ETUDE PERSONNELLE
Nous avons réuni pour cette étude de la dérivation précordiale, 45 sujets atteints de cardiopathies rhumatismales. Leur âge s’échelonne entre 6 et 15 ans. Les observations portent sur une durée maximum de 1 an. Dans quelques cas, il a été enregistré jusqu'à 8 tracés successiis. DIS me
Pour rapporter les résultats de ce travail, nous classerons les cardiopathies rhumatismales en 3 catégories qui correspondent aux modalités d'évolution et aux faits cliniques. ER RC
1°) Formes non évolutives.
0 à HE r sr - < ES rl ë 2°) Formes légèrement évolutives, c’est-à-dire présen-
tant, à intervalles assez fréquents, des poussées de fièvre accompagnées où non d’arthralgies et dans lesquelles le cœur est en général modérément augmenté de volume.
3°) Formes très évolutives, sévères dans la majorité des cas, dans lesquelles on constate des poussées fréquentes et prolongées de fièvre avec où sans arthralgies avec tachycardie et signes d'atteinte myocardique ou péri-
cardique..
$ 1°. — Formes non évolutives
Parmi les 20 malades qui entraient dans cette catégorie, » présentaient une onde T positive en D 4. Cette proportion ne semble pas différente des chiffres trouvés chez l'enfant normal.
Par contre, dans les deux cas suivants, l'aspect du tracé en D 4 était anormal.
BAY... Simon, 13 ans. Première crise de rhumatisme articulaire aigu en 1633. En mars 1937, l’enfant présente un souffle diastolique de la base. Cœur assez fortement augmenté de volume à la radio. Tension artérielle : 13 x 2.
Electro : En D 4, T anormalement profond (12 mm.) ; S T, à partir du pied de la branche de retour de l’onde rapide, s’abaisse aussitôt pour se confondre sans démarcation avec T.
Le reste de l’électro dans les 3 autres dérivations est sensiblement
normal.
LAN... Jacques, 12 ans. Première atteinte cardiaque à l’âge de 7 ans. On trouve, en mars 1938 : gros souffle holosystolique de pointe: À la radio : cœur sensiblement normal quoique le ventricule gauche soit un peu globuleux.
Electro : En D 4, S T n'est pas décalé, mais se dirige obliquement en bas, dès son originé vers l’onde T.
Autres dérivations: aspect sensiblement normal.
$ >. — formes légèrement évolutives
Dans cette éventualité, les tracés sont pris en général en période de stabilité. 15 enfants ont été examinés. 6 anomalies méritent d’être retenues. 7
Dans l’un des cas, l'onde T est diphasique.
Dans un autre, T est complètement absent.
Dans un troisième, l'onde T est positive pendant le décours d’une poussée fébrile avec mauvais état général, érythème marginé et frottement péricardique surajouté au souffle systolique de pointe antérieurement perçu. Elle devient négative deux mois après, alors que l'enfant est amélioré et apyrétique.
Les trois malades dont nous rapportons l'observation ci-après, préseniaient un décalage de S T.
ALB... Estelle, 13 ans. Première crise de rhumatisme articulaire aigu en décembre 1936, au cours de laquelle on constate un souffle systolique de la pointe et un léger souffle diastolique. 2° crise en 1937, avec tachycardie, gros frottements péricardiques. En 1938, alors que l’état général est assez satisfaisant, on constate un souffle systolique intense et un gros souffle diastolique. A la radio : le cœur est modérément augmenté de volume, le ventricule gauche est un peu globuleux.
Electro (mars 1938) : En D 4, onde T négativé, ST décalé de 2 mm. 1/2 au-dessus de la ligne isoélectrique.
Dérivations standard : aspect sensiblement normal du tracé.
GUI... Yvelle, 10 ans. Première crise de rhumatisme en 1920. Un gros souffle systolique de pointe est constaté à cette époque. Il a toujours été perçu sans modification, malgré ‘des poussées fébriles et des atteintes articulaires assez fréquentes. En février 1938, bon
élat général. Le souffle persiste. A la radio, le cœur ne présente aucune particularité.
