TOXICOLOGIE DU BISMUTH
« Le bismuth, écrit A. Chassevant, est un métal toxique, très toxique, plus toxique que l’antimoine, et dont l’action toxique rappelle celle de l’arsenie. »
Pour mieux comprendre l’action toxique propre du métal, indépendamment de la forme chimique sous laquelle il est employé, il est nécessaire d'étudier la toxicité des prépa rations bismuthiques administrées par les différentes voies.
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D'une manière générale, l’intoxication par le bismuth se manifeste d’abord, au niveau des gencives, par un liseré gris bleuâtre, violacé ou brunâtre, dû à un dépôt de bismuth. Cette irritation gingivale se complique parfois d'une salivation abondante, de la fétidité de lhaleine, d’une stomatite ulcéreuse ou ulcéro-membraneuse. On peut avoir des aceidents rénaux avec apparition d'albumine dans les urines, des accidents des voies digestives avec troubies digestifs, diarrhée dysentériforme, des accidents eulanés se manifestant par dés éruptions érythémateuses ; le foie est congestionné ; le malade présente de linappétence, de l’asthénie, de la cachexie.
Jusqu'à ces dernières années, la toxicologie du bismuth se réduisait pratiquement à celle du sous-nitrate employé soit à l’intérieur, soit à l'extérieur (Bideaux (7).
Le fait qui frappe dès l’abord dans l'absorption de ce sel per os, c’est la grande variabilité des effets observés On a pu en administrer des quantités considérables : 20 gr. (Mathieu) et même 60 gr. (Moneret) par jour el presque 1.600 gr. en 80 jours, sans provoquer d'accidents, alors que les doses bien moins élevées ont causé des troubles graves et même mortels.
Les plus anciennes relations d’empoisonnements par le sous-nitrate de bismuth (de 1739 à 1800), dues à Pott, Stahluis, Hoffmann, Odier, Traïll et Werneck, sont sujettes à caution, l’action toxique pouvant être imputée non au produit lui-même, mais à des impuretés. Les observations de Kerner (1829), de Lombard (1831), relatant deux cas mortels, n’ont pas été complétées par l'expertise toxicologique. Côhn, en 1896, signale cependant un cas de gingivite qui semble bien d’origine bismuthique.
Plus récemment, à la suite de l'emploi en radioscopie, de doses massives de bismuth, soit per os, soit per reclum, plusieurs accidents graves, et quelques-uns mortels, ont été signalés : Observations de Bennecke et Walter Hoffmann ; Bôhme ; Worden, Salter, Pancoast et Davis ; Rautenberg, en 1906 ; Klemperer, en 1907 ; Kaestlé ; G. Lyon ; Mathieu ; Josef Nowak et Carl Gütig, en 1908 ; Agasse-Lafon ; Ch. Lesieur et A: Rome, en 1909. Mais là encore il y a matière à discussion, le tableau de l’intoxication, généralement suraiguë avec mort en quelques heures ou guérison, différant le plus souvent notablement de celui de l’empoisonnement par les autres préparations de bismuth, Aussi a-t-on voulu expliquer cette action du sousnitrate par la formation de nitrites dans l'intestin (Meyer, . Agasse-Lafon, Ch. Lesieur et A. Rome). Malheureusement la recherche des nitrites chez les intoxiqués n’a guère été faite que par E. Mever, qui a trouvé des nitrites dans une anse intstinale, dans l’urine, dans le sang. D'autre part, M. Gérard et Daunic (25) le 8 mai 1897, dans une communication à la Société de Biologie «Sur la possibilité d'une intoxication lente après ingeslion de sous-nitrate de bismuth dans certains états pathologiques » ont montré que dans certains cas de fermentations anormales de l’estomac, une partie du bismuth, pouvait passer en dissolution et agir comme toxique. MM. Léon et Tulasne 5) con- .cluent également de leurs expériences avée lé sous-nitrte et le carbonate, à une action propre de bismuth. Peutêtre ces deux processus (l’action toxique propre du bismuth, et la formation de nitrites) concourent-ils à l'intoxication par le sous-nitrate, l’un et l’autre pouvant interve-
CE LUE nir dans l’organisme, sous diverses influences, d’une façon variable.
