives de l'intestin, de la vessie ; subissant dans son centre de gravité des déplacements produits par les secousses, les changements de position, l’exploration de la malade, sans adhérences au début, parfois avec un léger degré d’ascite, la rate se trouve dans les meilleures conditions possibles pour pivoter sur son pédicule.

Mais ce n’est là qu’une première catégorie de faits dans laquelle la torsion, pour s'effectuer plus facilement, n’en est peut-être que moins dangereuse. Si la production d’adhérences ne vient pas s’y opposer, sous l'influence de causes analogues à celles qui ont produit la torsion ou par le fait même de l’élasticité du pédicule, la rate pourra revenir dans sa situation primitive. Les accidents n'auront été que passagers.

Dans un autre ordre de faits moins nombreux, la rate, dès le début des accidents, est enclavée dans le bassin, immobile. On ouvre l’abdomen et l’on trouve un pédicule tordu. Glascow (1). Quand a pu s’accomplir cette torsion ? il nous semble difficile d'admettre que ce soit après l’enclavement.

(x) Obs. XVI.

ETS Force est bien d’admettre qu’enclavement et torsion ont été simultanés ; que la rate, en tombant dans l’excavation, a subi cette rotation sur son axe, que son immobilité dès lors rendait permanente. l

Nous verrons en étudiant l’anatomie pathologique, que les adhérences de la rate, qui se rencontrent sans torsion du pédicule, sont favorisées par cette complication. Ces adhérences contribuent à fixer la rate dans sa situation vicieuse. Existentelles avant que la torsion se soit produite ? sans doute, elles peuvent, en rendant la rate moins mobile, gêner la rotation ; mais i: doit en être parfois ici comme pour les kystes de l’ovaire ; des adhérences existant d’un côté, et l’organe, s’hypertrophiant d’une façon inégale, le centre de gravité se déplace et la rate culbute du côté opposé à ces adhérences, en tournant sur son pédicule.

En résumé, la rate ectopiée peut subir une torsion dans trois circonstances diflérentes.

1° Lorsqu'elle est très mobile, que son pédicule est allongé, qu’il n'existe pas d’adhérences ; ce fait est de beaucoup le plus commun. Alors, la détorsion peut s'effectuer; ou bien elle persiste, soit que la péritonite adhésive établisse des adhérences, soit même sans ces adhérences. Est-il en effet nécessaire que les adhérences se produisent pour que la torsion accomplie persiste ? nous ne le croyons pas, mais elles y contribuent certainement pour une large part.

2° Lorsque la rate s’enclave dans le petit bassin; nous admettons que la torsion a été contemporaine de l’enclavement.

3° Lorsque la tumeur, par le fait d’adhérences préalables, n’est pas complètement mobile. Dans ce cas, la torsion s’effectuera en dépit de ces adhérences si celles-ci sont faibles et cèdent à l'effort de torsion ; ou par le fait même de ces adhe-

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rences, lorsqu'elles existent d’un côté seulement, le centre de gravité se déplaçant grâce à l'accroissement inégal de la rate, ct entraînant l’organe du côté opposé. On sait que la malaria, l'affection la plus commune de la rate ectopiée, produit précisément des lésions hypertrophiques sur des points disséminés de la rate.

Le sens de la rotation ne semble rien avoir de fixe. Dans beaucoup d'observations, nous n’en trouvons pas mention. D'après les autres il semblerait néanmoins que cette rotation s'accomplisse plus souvent de gauche à droite, et de haut en bas ; tel était le cas que nous avons observé dans le service de M. Heurtaux. La partie supérieure de la rate étant plus lourde, tend naturellement, lorsque l’organe devient très mobile, à se porter en bas et à produire par là même la bascule ; mais pourquoi cette partie supérieure s’inclinerait-elle plus volontiers en avant qu’en arrière, les données anatomiques nous paraissent impuissantes à l'expliquer.

Nous pensons que le sens de la rotation est influencé par un ensemble de circonstances très variables qui, en réalité, échappent à l'analyse.

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