= Electro (février 1938) : D 4:STaà son origine est décalé de 3 mm.
hi $ ‘abaisse aussitôt presque en ligne droite LE se fondre avec
l'onde T:
Electro hornal dans les eo habituelles.
3 3 k € re REC 2e
BLA: Henri, 10 ans (fig. 8). Episode fébrile en mars. 1958 moti-
vant l’entréé à l’ hôpital. Atteinte articulaire légère. Au cœur, souffle
holosystolique de pointe °°” RTE à NE RD Et
Electro. D k : pendant convalescence, l'espace. S T est décalé
à son origine de 3 mm. au-dessus de la ligne isoélectrique. 11 s'abaisse aussitôt pour r RARES une onde T très profonde mésurant 12 mm. “ ;
Autres dérivations : aspect normal du tracé.
.. ….. $ 3. — Formes évolutives assez sévères
Les électrocardiogrammes ont été recueillis pendant la période inflammatoire, qui était en général de longue durée. 9 cas ont pu être relevés. En raison de leur intérêt nous désirons les présenter en détail.
: ADO... Romaine, 8 ans. Hospitalisée en avril 1938 pour rhuma-
tisme articulaire aigu (1"° crise). Atteintes articulaires multiples. On
trouve à l’auscultation du cœur un gros souffle systolique de la pointe et un frottement péricardique très passager. A la radic, le cœur est légèrement augmenté de volume.
Electro : 1° En pleine crise, S De en D 4, est décalé de 4 mm. audessus de la ligne isoélectrique et descend progressivement jusqu’à une onde T diphasique. Dans les autres PARU S T est largement décalé en D 2 et D 3.
° Quelques jours après la fin de la crise le frottement péricardique a dispäru mais le souffle persiste. D 4 est normale, avec une onde T positive. Les dérivations standard ne présentent également
aucune anomalie à cette période.
COR... Micheline, 10 ans 1/2. L'enfant n’a jamais eu d° atteinte articulaire nette, mais présente depuis un an des poussées fébriles
avec mauvais état général. Le diagnostic de cardiopathie a été fait
il y a quelques mois:
En février 1938, hospitalisation à Bretonneau avec fièvre et état
général gravement touché. L’auscultation du cœur permet de déceler un souffle holosystolique de la pointe, un dédoublement espacé du 2° bruit, un roulement diastolique avec petit frémissement. A la radio : cœur légèrement augmenté de volume. L’arc moyen est un pèu saillant. La partie droite du cœur déborde légèrement le sternum.
Electro : 5 février 1938, à l'entrée dans le service, D 4 : espace ST très court 3 mm. non décalé. Onde T négative, très profonde 13 mm.
Le 8 février, l’onde T 4, toujours négative, ne mesure que 10 mm. Le 9 et le 12 février, elle se réduit à 3 mm. Les dérivations standard ne montrent à ce moment auçune anomalie. La modification électrocardiographique que révèle la 4° dérivation coïncide avec une grande amélioration clinique.
Le 17 mars, l’enfant a une courte période de tachycardie, pâleur, fatigue générale, sans fièvre. Sur les tracés électriques en D 4, l’onde T, toujours négative, mesure de nouveau 13 mm.
Dans les jours suivants, l’onde T ne mesure plus que ro et même
8 mm.
SUD... Jeanine, 8 ans. Première crise de rhumatisme à l’âge de 5 ans. L'atteinte cardiaque a été reconnue l’année suivante. Hospitalisation de juillet à novembre 1937. Au début du séjour dans le service : mauvais état général, fièvre, dyspnée. Au cœur, gros souffle systolique, frottement péricardique. Bruit de galop. A la radio, cœur de très gros volume ; bord gauche en marche d'escalier : bord droit très saillant à droite du sternum. En novembre 1937, amélioration générale considérable. Cœur un peu moins gros. Mais il persiste toujours un certain degré de tachycardie.