En revanche, les intoxications produites par le sousnitrate de bismuth employé à l'extérieur, en pâte, poudre, ou pommade, présentent absolument et uniquement les caractères de l’intoxication bismuthique. Appliqués sur les plaies, escarres, ulcères, brûlures, les sels de bismuth sont en effet absorbés, parce qu'ils forment avec la matière albuminoïde une combinaison soluble dans les alcalis, et dans un excès d’albumine (Dalché et Villejean). De nombreux eas d'intoxication d’origine externe ont été rapportés par Kocher (1881), Petersen, Dalché et Villezean (1883), Balzer (1889), Gaucher (1895), Weismullez (1891), . Wilson (1894), Dreesmann (1900), Mübhlig (1901), Manhe (1905). La méthode de Beck (injection de pâte bismuthée pour la radiographie des fistules et le traitement de la tuberculose ouverte) a également à son actif un certain nombre d’intoxications dont quelques-unes mortelles : Observations d’AI. Don, Eggenberger, Baccus (1908), David et Kauffmann, Reïisch, de Fourmestraux (1909).
Il a donc fallu déterminer de façon précise la toxicité des sels et préparations injectables de bismuth, avant de les employer dans la thérapeutique humaine.
Déjà Lebedeff, Stephanovitch, Fedel Meyer, Steinfeld, Rabuteau, Dalché et Villejean, Balzer avaient constaté la haute toxicité des sels de bismuth introduits sous là peau.
Plus récemment, la voie veineuse a été utilisée par M. Didry (19) : le bismuth, à haute dose, quel que soit le sel injecté, tue par une action bulbo-médullaire en quelques minutes. On observe d’abord des vomissements, des convulsions, de la contracture, puis un arrêt de la respira-
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tion et du cœur. Quelquefois la mort est absolument immédiate. La dose mortelle varie avec chaque sel employé de 5 mgr. à À centigr. par kg. À dose moindre, le bismuth provoque une intoxication aiguë, avec diarrhée, dyspnée, battements irréguliers du cœur, mort généralement par syncope. À l’autopsie, l'intestin, le rein et le foie apparaissont le plus fortement touchés.
La voie sous-cutanée réalise une intoxication plus lente. La dose compatible avec la survie est dix fois plus élevée qu'avec la voie veineuse (Didry).
MM. Sazerac et Levaditi (45) étudiant la toxicité du tartrale de sodium et de potassium ont trouvé que, chez le lapin, par voie sous-cutanée :
une dose de 0 gr. 20 par kg. amène la mort en 2 ou 3 JOUrS ; | (
une dose de 0 gr. 10 par kg. provoque un amaigrissement notable ;
une dose de 0 gr. 05 par kg. est inoffensive.
D'après ces auteurs, la toxicité est moindre par voie sous-cutanée que par voie veineuse, en suspension huileuse qu’en solution aqueuse.
M. Pacella (40) à propos du même sel, signale «des différences assez marquées entre la toxicité des divers produits commerciaux ». Il constate que la toxicité est plus grande par la voie veineuse que par la voie musculaire, et que «la vitesse de l’injection intraveineuse a une grande importance, car une injection rapide tue brusquement, tandis que la même dose poussée lentement ne produit aucun effet ou permet une longue survie, selon la dosé employée. » Il note les effets cumulatifs.
A la suite des essais effectués avec les différents pro-
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duits commerciaux, et de l’expérience thérapeutique actuelle, on admet que la dose normale pour un adulte sain doit être comprise entre 0 gr. 20 et 0 gr. 30 de Bi-métal par semaine, en 2 ou 3 injections, la dose totale employée dans une cure ne devant pas dépasser 2 gr. 50 environ (J. Leclercq).
Dans ces conditions, l’aceident le plus fréquent est une stomatite généralement sans gravité ; pour l’éviter, il est indispensable de faire observer par le malade une rigouréuse hygiène buccale. En raison de l’activité de l’émonctoire rénal, il est en outre prudent de surveiller les urines au point de vue albumine (Hudelo et Rabut (26), Simon (47). Dans certains cas, il y aura intérêt à se rendre compte si l'élimination du médicament se fait normalement, en pratiquant la vecherehe et le dosage du bismuth dans les feces et surtout dans les urines. |
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