Electro : Pendant tout le temps de l’hospitalisation, on constate
en D 4 un espace S T légèrement décalé au-dessus de Ja ligne isoélectrique et suivi d’une petite onde T négative. Les dérivations standard montrent des modifications importantes de S T. Le dernier
Les db électro. pris alors que l’enfant présentait un état général bien meilleur, montre un tracé en D 4 entièrement normal.
BAU... Marcel, 11 ans. L'enfant a eu, à l’âge de 3 ans, 7 ans, 10 ans, des crises sévères de rhumatisme. Admis dans le service en janvier 1938 pour défaillance cardiaque : grosse dyspnée, cyanose, ‘œdèmes, gros foie. Au cœur : tachycardie, souffle systolique intense. Bruit de galop. La mort survient peu après.
Eleciro : À l’entrée, tracé entièrement normal. T est négatif en D 4. Quelques jours après, T 4 devient positif. Les dérivations standard, qui jusque-là étaient normales, sont perturbées. P R est allongé à 0,39. S T est décalé en D 3.
Cet aspect, en toutes les dérivations, persiste sur le dernier iracé pris la veille. de la mort.
DEV... Charles, 8 ans. Enfant atteint de rhumatisme évolutif plutôt sévère, ayant débuté en 1937 et rapidement compliqué de cardiopathie et de pleurésie. Vu à la consultation du Docteur GRENET, en mars 1938. Un état fébrile persiste malgré le traitement salicylé. On constate de nombreuses nodosités de Meynet aux coudes et à la. région occipitale. Au cœur : souffle systolique de la pointe, tachycardie. ;
Electro : 4° dérivation entièrement normale. Dans les autres dérivations, S T est curviligne, court, décalé en D 2 et D 3.
DEB... Lucienne, 12 ans. Cette enfant a présenté en mai 1937 de vagues arthralgies, au cours desquelles l’atteinte cardiaque s’est manifestée, et qui ont été suivies de chorée. À son entrée à l’hôpital, en juin r937, l'enfant est fébrile (38,5). L’auscultation du cœur permet de découvrir un gros souffle systolique, un dédoublement du 2° bruit, dés frottements péricardiques importants. Un mois après, les frottements ont disparu et la température retombe à la normale. Le cœur, qui avait légèrement augmenté de volume, reprend son aspect radiologique habituel. Mais depuis octobre 1937, jusqu’à sa mort en février 1938, l’état général devient de plus en plus mauvais et les signes objectifs varient avec une extrême fré-
quence.
* Electro : En D4: A DA ES re
13 novembre 1937, $S T est légèrement décalé. au- Er de. la ligne isoélectrique. L’onde T est invisible. ä
Le 0 novembre, T 4 négatif.
Le 4 décembre, le complexe ventriculaire, jusque- à diphasique, devient monophasique à direction positive. T 4 n’est pas inscrit sur les tracés. yes
Le 18 décembre, ondes rapides, profondément crochelées avec ST légèrement décalé en dessus, et onde T négative.
Le 23 décembre, complexe triphasique. T négatif.
Le 24 décembre, le complexe tend à redevenir monophasique.
Le 15 janvier (veille du décès), l’onde rapide est nettement monophasique à direction positive. S T est décalé en dessous, T n'est pas visible. |
Dans les dérivations standard, on note des altérations pioiontes et évolutives à chacun des tracés successifs.
CHAR... Lucien, 12 ans. Hospitalisé en 1937 et en 1938 pour deux crises de chorée, avec douleurs articulaires et érythème marginé récidivant. Poussées fébriles répétées. À la première crise, on constate au cœur un souffle systolique de la pointe. Plus tard, il apparaît un souffle diastolique net. L'enfant est actuellement en bon état.
Electro : D 4 : T est négatif, mais-le segment $S T est très court (o,o4) décalé de 2 mm. en dessous de la ligne isoélectrique. Dérivalions standard : aspect normal.
Deux cas spéciaux doivent être classés à part Dans l'un, il s'agissait d'une péricardite rhumatismale isolée. L'autre concernait une forme d'apparence mranene qui à évolué vers la stabilisation.
MUL... Thérèse, 4 ans 1/2. L'enfant n’a jamais eu de grande crise de rhumatlisme, mais a présenté des douleurs lombaires fugaces et répétées. Hospitalisée en mars 1938 pour péricardite. On constate en effet de très gros frottements qui disparaissent un mois après, alors que la fièvre antérieurement à 38° tombe à un niveau normal.
Le cœur, d'aspect un peu étalé à la radio, revient à la normale après quelque temps.
sd a péricardite, Te FA . devient négatif.
pe
D ulant avec onde T aplatie.… : DEM... Guy, ïs ns Cé. 9). Première crise très importante de
Fe -rhumatisme articulaire aigu en 1935, nécessitant l’hospitalisation à des = Bretonneau. On constate à celle époque : souffle systolique de Ja pointe, souffle ns de la base, extrasystoles. À la radio : très gros cœur. Le ventricule gauche atteint la paroi. Rechute en movembre 1036. En janvier 1938, depuis 3 mois l'enfant est dans une | phase d'amélioration considérable au point de vue fonctionnel et | général.
Electro : Janvier 1938, D 4 : espace ST très décalé de 6 mm. au-dessus fe la ligne isoélectrique, et forme une vérilable onde
en dôme, dans laquelle 1 ‘accident T a presque entièrement disparu.
Les dérivations standard se caractérisent surtout par un élargissement et un crochetage considérables e l'onde rapide dans les
E- ce dérivations. er , - É | -
É L'étude éléctrocardiographique de ces quelques exem- 3 ples de cardiopathies rhumatismales nous conduit à faire F les remarques suivantes, à propos de la valeur de la 4 4° dérivation.
É 1°) Un aspect monophasique à direction positive, de 4 même qu'un aspect triphasique de l'onde rapide, est pa- 2 >
thologique. Nous ne l'avons, en effet, trouvé qu'une seule fois, dans un cas hautement évolutif, mortel en 6 mois.
- 2°) Les décalages de l'espace S T ont une grânde valeur. Is sont toujours faibles chez l'énfant normal. Par contre, sur 45 rhumatisants, 5 présentaient des décalages très importants. Mais nous ne.leur accordons pas de signification péjorative : dans un seul cas, l'enfant est mort au bout de quelque temps. Tous nos autres petits malades,
Ces
qui présentaient des modifications de ST, étaient 2 à
3 mois après, en bon état.
3°) Des ondes T, de grande amplitude, dépassant 8 mm. et atteignant ro et 12 mm., n'ont été trouvées que chez des enfants rhumatisants en période évolutive ou non.
4°) L'aspect positif de T 4 n’est pas plus fréquent dans
les cardiopathies rhumatismales bien stabilisées, que chez
l'enfant sain. Au contraire, en cas d'évolution nette, des
ondes T 4 positives sont constatées dans la moitié des cas.
5°) Dans un certain nombre d'observations, la déflection T 4, qui est positive pendant les phases inflammatoires, se modifie parallèlement à l'évolution clinique et devient négative pendant la convalescence.
6°) Au cours des cardiopathies évolulives, les tracés présentent habituellement des änomalies à la fois en D 4 et dans les 3 autres dérivations. Dans un cas unique, une perturbation indiscutable est relevée en D 4 seulement, alors que les tracés en dérivations standard sont strictement normaux.
Dans les cardiopathies non évolutives la concordance entre les 4 dérivations nous a paru moins nette puisque dans 6 cas les tracés en D 4 sont altérés alors que ceux obtenus par la technique standard ne le sont pas.
Au total, dans les atteintes rhumatismales du cœur, le profil électrique en D 4 peut subir des modifications parallèles à l'évolution clinique. Dans quelques cas, cette” technique donne des indications que ne révèlent pas les autres dérivations. 3
En
Des van ‘antérieurs et de nos propres constatations il résulte les Principaux points suivants
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